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Josèphe, Guerre juive, II, xvur

des torches et menaçant de brüler toute la population entassée dans l’amphithéâtre. En vain Tibérius Alexander essaya-t-ilde calmer l'émotion de ses compatriotes. Il fallut à cet effet deux cohortes qui, pénétrant, non sans effort, dans le quartier du Delta, brülèrent les maisons et se livrèrent à un tel massacre qu’on put voir cinquante mille cadavres de Juifs amoncelés et formant comme une gigantesque pyramide.

La dispersion tout entière, comme la Palestine, était secouée par un accès de rage contre les gentils.

Iohanan (Jean), le disciple de Iésus, ne se souvient plus des merveilleux discours aggadiques du maître, des belles visions du lac de Kinnéreth, des traversées charmantes, des visites à la ville enchantée de Césarée de Philippos. En vain le ciel transparent de VAsie Mineure luit sur:sa tête, ou les îles frémissent comme des navires chargés de fleurs sous ses pieds, Iohanan ne voit que le puits fumant de l’abîme. Partout, même dans les plus ravissantes contrées, c'est un cratère grondant que son imagination lui représente sans cesse, prêt à tout engloutir. Ce qu il voit passer dans les rues d’ Éphèse, ce ne sont point les beautés ala fois grecqueset asiatiques, si enivrantes; mäis, sur leurs chevaux, ces quatre cavaliers: lafamine, la peste, la guerre et la conquète, poussant au Scheël le quart de la terre.

A mesure qu’approche le dénouement fatal et qu’'Ierouschalaim apparaît de plus en plus serrée par les armées romaines, la sombre colère grandit dans l'âme d’Iohanan. Il éclate en imprécations contre Rome, la mère des prostituées, et dans un superbe tableau, rappelant toutefois la prophétie d’Iehezqel contre Tyr, il dépeint la chute de la grande Babylone qui a enivré toute la terre du vin de ses impuretés.

Ecrites sous Galba, après la mort de Néron, ces pages éloquentes exprimaient bien les sentiments d'Israël, et l’impatience avec laquelle il attendait la délivrance et les châtiments messianiques.

Ces punitions accomplies, ce sera le grand millé-

naire, le royaume de Dieu suivi du jugement, après quoi surgira la Jérusalem nouvelle, la ville heureuse où ne coule aucune larme,

Monument impérissable de la colère patriotique et de la fièvre d’idéalisme qui possédaient jusqu'aux Israélites de la dispersion, l’apocalypse d’Iohanan ne nous doit pas couvrir de sa grande poésie les horreurs de la guerre juive.

Dans la ville sainte, des étrangers inquiets, prosélytes d’Iagob, accouraient pour prendre part à la lutte sacrée. On y voyait les frères du roi d’Adiabène, Monobaze et Kenadaï. Parmi les plus énergiques patriotes se distinguaient même Niger, du pays d’au dela, Silas le Babylonien, et Schiméon-bar-Giora,

Les qannaïtes s'étaient emparés de Kypros, qui menaçait Ieriho et de la citadelle de Makhærous.

Certes, la sédition était assez déclarée pour émouvoir le proconsul de Syrie, Cestius Gallus. Il joignit aux légions dont il disposait les troupes auxiliaires des petits princes voisins?2. Agrippa IT, pour sa part, fournit trois mille fantassins et deux mille cavaliers. Avec trente mille hommes, Cestius se put mettre en campagne, répandant partout le carnage et l'incendie.

A Iloppé, les cadavres de huit mille quatre cents Juifs grillèrent dans un immense brasier allumé par les Romains. Narbata, non loin de Césarée, et Antipatris la ville charmante, arrosée par les fontaines, virent les mêmes abominations que Ioppé. Quand passèrent les légionnaires, Lydda n'avait dans ses murs que cinquante personnes âgées ou malades, et n'ayant pu se rendre à Ierouschalaïm pour la fête des Soukkoth. Les égorger et brûler la ville, tel fut l’exploit des Romains dans Lydda.

En Galil (Galilée), Gallus, chef de la xr1° légion, se

1. Sur l’Apocalypse, voir en même temps que l’Ante-Christ, par E. Renan, Daniel and John, de S. Desprez. 2. Josèphe, Guerre juive, Il, xvix.

conformait rigoureusement aux instructions du proconsul. Pourquoi Sepphoris, la vieille forteresse révolutionnaire, se laissa-t-elle à tel point dominer par la peur qu’elle acclamât les Romains ?

Cependant Cestius, avec son armée, approchaït d’Ierouschalaim. Dès qu’ils surent l’ennemi dans le voisinage de la ville sainte, les qannaïtes, bien que ce fût ce jour-là Schabbath, prirent les armes, et, dans une sortie impétueuse rompirent à Gabaoth, à une lieue environ d’Ierouschalaïm, les légions romaines, qui, sans l’arrivée de la nuit et de la cavalerie, eussent été en danger d’être anéanties. Cinq cents Romains restèrent couchés là, tandis que les qannaïtes ne perdirent que vingt-six des leurs (26 Tischri)1.

Cestius s'installa à Skopos, et, après troisjours, pénétra dans les faubourgs de la ville, mit le feu à Bézétha, a Kainopolis, au marché, et plaça son camp en face du palais d’Hérodès (30 Tischri).

Peut-être aurait-il pu immédiatement entrer dans Jerouschalaïm, car des habitants, conseillés par Hanan bèn-Ionathan lui en voulaient ouvrir les portes. Ses hésitations permirent aux séditieux de reconnaître la trahison et d’en chasser les auteurs à coups de pierres. En même temps, ils se mirent à cribler de traits les Romains, qui essayaient de ruiner leurs murailles.

Vainement, pendant cinq jours, les troupes du proconsul multiplièrent-elles leurs tentatives contre Ierouschalaïm, minant par le nord les murs de l’Hiéron.

Fatigué de tant d'efforts, redoutant peut-être de s'engager dans les rues meurtrières de la ville, Cestius fit sonner la retraite et regagna le camp de Skopos. …

Cette marche en arrière d’une si formidable armée n’était point pour abattre l’audace des qannaïtes. Leurs, bandes harcelèrent les troupes de Cestius, qui de Skopos

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