‹ Histoire d'IsraelChapitre 93 sur 311 · LA JUDÉE SOUS LES LAGIDES · texte numérisé non relu

LA JUDÉE SOUS LES LAGIDES

Poliorkétès (312). Celui-ci vaincu, recula, laissant le pays aux mains de ses ennemis. Mais peu de temps après, unissant ce qu’il lui restait de forces avec celles de son père, le Poliorkétès reprit la lutte. Sur les conseils de ses amis, Ptolémaïos, peu préparé à repousser ce choc, abandonna la Coœlésyrie et la Phénicie, et regagna VPEgypte. Il avait auparavant fait raser les foruifications des villes de la côte, et même celles de Schomron et d’Ierouschalaïm.

Cet état incertain de la Judée, appartenant tantôt à tel vainqueur, tantôt à tel autre, dura encore plusieurs années, jusqu’à ce qu’Antigonos, dans une défaite près d’Ipsos, eût perdu la vie avec la bataille {été de 301), sous les coups des quatre chefs confédérés, Ptolémaios, Lysimakhos, Kassander et Séleukos.

La Judée retomba sous la domination del’Égypte, qui du reste lui fut douce. Les vingt talents que les Juifs avaïent dû payer, chaque année, à la cour de Perse, ils les donnèrent à la cour égypto-macédonienne des Ptolémées. Les Perses ayant un vaste empire dont le point central était à l’est, avaient envoyé des satrapes dans le pays de l’ouest pour y faire respecter leur puissance. Mais, comme Ja Cœlésyrie touchait l'Égypte, Ptolémaios ne se servit pas d’intermédiaires entre lui et les différentes peuplades de cette contrée. En Judée, le grand prêtre * est responsable du tribut pour la nation tout entière. C'était lui qui administrait et dirigeait tout son peuple. D’un autre côté, protégée par le doux Ptolémaios Soter, la colonie juive d’Alexandrie florissait.

Séleukos, le fondateur du royaume des Séleucides, qui, dans l'automne de 314, avait inauguré une ère nouvelle, possédait, outre Babel, la partie supérieure de Ja Syrie, au nord du Libanon, et avait bâti là une ville neuve Antiokhéia (300). Entre l’Oronte et le mont Silpius, abondamment arrosée, se dressa la cité des Séleucides, capable de rivaliser avec l’Alexandrie des Lagides. Rien de plus pittoresque que

Antiokhéïa avec ses jardins, ses bosquets de myrtes et de lauriers, ses montagnes, ses rochers et ses précipices tout tapissés de fleurs, qui lui donnaient l’aspect d’une collection de terrasses embaumées. L'art grec, la mythologie, l'architecture des Hellènes, y multiplièrent les merveilles. La population cosmopolite de cette ville s’accrut de telle sorte que, vers le commencement de notre ère, Antiokhéia comptait presque cinq cent mille âmes !,

A l’origine, pour la peupler, ainsi que d’autres nouvelles villes, Séleukos y attira des Juits de Babylone et de Perse, auxquels il conférales mêmes droits qu'aux Grecs.

Comme il y avait des colonies juives dans les pays gréco-macédoniens, les colonies grecques foisonnaient de leur côté sur le territoire juif. Beaucoup de villes même, dans la Palestine, hellénisèrent leur nom : Akko devint Ptolémaïs; plus au sud, près du Karmel, il y eut Sykominion, la ville aux nombreux sycomores; non loin de là, Krocodilopolis, changée plus tard en Gaba ou Haïfa. Dor, le vieux bourg kananéen, hellénisa sa désinence, et s’appela Dora. On bâtit une citéport qui prit le nom de Stratonos-Pyrgos (la Tour de Straton) et finit par avoir presque l’importance d’Ierouschalaïm. Une autre cité-port, fondée au sud de Stratonos-Pyrgos, se nomma Apollonia; et plus au. sud encore il y eut Anthédon. A l’ouest du lac de Kinnereth se tenait une ville grecque Philotéria, et près du petit lac Mérom une petite cité appelée, à cause de Séleukos, Séleukia.

