Frankel, Monatsschrift, t, II, p. 45 et
À voir le jeune prolétaire déjà docteur illustre, mais gardant toute l’âpreté de ses origines et témoi- ‘gnant sa froideur aux tièdes disciples de bèn-Zakhaï, on pressentait ses emportements prochains, et l’on. apercevait sur son cou comme lJ’ombre de la hache romaine.
Fit-il, en réalité, comme le prétendent les sources thalmudiques, le voyage de Rome, sous Domitianus, avec R. Gamliel II, R. Eléasar bèn- Azaria et R. Ioschoua, ne revenant en Palestine qu'après l’avénement du doux vieillard, Nerva?i. Il serait peut-être difficile de le démontrer. S'il séjourna dans la capitale du monde, le juif plébéïen en dut rapporter des haines féroces, je ne sais quelle envie de promener un jour la torche sur les flancs de la grande prostituée,
R. Gamliel II allait, après la vie la plus active, disparaître de cette terre.
Il semble avoir eu pour disciples favoris Schemouël le jeune et Schimeün Happecouli. Ce fut à ce dernier qu’il confia le soin de modifier, suivant les nouvelles circonstances de la vie juive, les dix-huit bénédictions d’Ezra. Happecouli en ajouta, contre les mins où judéo-chrétiens, une dix-neuvième que l’on a aujourd’hui altérée? : « Que les mins, disait-on dans les synagogues, n'aient aucune espérance ! » On y remplace maintenant le mot mins par délateurs.
Les mins, paraît-il, de temps à autre se permettaient d'occuper le pupitre du prédicateur, pour présenter l’adroite apologie de la nouvelle doctrine. Au premier siècle, on signale surtout un judéo-chrétien qui, par ses subtilités, embarrassait les docteurs, entre
1. Grætz, Voyage des quatre Tanaïtes à Rome, dans Monatsschrift, t. 1, p. 192; — Eroubin, 1v, 1. — On a prétendu, peut-être sans des preuves épigraphiques bien sûres, qu’il y eut, l’an 8s, un soulèvement des Juifs,
2, Berakoth, 286.
LE RABBINISME D’IABNÉ. 445
autres R. Éliéser lui-même, C'était Iagob de Kephar- Sekania qui se livrait encore à la thaumaturgie, ce que les rabbis traitaient de magie et de prestige 1. Par l’imprécation solennelle lancée contre eux, on comptait éloigner les judéo-chrétiens des synagogues et de tout ministère public,
Cependant, malgré toutes les prohibitions, leur nombre grandissait chaque jour; et, dans la famile de R. Ioschoua lui-même, Hanania, un neveu du docteur, ensorcelé par les mins, monta sur un âne le jour de Schabbath, dans la ville de Kephar-Nahoum. Ioschoua le fit partir pour la Babylonie.
R. Schemouel s’éteignit, ainsi que R. Gamliel II, après avoir constaté les progrès des chrétiens et avec le pressentiment des luttes qui allaient achever de perdre la Judée. Dans les yeux ardents et implacables d’Aqiba, ils avaient lu, semble-t-il, les derniers malheurs de la nation juive.
Le Nassi, descendant d’Illel, se fit faire, contrairement à l’usage, de très simples funérailles 2. Cependant Aquila, le riche prosélyte, traducteur de la bible, brûla, dit-on, pour plus de quatre-vingts mines de parfums sur la tombe de Gamliel IIS. Il semble que le fils du nassi défunt, Schimeün étant trop jeune, ce fut R. Ioschoua qui exerça la souveraine autorité à Jabné.
Encore sous le poids de l’excommunication, exclu du tribunal d’[abné, chassé de Lydda, où, assis sur une pierre, il livrait à ses disciples les nombreuses halakoth (décisions) gardées dans sa mémoire, R. Eliéser s’en alla mourir à Césarée, quelque temps après son implacable beau-frère. Un vendredi soir, pendant son agonie, son fils Hyrkanos ayant voulu lui enlever les phylactères que l’on ne portait pas pendant
1. Midrasch sur Qohéleth, 1, 8. — Synhed., vir, 13. 2. Moëd-Katon, 27 b, et Ketouboth, 8 b.