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Josèphe, Antig. jud., XX, vi

Pendant cette période troublée, cinq procurateurs pressurèrent le peuple d'Israël. Le premier fut Cumanus (48-52), qui succéda à Tibérius Alexander, mais seulement pour la Judée et la Samarie. A la Galilée, Claudius avait préposé Félix, mortel ennemi de Cumanus, mais frère du favori Pallas.

Voici comment, sous Cumanus, l’exaspération des Juifs fut portée à son comble. Pour prévenir toute émeute populaire, le procurateur, comme c'était l’usage, plaça, lors de la fête de Pessah, une cohorte dans les portiques du temple, Un soldat, ayant exhibé publiquement ses parties honteuses, Ja foule s’émut, pensant que le sanctuaire était outragé, et accusant Cumanus d’avoir ordonné cet opprobre. On alla jusqu’à jeter des pierres aux légionnaires ; mais, à la vue des Romains massés dans Ja tour Antonia, la foule épouvantée se livra à une fuite si précipitée que vingt mille hommes périrent écrasés 1.

On oublia, dans cette Pessah, les sacrifices et les prières pour s’abandonner aux gémissements.

Tout, dans la conduite de Cumanus, fut pour précipiter la nation dans la révolte. Une bande de sicaires ayant pris et dépouillé, sur un chemin, près de Beth-Horon, un serviteur de César, nommé Stéphanos, Cumanus envoya des troupes pour ravager, par représailles, les bourgs voisins. Mais un soldat s'étant permis de saisir un rouleau de la Thora et de le jeter au feu, après s’en être joué, la foule descendit en masse à Césarée, criant à Cumanus qu’elle préférait subir la mort que de tolérer de pareilles profanations. Sur l’avis de ses amis, Cumanus, dans la crainte d'une révolte générale, fit frapper de la hache le soldat coupable.

Dans le pèlerinage de Pessah, un habitant du pays de Galil, se rendant à Ierouschalaïm, fut tué à Guinæa, aux confins sud-est de la plaine d’Isréel, par un

ï, Josèphe, Guerre juive, II, xx.

Samaritain. À cette nouvelle, la grande foule rassemblée pour la fête, dans la ville sainte, se porta sur la Samarie, conduite par Eléasar bèn-Dinaï et par Alexander. Une aïle de cavalerie (Sebastenorum), partie de Césarée pour rétablir l’ordre, tua quelques juifs; le reste, cédant aux supplications des principaux d’Ierouschalaïm, se dispersa.

Le gouverneur de Syrie, Quadratus, sansse prononcer sur le fond du litige entre les Samaritains et les Juifs, ne laissait pas de livrer ceux-ci aux plus affreux martyres, les crucifiant à Césarée et à Lydda, et en livrant dix-huit à la hache.

Cependant il fit partir pour Rome, afin qu’ils s’expliquassent auprès de César, des Juifs, des Samaritains, ainsi que Cumanus et le tribun Céler. Après avoir entendu les parties, Claudius, gagné sans doute par Agrippa II, présent à Rome, fit tuer trois Samaritains, exila Cumanus, envoya Céler à Ierouschalaïm, où les Juifs le décapitèrent. La toute-puissante Agrippina, dont les charmes imposants dominaient César, semble aussi s'être moutrée favorable aux fils d'Israël.

Sortant de son petit Etat de Khalkis, Agrippa II obtint l’ancienne tétrarkhie de Philippos, c’est-à-dire la Trakhonite, la Batanée et la Gaulonite, avec le royaume de Lysanias. Toutefois Claudius se garda de mettre un prince juif à la tête de la Judée, qu’il confia, ainsi que la Galilée, la Samarie et la Pérée, a Félix, le frère de Pallas et bientôt l’heureux époux de la belle Drusilla.

Pendant son proçuratorat (53-59), Félix surpassa en cruauté et en rapacité tous ses prédécesseurs.

