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Josèphe, Guerre juive, VII, vr

GUERRE JUIVE. — IEROUSCHALAIM. 435

Après avoir massacré dix-sept cents citoyens de Makhærous et emmené, pour les vendre, les femmes et les enfants, les troupes de Bassus songèrent à Massada, Elles quittèrent le Zerka-Maïn, le doux ouad .aux flots bleus, aimé des colombes, et à l’ouest de la mer Morte, non loin du vieux désert de Maûn, assiégèrent avec rage la dernière citadelle de la Judée, plus forte même que Makhærous. Là, étaient enfermés les derniers qannaïtes avec Eléasar bèn-laïr, un descendant d’Iehouda le Gaulonite. N'ayant plus que ce point à conquérir, Silva, successeur de Bassus mort, JCHPIOTR toutes ses forces, si bien que les murs de la citadelle s’écroulèrent sous les balistes et dans les flammes. Enveloppé par lincendie, le tragique Eléasar marqua aux derniers citoyens libres de la Judée ce qu'ils avaient à faire. Obéissant à ses ordres, tous égorgèrent leurs femmes et leurs enfants, le premier jour de Pessah (73), puis, se frappant eux-mêmes du glaive, s’affranchirent éternellement du joug étranger. Quand ils pénétrèrent dans la forteresse et dans la ville, les Romains le firent avec précaution, craignant des pièges et une lutte terrible. Un silence de mort les accueillit. Ils naperçurent d’autres êtres vivants que deux femmes et cinq enfants, seuls restes d’un monde héroïque. Telle fut, sur le sol de la Judée, la fin des qannaïtes. Dans le monde d’égoïsme où nous sommes condamnés à vivre, qui comprendra ces sauvages défenseurs d’Ierouschalaïm et de Massada, ces grands incendiaires, sacrifiant tout à une idée P... « Pourquoi ce rouge à ton vêtement, à tes habits comme celui qui foule le pressoir? 1 » Mais quelle autre couleur sied mieux à un peuple? Bienheureuses les nations qui expirent dans le sang comme la nation juive, et non dans les flots de parfums qui montent et qui les étouffent!

Vespasianus s’attribua la Judée comme propriété privée et en vendit les terres. Dans la belle plaine de

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Scharon, César laissa des champs à son favori, le rhéteur Josèphe, qu’il avait installé à Rome en son propre palais.

Les Juifs du monde entier furent tenus d'envoyer, au temple de Jupiter Capitolin, la redevance que chaque année ïils avaient l'habitude d’expédier au temple d’Ierouschalaïm. Ce fut le Fiscus judaïcus.

Qu'advint-il des personnages qui se montrèrent en ce temps tragique, et dont les ombres nous sont apparues dans une lueur assez douteuse, comme Bérénikê et Agrippa II? La charmante juive, délaissée par Titus, successeur de Vespasianus, et chassée de Rome, regagna sans doute Césarée ou Néronias, où elle vécut avec son frère. C'était un lieu de plaisance, où les deux descendants du grand Hérodès se pouvaient distraire des sombres tableaux de la guerre juive. Avec ses maisons, ses temples en marbre et en belles pierres de taille, ses édifices soutenus par de riches colonnes, son ruisseau aux eaux claires et chantantes, dont les deux bras la sillonnaient, entourée de figuiers, de platanes, de lauriers-roses, Néronias nageait dans la verdure et dans la joie f.

Là, s’éteignirent sans bruit, dans ce cadre fait pour eux, Bérénikê et Agrippa II, douces figures déplacées à cette heure terrible, mais que l’on aime à voir s’endormir dans la beauté et dans l’harmonie de Néronias (90-03).

Rien, de plus compliqué que la numismatique d’Agrippa II avec ses différentes ères. Toutefois les doux penchants du prince se peignent jusque dans ses monnaies, sur lesquelles est souvent gravée la tête de la belle ville Néronias, ou bien une femme debout, avec des cornes d’abondance, des caducées, des épis2,

1. Guérin, Description de la Palestine…., La Galilée, t. II, .

p. 308 et suiv.

