J. Wellhausen. Geschichte Israels, le premier chapitre
n'y aura plus bientôt, grâce aux efforts combinés des nabis, des prêtres et. d’Iehisqia, que le temple du Mori, et la ville d’Ierouschaläim 1.
Pour y célébrer la fête de Pessah (Pâques), Iehisqia convoqua dans la ville sainte tous les villages d’Iehouda, et même ce qui restait d’Israël,
Au moment que naissait la conception messianique, d’après laquelle Ierouschalaïm devient le centre où s’acheminent tous les peuples, il était convenable qu’en attendant cette visite de toutes les nations, les Bené- Israël eux-mêmes commencçassent par prendre le chemin de la ville sainte.
Les grands d’Iehouda, déjà frondeurs et sceptiques, inquiets d’ailleurs pour eux-mêmes de cet accord entre la royauté et le lévitisme, semblent avoir opposé aux vues d’Iehisqia une résistance tantôt sourde, tantôt déclarée. Pour narguer le roi, ami du culte pur, ils plantent des aschéras dans leurs jardins, ce qui était une abomination pour les sectateurs d’Iahvé. Ils ont des statuettes d’or et d’argent. Et, pour tous ces crimes, Iehisqia n’ose guère les inquiéter.
Ïls en étaient arrivés à un tel degré de puissance, qu’ils avaient créé, dans le propre palais du roi, un grand fonctionnaire, un intendant, à peu près aussi influent que le roi lui-même.
Sarkina dominait encore Assour, quand Iehisqia fut atteint d’un mal plus douloureux peut-être que dangereux : c'était un abcès qui lui devait causer des souffrances aiguës et qui alarma tout Ierouschalaïm (714). Eschaya profita de la circonstance pour frapper comme un coup de théâtre. Tragique, il se rendit près du roi étendu sur sa couche, et lui dit: « Tu es un homme
1. Sous Ioschiya (Josias) les mêmes événements sont racontés, sans en excepter la Pâques. loschiya a:t-il voulu imiter Iehisqia, ou bien l’auteur de la Chronique a-t-il attribué aux deux rois les mêmes actions, les dépeignant tous deux d'après un modèle convenu ?
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mort. » Alors, se tournant vers le mur, le roi s’écria en versant d’abondantes larmes : « Souviens-toi, Iahvé, que j’ai marché en ta présence avec vérité et avec un cœur intègre ; ce quiétait bon à tes yeux, je l’ai fait. » Le nabi s’en alla. Mais, à peine eut-il franchi la cour du palais, qu'averti par Iahvé il revint sur ses pas. Ayant préparé un cataplasme de figues, il le posa sur V’abcès d’Iehisqia, dont ses connaissances médicales lui avaient sans doute révélé la prochaine maturité. Avant de se retirer, le nabi assura le roi que, dans trois jours, il serait guéri. Comme signe de ce qui arriverait, il fit rétrograder l’ombre de dix degrés au cadran solaire d’Ahaz 1,
Ainsi Eschaya ne négligeait aucune occasion d’affermir son prestige dans l’esprit du roi et du peuple.
Guéri, comme le nabi le lui avait annoncé, Iehisqia chanta :
Je disais : « Au milieu de mes jours
J'irai donc aux portes du Scheël !
Du reste de mes années je serai prive!»
a Je ne verrai plus Tahvé, me disais-je,
Tahvé dans la terre des vivants!
Je n'apercevrai plus d'hommes
Parmi ceux qui habitent le silence (les ombres)!
Mon existence est enleve.
Elle est emportée loin de moi, comme la tente du pasteur
Elle est tranchée, ma vie, comme par le tisserand... »
Comme l’hirondelle gémissante, ainsi je me plaiguais;
Je me lamentais comme la colombe...
Mes yeux se fatiguent à regarder en haut.
Tahvé, je suis écrasé, sauve-moi 1... [éant d’amertume… Mais c’est pour mon bien qu’il y a eu pour moi tant d’amertume ; Prenant mon âme avec tendresse, tu l’as sauvée de la mort.
1. 1, Rois, xx. Une interprétation mythique est ici impossible; il faut admettre ou une légende, ou bien la substitution d’un cadran de dimension différente à celui d’Ahaz.
[Tu sais bien] que ce n’est pas le Scheël qui te célèbre
Ni la mort qui te loue ;
Îls ne te contemplent plus en vérité, ceux qui descendent dansle Le vivant, le vivant, voila celui qui l'exalle, [puits. Comme je le fais en ce jour.
Tahve nous a sauvés,
[Aussi] nous ferons résonner nos lyres,
Tous les jours de notre vie,
Dans la maison d'Iahué1.
Cantique singulier, qui non seulement nous aide à bien pénétrer cette nature d’Iehisqia, gémissant comme uñe colombe dans la maladie, mais encore nous révèle la pensée juive sur le Scheëül! C’est un endroit où flottent des ombres vaines, sans conscience et sans consistance, incapables de louer Iahvé.
Plaintif dans la douleur physique, Iehisqia se retrouvait tout entier, avec sa nature juive, dès que la santé Jui revenait. Il avait la main âpre. La Scheféla était belle et riche en grains, Ahaz en avait déjà possédé une partie : avide de la riche plaine, Iehisqia, s’attaqua aux Pelischtim, ses alliés, et saisit violemment tout leur ‘ pays jusqu a la cité sud- ouest de Gaza. Dans ce district conquis semblent s’être installées les familles de Schimeôün, jusqu’à Djérar célèbre par ses pâturages.