La charmante vallée, sise aux pieds sud de l’'Hermon, à l’une des sources de l’Iardèn (Jourdain), près de l’ancienne cité de Dan, et vouée d’abord à Baal-Gad et à Baal-Hermon, fut consacrée par les Grecs à leur dieu Pan. Ils bâtirent même, à la pointe sud de la montagne de l’'Hermon, un temple, Panion, aujourd’hui Banias.

* 1. Renan, Les Apôtres, p. 215.

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À l’ouest de l’Iardèn, Beth-Schean devint Scythopolis; à l’est du fleuve, on bâtit une ville nouvelle, Hippos, plus tard Gadara 1.

: Dans tous ces endroits étaient installés des colons grecs et macédoniens. Le plan d’Alexander, de mèler lorient avec l’occident, est poursuivi, on le voit, par ses successeurs,

Entourée et pénétrée de toutes parts par les Grecs, la Judée ne put se fermer complètement à l’invasion étrangère. Les notes douces de la langue hellénique résonnaient de tous eôtés à ses oreilles, si bien qu’elle finit par les apprendre et par se laisser aller aussi aux mœurs grecques. |

À cette époque, l’œuvre d’Ezra, la grande synagogue se dissout, ce qui favorise le développement de l’hellénisme parmi le peuple choisi ?. Mais, avant qu’elle disparaisse, cette grande institution produit un sage, dont Israël conservera toujours la mémoire, Schimeëünhazadiq (le Juste), 300-270.

Dans ce temps aride, si pauvre en souvenirs, Shi meôn, le grand-prêtre, se dresse seul, comme dans un désert un arbre aux larges branches. Jamais il ne s'était encore rencontré un cohène-hagadol qui lui fût semblable, portant aussi loin la sainteté, et, en même temps, le soin du penple.

” Ierouschalaïm ne possédait qu’un petit nombre de sources : Siloa et Koguel au sud-est; Sihon au sud-ouest. Dans un été brûlant, elles ne suffirent pas. Le culte, depuis les lois de pureté lévitique, absorbait aussi beaucoup d’eau pour les purifications et pour les bains des prêtres. Les laïques mêmes, qui étaient introduits dans la cour intérieure du temple, avaient dû auparavant se plonger dans un bain. Schimeën fit creuser, sous les fondements de la maison d’Iahvé, un profond réservoir, qui, par un Canal souterrain, communiqua

1. Graetz, Geschischte der Juden, t, II, 2e part., p. 232. 2. Aboth.

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avec la source d'Étam, à quelques heures d’Ierouschalaïm. Par ce moyen, le temple et la ville furent approvisionnés d’eau 1.

Schimeôn avait une telle autorité sur le peuple, que, : pour cette éntreprise, il obtint des gens aisés de larges subsides plus facilement qu’autrefois les rois Ioasch et loschiya.

Du reste, toute la tradition juive est pleine de cette douce et noble figure, qu’elle a entourée d’une auréole légendaire. Voici le portrait que, dans la Sagesse, bèn- Sira trace du grand-prêtre 2 :

Schimeün, fils d'Onia, le grand cohène,

Dans sa vie restaura le temple,

Et dans ses jours répara le sanctuaire

C'est lui qui fit les fondements à double épaisseur, Le mur élevé de l'enceinte du temple.

De son temps fut creusé le réservoir d’eau

Dont le pourtour égalait celui de la mer d’airain. Îl songea à éviter au peuple une défaite,

Et fortifia la ville contre les sièges.

Qu’il était glorieux dans l'assemblée du peuple, Quand il sortait de derrière le voile!

Il semblait l’astre du matin, au milieu d’un nuage, La lune dans ses jours de plénitude.

r. Graetz, Geschichte.…., t. II, 20 part. p. 237.