2, Madden, The jewish coinage, p. 124 ss. Il faut songer à

l’Agatê tukhé de l'inscription bilingue de Chypre,

GUERRE JUIVE, — IEROUSCHALAIM. 437

Les monnaies des qannaïtes, pendant la guerre juive, ne sont généralement que des pièces avec types romains, surfrappées des types orthodoxes. Ce sont les vieilles images et les vieilles légendes des Makkabées que l’on a reprises avec le nom de Schimeün fi.

1. Renan: Jérusalem a-t-elle été assiégée et détruite une troisième fois sous Adrien? dans Revue historique, 1878, t. Il, p- II2-120.

LE RABBINISME D’IABNÉ. — LE CANON DES ÉCRITURES. — GUERRE JUIVE SOUS HA- DRIANUS. — LE THALMUD.

RÉVOYANT le sort d’Ierouschalaïm, dérangé de son étude de la Thora par les cris des combattants et les assauts retentissants des catapultes romaines, Iohanan bèn-Zakkaï songea, dès le commencement du siège, à gagner un abri. Disciple d’Illel et parouschite, on l'avait vu longtemps enseigner à l’ombre du temple, tranchant avec sa dialectique aiguisée les théories sadducéennes. Il appartenait au parti de la paix, et, plus d’une fois, il exhorta le peuple et les qannaïtes à remettre la ville sainte aux Romains. « Pourquoi, leur disait-il, voulez-vous la destruction d’Ierouschalaïn et l’incendie du temple ?1.»

Un soir, à l’heure du crépuscule, R. Eliéser et R. Ioschoua, disciples d’Iohanan, portèrent leur maître dans un cercueil, comme un cadavre, aux portes de la ville, où il fut recueilli par Vespasianus.

Bèn-Zakkaï gagna, dans le pays philistin, entre loppé et Aschdod, près des flots de la mer occiden-

1. Derenbourg, Essai..…., p. 302 ss. — Grætz, Geschichte der Juden, t. IV. — Sur labné, voir les pages aussi savantes que belles de M. Renan, Les Évangiles, p. 1 et suiv.

LE RABBINISME D'IABNÉ. 439

tale, au milieu de la belle plaine, la ville d’Iabné, où il installa son école. Quand ils apprirent la chute d’Ierouschalaïm, apercevant peut-être au loin, à l’est, horizon sanglant, les flañimes montant du temple vers le ciel, Iohanan et ses disciples déchirèrent leurs vêtements, et pleurèrent comme sur la mort d’un parent bien-aimé 1,

Toutefois, le maître se garda de désespérer. L’essence du judaïsme était-elle donc dans le sanctuaire et dans l’autel de pierre ? Il consola ses compagnons en leur rappelant que la bonne volonté compensait le sacrifice. Iabné, dans sa pensée, dut remplacer Ierouschalaïm : dans la nouvelle ville, il assembla un synhédrion et prit, dit-on, neuf mesures capables d’assurer à Iabné le rang de capitale du judaïsme.

On considéra la synagogue de la nouvelle métropole comme succédant au temple du Moria. Ce qui restait de la Judée se groupa autour d’Iabné, qui devint le refuge de la troisième captivité, appelée l'exil d'Édom (Galout Édom).

Le synhédrion de la deuxième Ierouschalaïm se nomma beth-din, et son président, rosch-beth-din (tête de la maison de jugement), mais avec le titre de rabban. Autour d’Iohanan se rangeaient, pour recevoir la manne de la doctrine, Eliéser bèn-Hyrkanos, Ioschoua bèn-Hanania, Éléasar bèn-Arakh, Schimeün bèn-Nathanaël, R. Iosé-hacohène,

Descendant d’Illel et petit-fils de Gamliel I°*, Gamliel II remplaça bientôt bèn-Zakhaï dans la direction du judaïsme à Iabné et tint son investiture des Romains?. C'était une nature plus ferme et plus âpre que le bon vieillard Iohanan. Il prit le titre de nassiabandonné depuis que le synhédrion en était tombé à n’être plus que l’ombre de lui-même, sous Hérodès. Pour les Romains, Gamliel II s'appelait le patriarche. Ha-

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