LA GRANDE SYNAGOGUE
Où siégeait la Kenéset? et de quels membres se composait-elle?1 Nous l’ignorons. Il est probable qu’elle recueillait en son sein tous les hommes, prêtres ou laïques, renommés pour leur science et leur sainteté. Mais ce qui marque bien jusqu’à quel point il ne la faut pas confondre avec le sacerdoce, c’est que le grand-cohène n’en était pas le président nécessaire.
Les Pirgè-Aboth appelant Schimeôn-hazadiq (300 ans avant J.-C.) un reste de la grande synagogue, il semble bien que cette institution dura tout l’espace de temps compris entre les derniers prophètes et les docteurs du troisième siècle avant notre ère.
Il importe, pour l’histoire religieuse d’Israël, de déterminer, d’une manière plus précise, quelle fut l’œuvre de la synagogue et des scribes.
À partir d’Ezra, la Thora, ou loi mosaïque, devint la règle de la foi et de la vie, en Israël; dans leur personne, dans leur existence civile, les Juifs se guidaient par ses préceptes. Mais à qui devait être commis le soin de faire connaître et d’expliquer la Thora
au peuple qui était contraint d’y conformer tous ses actes ?
Le sacerdoce semblait plutôt hostile que dévoué à la loi, et, dans ses rangs, Nehémya rencontra une vive résistance à ses projets. Si Ezra et Nehémya avaient fait dépendre des cohènes l'avenir de leur œuvre, ils auraient manqué de toute prévoyance.
Les scribes, qui déjà, à Babilou, avaient formé un ordre spécial, étaient tout naturellement désignés pour lire et interpréter la Thora. Ce furent eux qui entrèrent dans la grande synagogue et en prirent certainement la direction. Ils ne se contentèrent pas, d'accord avec la Kenéset - haguedola, d’expliquer la loi, mais ils se permirent, en quelques endroits, de la modifier.
1. Pour M. Graetz, Geschichte der Juden, t. II, p. 178, nous avons déjà affaire au Sanhédrin, composé de soixante-dix membres,
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Quelques-unes de ses parties, en effet, étaient de deux ou trois siècles plus anciennes qu’Ezra, et s’adaptaient à un état tout différent de la nation juive. Ce que la Thora contenait de plus nouveau avait été écrit pendant l'exil en Babylonie.
Ainsi donc, la loi renfermait un certain nombre de préceptes à peu près impraticables. De plus, les différents âges des différentes parties de la collection avaient amené des contradictions qui soulevaient, dans la pratique, beaucoup de difficultés. Avec le temps aussi surgissaient des cas que les lois n’avaient pas prévus.
Les règles écrites furent modifiées, mises en harmonieles unes avec les autres, amplifiées, expliquées, sans que, au moins en apparence, on parût violer l'autorité de la lettre. Cela se fit, grâce à la Loi orale ou tradition, qui accompagnait la loi écrite comme un commentaire authentique, et la maïintenait d’accord avec les changements des temps. La Loi orale était en réalité l’œuvre des Sopherim. C’étaient eux qui interprétaient l’Ecriture, et lui donnaient, pour ainsi dire, la souplesse nécessaire pour se plier à toutes les circonstances nouvelles. Ce qu’ils inféraient de la Thora, par voie de déduction, était considéré comme le verdict même de la Thora. Egale à la loi écrite par sa sainteté, la Loi orale fut regardée comme venant de Mosché lui-même. Les scribes du moins le persuadèrent et finirent peut-être par en être persuadés euxmêmes,
« La haie autour de la loi, » mot attribué aux hommes de la Grande Synagogue, exprime bien ce qu'a été, grâce à eux, la Joi orale. Placée autour de la Thora, elle a préservé le judaïsme 1.
Tel a été le labeur intime des sopherim et de la synagogue.
Maïs en quoi consista leur œuvre extérieure ? Pen-