En se jetant dans les conquêtes, et en s’assurant, malgré le prévoyant Eschaya, l'alliance de l Égypte, Iehisqia attirait à lui les ennemis d’Assour. Mardoukabal-iddina (Mardouk a donné un fils, Mérodach Baladan), roi de Babylone, ennemi acharné d’Assour, envoya une ambassade au roi juif avec des tablettes et des présents ?, Il le félicitait du rétablissement de sa Santé. Enivré de tant de gloire, et de voir une telle ambassade venir de Babel à Ierouschalaïm, Iehisqia
VUS XX ENITT 2. F. Lenormant, Les premières civilisations, t. 11, p. 203 et suiv.
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ne se contenait pas de joie. Il montra avec comp'aisance aux messagers sa maison de parfums, son argent, son or, son baume, ses huiles précieuses, l’endroit où était son mobilier, en un mot tout ce qu’il . avait de trésors. Il n’y eut pas un coin de son palais que le roi ne fît visiter aux messagers.
Sans doute, il avait agi sans consulter le nabi Eschaya. Irrité, celui-ci parut devant Iehisqia. « Ecoute, lui dit-il, la parole d’Iahvé : Viendront des jours où tout sera enlevé de ce qui est dans ton palais et qu’y ox thésaurisé tes pères jusqu’aujourd’hui. Tout prendra la route de Babel. Plus rien ne restera, parole d’Iahvé! Il y aura même de tes fils, issus de toi, qui seront pris et serviront d’eunuques dans le pa:ais du roi de Babel.» Iehisqia, courbant le front devant cette menace, se contenta de répondre : « Elle est bonne, la parole qu’a prononcée Jahvé, pourvu que pendant ma vie règne la paix. » Ne portant que sur lavenir, Ja prophétie d’'Eschaya ne lui était pas fort sensible.
Le nabi intelligent et avisé n'avait du reste pas tort de .lui reprocher son aveugle confiance en Mardoukabal-iddina, la vanité enfantine avec laquelle il avait reçu son ambassade. Eschaya savait que la fantasmagorie de Babilou s’écroulait de toutes parts. Peu de temps après, Mardouk-abal-iddina dut fuir devant Sin akhi-irib, qui établit à sa place dans Babilou Assournadin-soum, son fils aîné, Par ses alliances avec l'Egypte et avec le roi de Babel, Iehisqia n'avait fait que compromettre inutilement l’avenir de son pays.
Assour commençait à jeter les yeux sur ce petit royaume d’Iehouda, encore intact, se liguant avec ses ennemis.
Sin-akhi-irib, successeur de Sarkina, avait dirigé une première campagne contre la Phénicie. Loul, roi de Zidon, s'étant soulevé contre sa suzeraineté, le sar le contraignit de fuir sur un léger vaisseau, et s’empara
1. Layard, p'. 63-64, 1, 6-15.—W. 4. I, pl. 39, e. 3, 1. 44. Il : 7
so HISTOIRE DU PEUPLE D’ISRAEL,
de sa ville, de Sarepta et d’Akko. Sur Zidon, il établit comme roi Toubal ou Ithobaal II (Baal est avec lui).
Toute la contrée lui dut venir présenter ses hom- * mages : le nouveau roi de Zidon, Abdilit ou Abdel (le serviteur d’El) d’Arvad, Ouroumélek de Djebal, Mitinti d’Aschdod, Poudouil, roi d’Ammon, Kamoschnadab de Moab, Airammou, roi d’Édom. Tous ces princes embrassèrent les genoux du sar et lui offrirent le tribut. Parmi eux, manquait Zidka, roi d'Aschgqlon (Ascalon); aussi le sar le châtia-t-il en mettant à sac son pays et en le déportant lui, ses dieux, ses fils et ses filles, sa femme et toute sa race, dans le pays d’Assour. Il donna la royauté d’Aschgqlon à Sartibkakri. Beth- Dagon, Joppé, dépendant d’Aschglon, furen taussi assiégées et prises d’assaut 1,
lehisqia (appelé dans les inscriptions assyriennes Hazakiaou) était bien proche de Sin-akhi-irib pour ner être pas inquiété. Lui-même, du reste, semble avoir, de gaieté de cœur, fourni un prétexte à la colère du sas. D'accord avec les habitants d’Egron ?, il retint vrisonnier, à Ierouschalaïm, Padi, leur prince, l'allié d’ Assour. Le grand roi se rua sur la Palestine.
Au secours d? Éqgron et de tout Iehouda, menacés par Jarmée assyrienne, accoururent les princes du Delta et le roi de Méroé. Mais au choc formidable d’Assour ne purent résister les troupes d'Egypte. Il y eut a Alteqé un énorme écrasement de chars et d'hommes. Les belles cavales d'Égypte et les habiles guerriers qui les conduisaient jonchèrent de leurs cadavres la Scheféla 3. Après quoi, s’emparant d’ Égron, Assour en tua les principaux habitants, les empala, ou mit en croix leurs cadavres sur les murs de la ville.