LA JUDÉE, — PARTIE DE LA COLÉSYRIE
Moins romanesque, Josèphe cependant a adopté le fond de la légende, tout en rétablissant Iehouda à la place de Schimeôn. Iahvé étant apparu la nuit au grandcohène, et lui ayant ordonné d’aller au-devant d’Alexander, Iehouda et les prêtres, en habits sacerdotaux, et tout le peuple couvert de lin blanc, s’avancèrent jusqu’à une colline nommée Sapha (lieu d’observation), d’où l’on aperçoit fort bien la ville et le temple, à 1,300 mètres au nord d’Ierouschalaïm. A la vue dece peuple, de ces cohènes, de cet homme couvert de l’éphod et de la belle coiffure sur laquelle était écrit le nom d’Iahvé, Alexander, ému, se mit aux pieds d’Ichouda. Parménion, interprète de l’étonnement gé- . néral, lui demanda la cause de sa conduite. Alexander lui répondit qu’il reconnaissait dans ce chef des Juifs une vision dont il avait été hanté, une nuit, en Macédoine. Il laissa aux Juifs, et même à ceux de Babylone, la faculté de vivre selon leurs lois, leur faisant remise du tribut, pour chaque année sabbatique.
Voila le récit de Josèphe, emprunté à des sources dont la certitude est fort douteuse, Il n’est guère historique qu’Alexander soit jamais allé à Ierouschalaïn ni entré en relation avec Iehouda, le grand-cohène.
D'après Josèphe, les Samaritains vinrent jusque près d’Ierouschalaïm prier le conquérant de visiter leur capitale, la belle Schekem. Il promit de le faire à son retour. Ils demandèrent également d’être exemptés d'impôts comme les Juifs, chaque septième année. Alexander ne les repoussa pas : sans prendre d’engament, il leur donna cependant bon espoir. Il entraîna quelques-unes de leurs bandes en Egypte, où elles auraient, près de Thèbes, fondé des établissements.
La Judée fit partie d’un territoire situé entre le Taurus et le Libanon au nord, et l’Egypte au sud, et qui prit le nom de Cœlésyrie ou Syrie creuse, pour la distinguer de la Syrie haute se prolongeant jusqu’à la contrée de l’Euphrate. Le gouverneur de cette région divisée autrefois en tant de villes autonomes eut d’abord son siège à Schomron (Samarie). Celui qu’établit
Alexander fut Andromakhos. Les Samaritains révoltés contre lui l’ayant jeté dans les flammes, Alexander furieux marcha sur Schomron et y plaça un autre gouverneur, Memnon t,.
Ichouda, le cohène-hagadol des Juifs, étant mort vers l’an 327, eut pour successeur Onia I.
Alexander lui-même, à la fleur de l’âge, trente-deux ans, dans tout l’emportement de ses passions ambitieuses, mourut dans la grande Babel (323). Il avait conquis Mizraïm, l’Inde. Il vint se coucher pour l’éternel repos dans la capitale même des Sémites.
Ses chefs d’armée se partagèrent les lambeaux de son prodigieux empire : à Antigonos revint l'Asie, à Séleukos Babel, à Ptolémaios fils de Lagos l'Egypte.
Ptolémaios essaya la conquête de la Sÿrie, qui ne lui appartenait pas : un jour de Schabbath, malgré le serment, 1l pénétra dans Ierouschalaïm, sous le prétexte de faire ses dévotions à Iahvé, et opprima la ville. Il transplanta violemment en Egypte un certain nombre de Juifs, soumettant ceux qui restaient aux mesures les plus rigoureuses (320).
Dans cette belle et riche Egypte, la colonie juive oublia, hélas ! Ierouschalaïm, avec ses champs pierreux.
Après cette transplantation forcée eurent lieu des émigrations volontaires, Voyant leurs compatriotes bien traités par Ptolémaios, et admis aux mêmes droits que les Grecs,un grand nombre de Juifs passèrent en Mizraïm. Des communautés israélites fleurirent dans le Delta.
D'un autre côté, des garnisons grecques s’installèrent en Palestine : Pella dans ses murs reçoit des vétérans macédoniens 2.
La Judée conquise par Ptolémaios fut reprise par Antigonos qui prétendait bien retenir la Cœlesyrie sous son pouvoir. Uni à Séleukos de Babel, Ptolémaios écrasa près de Gaza le fils d’Antigonos, Démétrios
re Curtius, 1V,18,/9,01T, 2. Ritter, Urkunde, t. XV, 11, p. 1025.