CONQUÊTE DE BABEL. — LIVRE D’'IONA. OS
lui dit : « O roi, que tu vives éternellement !.. Il y a dans ton royaume un homme dans lequel réside Pesprit des saints Elohim... Que Daniel (mon juge, c’est El) soit mandé pour qu’il donne l’explication ! »
Appelé, Daniel lut les mots terribles : Mené, mené, Thegel, Pharsin, qu’il traduisit par : compté, compté, pesé, briséi.
Aussitôt le subtil Daniel, vêtu de pourpre, fut proclamé le troisième du royaume. Mais peu de temps il jouit de sa dignité, puisque, la nuit même, Bel-sarousour succomba avec tout son vaste empire.
Ce personnage de Daniel, dont il n’est fait aucune mention dans les livres historiques, mais seulement une fois dans Iehezqiel, devient le premier ministre non pas de Kourous (ici l’exactitude importe peu) mais de Darayavous.
Combien cette collection ardente marquée du nom de Daniel, pleine de la justice d’Iahvé et de l’idée messianique, a dû soutenir le courage héroïque des Juifs dans la guerre de l'indépendance contre Antiokhos Epiphanès!
Cependant, malgré la prophétie et les malédictions du nabi Iehezqel, les Hébreux avaient en vain attendu la destruction de Babel. La grande ville n'avait pas flambé. Elle était là, toujours debout, avec ses temples et son luxe, au grand scandale des adorateurs d'Iahvé. C’est alors que, pour justifier l'Élohim :des Juifs et en même temps le grand nabi, un écrivain israélite, doux et sage, imagina la belle parabole dont le principal héros est Iona d’Amitthaï, un ancien prophète du temps d’Iarobëéam. Si la grande cité, malgré la prédiction d’[ahvé, n’est pas en cendres, c’est que les habitants, dont il fait, pour conserver encore mieux
1. Les thalmudistes se sont mis à la torture pour marquer en quoi consistait la difficulté d’interpréter les trois mots. Les Kaldéens lisaient les lignes horizontalement; il fallait hre, comme le fit Daniel, verticalement.
son voile de parabole, des Ninivites, se sont repentis. Après avoir jeté sa prédiction terrible dans les rues et les carrefours de la cité, qui était grande pour Iahvé lui-même, le nabi s’était arrêté sur une colline, d’où pouvait voir Ninoua. Pour le protéger contre le feu du soleil, Iahvé, en une nuit, fit pousser, près de sa tente, un arbre aux larges feuilles. Mais, la nuit suivante, l'arbre périt. Aussi, se réveillant le matin, Iona fut-il découragé jusqu'a la mort. « Tu es plein de pitié, lui dit alors Iahvé, pour cet arbre qui ne t’a point coûté de peine, que tu n’as pas élevé, qu’une nuit a fait naître, que la nuit suivante à détruit. Et moi, je n'aurais point de compassion pour Ninoua, la grande ville qui enferme tant de milliers d'hommes, sachant à peine distinguer leur droite de leur gauche, et de si nombreuses bêtes! »
Leçon merveilleuse faite à Iona, c’est-à-dire à tout Israël, uniquement occupé de lui-même, et se croyant le seul enfant de Dieu! Ce petit livre d’Iona, d’une si gracieuse poésie, prêchant l’amour universel et la fraternité des peuples, est certainement un des plus curieux que nous ait légués l’ancien Israël.
Babilou conquise, et conservée par le vainqueur, n’était cependant pas tout à fait: domptée.
Kourous sentait bien que le colossal empire n’était pas mort et qu’il pourrait se redresser, Aussi pritil contre lui ses sûretés. Il s’assura l’alliance des petits peuples opprimés par les Babyloniens. Aïnsi les bonnes grâces accordées aux Juifs furent le fruit de sa profonde politique. Pas d’amitié possible si on ne leur rendait d’abord la patrie! Avant tous les biens ce peuple, plus idéaliste encore que rapace, faisait passer Ierouschalaïm.
Cinquante-deux ans après le sac de la ville sainte
1. C’est à la politique bien plus qu'à des ressemblances imaginaires entre les doctrines des Perses et celles d’Israël qu’il faut attribuer l'alliance de Kourous et des Juirs,