‹ Histoire d'IsraelChapitre 270 sur 311 · LE CANON DES ÉCRITURES · texte numérisé non relu

LE CANON DES ÉCRITURES

On demandait, pour admettre un livre dans le canon, sa conformité à la Thora, son caractère religieux, sa pureté morale, son antiquité. Cette dernière condition fit exclure lEcclésiastique de bèn-Sira. Spiritualisé par l’allégorisme, qui montra Iahvé dans le bien-aimé et dans la bien-aimée la nation d’Israël, le Cantique, malgré son apparence profane, entra dans le canon juif.

Une baraïta donne l’ordre suivant des prophètes : Josué, les Juges, Samuel, les Rois, Jérémie, Exéchiel, Isaïe, et les douze petits nabis. Viennent ensuite les hagiographes : Ruth, le Livre des psaumes, Job, les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, les Lamentations, le rouleau d’Esther, Era et les Chroniquesi. Ce qui fait, avec les cinq livres de Mosché, vingt-quatre livres admis au rang d’écrits sacrés.

Avec une rage toute barbare, inspirée par le seul fanatisme, on détruisit, autant que possible, les ouvrages restés en dehors du canon, et qui, pour cette raison, ne nous sont parvenus que dans leur version grecque.

Le texte de la Thora,sans points-voyelles, se prêtait parfois à plusieurs sens opposés, selon les besoins des écoles. Il y eut des différences d'interprétation, parfaitement marquées, du reste, dans les anciennes versions, comme les Septante, la Peschito ou version syriaque, et la version samaritaine. En broyant la Judée, les Romains l’égalisèrent et en firent disparaître toutes les divisions. La rude conquête prépara le travail des Massorèthes et une seule lecture de la bible hébraïque pour tous les hommes et pour tous les siècles.

R. Iohanan, qui semble avoir présidé à la clôture -du canon juif, laissait après lui des disciples, héritiers de son esprit, s’efforçant d'agrandir la porte étroite ouverte aux gentils.

1, Baba bathra, 146.

Toutefois, après la mort de bèn-Zakhaï, ce fut Gamliel II qui devint comme le maître de la vie juive. On vint près de lui, à Iabné, pour les fêtes, trois fois chaque année, comme on se rendait autrefois à Ierouschalaïm.

Le beth-din, dont le descendant d’Illel était nassi, composé de deux, quatre ou six zeqénim (anciens), était consulté avec la même déférence que celui d’Ierouschalaïm. Ecole aussi bien que tribunal, il discutait les problèmes abstraits, à l'éclaircissement desquels pouvait prendre part tout rabbin titré ou investi de l’ordination. On vit jusqu’à soixante-douze docteurs à la fois rassemblés daus le synhédrion d’Iabné1, Les jeunes disciples, debout derrière une sorte de balustrade, s’instruisaient en écoutant les disputes des docteurs?

D'une humeur moins douce que le bon Iohanan bèn- Zakkaï, Gamliel II plaçait à l'entrée du beth-din un schomer-hapétah (gardien de la porte), chargé d’écarter les contradicteurs.

Ioschoua bèn-Hanania, fort de la conscience qu'il avait de son savoir, se laissant aller à contredire R. Gamliel II, celui-ci prenait plaisir à lui infliger des humiliations publiques, l’obligeant, par exemple, a se tenir debout pendant la séance. Indigné de ce procédé, le synhédrion enleva pour un temps sa présidence à V’impérieux nassi, mettant en sa place un enfant de seize à dix-huit ans, Rabbi Éléasar bèn- Azaria, que l’on disait descendre d’Ezraÿ.

L'autorité suprême était chère à Gamliel II, qui s'employa de toutes ses forces à la ressaisir, se SOumettant, avec une apparente humilité, à la décision du

1. Tosephta Oholoth, c. xxvur; — Tos, Mikvaoth, c. vit; — Lebamoth, 1, $3 — Sifré sur Nombres, ÿ 124; — m. Sebahim, 1, $3 — Tadaïm, 111, $ ; 1V, 2.

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