Après la mort de Claudius (53), il retint son pouvoir. En vain le nouveau César Néron et sa mère Agrippina se montraient-ils propices à la maison des Mérodes, donnant à Aristoboulos, frère du roi de Khalkis, l’Asie Mineure, et à Agrippa II lui-même quatre belles cités avec leurs dépendances : Tibérias, Tarikhéa, Julias et Abila; la Judée n’en demeurait pas moins sous la domination de Rome.

S'emparant du chef de bandes Eléasar, Félix, après avoir tué un grand nombre de ses compagnons, envoya lui-même vers César. Il frappa les nabis et les messies, massacra les adeptes de l’alexandrin, qui cependant lui-même put échapper par la fuite à ses coups. Impuissants contre les légionnaires de Félix, les Juifs mirent sous leur manteau le poignard du sicaire, qui allait mystérieusement venger les victimes de Rome, et perça jusqu’au grand-prêtre Jonathan. Peut-être aussi, dans le but de rendre odieux les patriotes Iehoudites, Félix paya-t-il des gens pour accomplir ce dernier meurtre,

Agrippa II donna la succession d’Ionathan à Ischmaël IT, de la maison de Phiabi (vers s9).

Alors la désolation croît en Israël.

Sous la protection des procurateurs, les étrangers syriens, grecs et romains, fixés dans les villes de la Palestine, principalement sur le bord de la mer,

manifestent toute leur haine contre les Juifs. Césarée

devint le théâtre de scènes sanglantes entre les Syriens et les fils d'Israël. Plus riches que leurs adversaires, . les Juifs se montraient aussi plus intraitables. Félix, incapable de les contenir par des remontrances, lâcha sur leurs personnes et sur leurs biens les soldats romaiñs, qui s’acquittèrent merveilleusement de leur tâche. Au son de la trompette, le procurateur suspendit, après quelques heures, le sac et le massacre des Juifs de Césarée.

La fortune chancelante de Pallas eut son effet jusqu’en Judée. Félix dut reprendre la route de Rome, où il fut suivi par des Juifs ‘accusateurs et par des Syriens qui le venaient défendre, et qui obtinrent de Néron qu’il enlevât aux fils d'Israël, établis à Césarée, le droit de cité; ce qui ne fit qu’exaspérer les fureurs et la sédition dans la belle ville palestinienne.

Le procuratorat de Festus, de courte durée (59-61),

1, Josèphe, Guerre juive, IT, xxrx.

fut loin de calmer l'agitation juive. Tout un nouvel essaim de messies et de nabis apparaît, surexcitant dans les âmes l’amour de la liberté et les espérances du royaume de Dieu. Mais la croix et la hache interrompent promptement toutes ces missions messianiques et coupent la parole à ces voyants, qui annoncent la Ierouschalaïim prochaine toute ruisselante de saphirs et d’émeraudes.

Le roi Agrippa II s'était fait bâtir, dans la ville sainte, un palais d’où ses regards pouvaient plonger dans Le temple, et y contempler familièrement ce qui s’y passait. Qu'un homme, fût-il roi, pût ainsi de son triclinium observer la maison d’Iahvé, la loi s’y opposait formellement. Aussi, à l’ouest du temple, les principaux Juifs firent-ils élever un mur, interceptant à Agrippa la vue du sanctuaire, et en même temps, d’une partie de la cité; ce qui déplut fort au prince et à Festus lui-même. Celui-ci donna ordre de jeter bas la nouvelle muraille. Mais une légation juive, dont faisaient partie Ischmaël, le pontife, et Helqia, le gardien du trésor, obtint de Néron le rappel du décret de Festus.

La plus séduisante des Romaines, Poppæa, alors dans tout l'éclat de sa beauté, enivrant César de ses habiles caresses, avait prêté son appui aux gens d’Ierouschalaïm.

On raconte que le mime juif Alityros, fort aimé de Néron et familier de Poppæa, introduisit près de celle-ci le futur historien Josèphe, membre dela députation d’Ierouschalaïm, et que, gagnée par les instances éloquentes de son Solliciteur, la Romaine employa, pour satisfaire à sa requête, tout son pouvoir sur les sens de César.

Ayant retenu d’abord comme ôtages Ischmaël et Helqgia, Néron, sur le vif désir de Poppæa, leur rendit deux ans après la liberté (63).

Agrippa IT avait donné au pontife, pour successeur, Ioseph Kabi bèn-Schimeôün.

Festus étant mort l’an 61, Néron choisit pour le remplacer Albinus.

Après avoir laissé trois mois Hanan le zaddouqgite dans la charge de grand-prêtre, Agrippa II len dut dépouiller etnommer en sa place Ieschou bèn-Gamala (Gamaliel, 63-64)1, époux dela célèbre veuve Martha, laquelle, à prix d'argent, avait acquis du roi Agrippa II la faculté de faire son mari grand-cohène?2,

Les partisans de bèn-Damnaï et ceux de bèn- Gamala ensanglantèrent, dans de nombreuses rixes, les rues d’Ierouschalaïm.

Cependant la tradition juive est loin de compter parmi les mauvais pontifes bèn-Gamala, qu’elle nous découvre améliorant l’enseignement, et préoccupé des établissements d'intérêt général. Si l’ancien Schimeôn bèn-Schata avait créé les écoles pour les jeunes gens âgés d'au moins seize ans, c’est à bèn-Gamala que l’on attribue les maisons d’enseignement où purent entrer les enfants à partir de leur cinquième année,

Au milieu de cette série perverse de pontifes romains et hérodiens, sans doctrine et sans conscience, bèn-Gamala nous est représenté comme un frais torrent dans une plaine brûlée.

A ce grand-cohène succéda Matthia bèn-Théophilos, le dernier des vingt-huit pontifes élus par Rome et par les Hérodes,

Sous le procurateur Albinus, les descendants des Hérodes et les Iehoudites jouissaient encore d’une certaine tranquillité. Le Romain était disposé à tout concéder, pourvu qu’on lui payât sa bienveillance. Sans doute des bandes parcouraient, sans être inquiétées, Ierouschalaïm et ses environs; mais le peuple, menacé par les sicaires, gémissait moins sous l’oppression romaine.

Combien fut différent d’Albinus le dernier procu-

1. Josèphe, Antig. jud., XX, 1x.

2, Tebamoth, 61 a, 3. Baba batra, 21 a,

rateur de la Judée, Cestius Florus (64), un homme de Klazomène, ami de Poppæa! Rien ne peut rendre sa cruauté, sa fausseté, son impudence. Par la voix du héraut il autorisait le brigandage, auquel du reste il se livrait lui-même avec ostentation. Les satellites du procurateur, joints aux bandes, pillaient et ravageaient tout, s’emparant des champs même pour les mettre en vente, Si répandue fut cette iniquité que le synhédrion, pour invalider ces sortes d’achats, édicta une loi que l’on appela Sicariqon (de sicaire){. Effrayés de tant de désordres, de nobles juifs, quittant cette patrie où il n’y avait plus pour personne de sécurité, émigrèrent dans d’autres provinces. |

Si le pillage et la famine sévissaient dans les campagnes, la misère à [erouschalaïm n’était pas moindre. ‘ Après l’achèvement des travaux du temple, dix-huit mille ouvriers, sans travail, manquant de tout, .errèrent par les rues de la ville, Agrippa II toutefois les employa à paver en marbre les voies d’Ierouschalaïm. Pour flatter le César régnant, le roi donna le nom de Néronias à la beile et jeune cité Césarée de Philippos. Pris entre Florus, l'assassin systématique des Juifs, et un peuple exaspéré dont il redoutait le désespoir, Âgrippa vivait dans une grande perplexité?, et crut nécessaire de prévenir Cestius Gallus. En vain le proconsul de Syrie fit part à Néron des avis d’Agrippa. César, occupé de jeux et d’art, chantant aux sons de la lyre, pouvait-il trouver un instant pour songer à ce petit peuple s’agitant, à demni-barbare, dans les montagnes de la Judée?

Cependant les Jehoudites, pressurés de plus en plus par Florus, se résolurent à faire pour la fête de Pessah, à laquelle devait assister le gouverneur de * Syrie, une manifestation pacifique (66). Le chef du

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