2. Ecclésiastique, 1. Le livre d’Ioschoua bèn-Sira, écrit primitivement en hébreu vers le temps d’Antiokhos Epiphanès, a été traduit en grec par le petit-fils de l’auteur, établi en Égypte, vers l’an 132 avant notre ère. Il ne nous’en reste que cette version grecque. Le véritable titre du livre est celui-ci ::La Sagesse de bén-Sira. — N'étant pas primitivement dans le canon de l’Église chrétienne, la Sagesse fut néanmoins rangée par elle dans la classe des livres d’édification ou d'église, et au premier rang. De là son nom d’'Ecclésiastique, sous lequel elle est vulgairement connue parmi les chrétiens.

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Il était comme le soleil éclatant sur le temple du Trés-Haut, Comme l'arc-en-ciel brillant dans les nuages glorieux, Comme la fleur des roses aux jours de la jeune saison, Comme le lis sur le chemin des eaux,

Comme les plantes parfumées au temps de l'été, Comme la flamme et comme le parfum de lu cassoleite, Comme un vase d'or massif

Orné de loutes sortes de pierres précieuses,

Comme un olivier tout foisonnant de fruits,

Et comme un cyprès qui atteint les nues.

Quand il revélait sa robe glorieuse

Et se couvrait du comble de sa splendeur,

En montant sur l'autel des parfums,

Il faisait resplendir le parvis du sanctuaire. . Quand il recevait les quartiers de victimes des mains des cohènes, Et se lenait prés du foyer de l’autel,

La couronne de ses frères l’entourait

Comme la famille d’un cèdre dans le Libanon ;

Et ils l’environnaient comme des tiges de palmiers, Tous les fils d' Aaron dans leur gloire,

Portant dans leurs mains l’offrande pour Adonaï Devant toute la réunion d'Israël.

Il étendait sa main sur la coupe

Et avec le sang de la vigne faisait la libation,

Le répandant sur la base de l'autel des parfums, Comme une odeur agréable à El-Élion, roi suprême. Alors les fils d'Aharon de crier

Et de sonner de leurs trompettes d’airain ;

Ils faisaient retentir tout ce grand bruit,

Pour rappeler le peuple à El-Élion.

La nation en commun se hätuit

De tomber la face contre 1erre

Pour adorer Adonaï,

El-Schaddaï et Élion 1.

1. Sous la traduction grecque on sent très bien l’hébreu. Le Théos Pantokratos et le Théos Upsistos sont bien les vieilles dénominations sémitiques d’'El-Schaddaï et d’El-Elion.

Les psalmisles le chantaient ave eurs voix.

Dans toute l'enceinte résonnait une suave mélodie.

Le peuple priait Adonaï-É lion

Et adressait une invocation au Dieu de miséricorde, Eï jusqu'a ce que le rite d'Adonaï fût achevé,

Et qu’ils eussent accompli sa liturgie.

Alors, en descendant, le grand-prétre élevait les mains Sur toute l'assemblée des fils d'Israël,

Pour lui donner de ses lévres lu bénédiction d’Adonai Et pour qu’il fût glorifié en son nom.

La nation se prosternait une seconde fois

Pour étre gratifiée de la bénédiction d'Élion.

La vision du grand-cohène Schimeôn, reste de la grande synagogue, flotta longtemps comme un rêve. d’idéal dans la mémoire d’Israël. Schimeôn avait uni l’amour le plus scrupuleux de la loi mosaïque à l’esprit leplus largeet le plus sage. Le sacerdoce, oublieux des rites, et se laissant gagner par la Grèce libre et subtile, fut retenu dans le devoir pendant la vie du fils d’Onia. Mais on raconte qu’après lui la lampe ‘allumée à l’ouest du temple s'éteignit quelquefois, ainsi que la flamme de l'autel.

En même temps ses maximes portaient la marque d’une grande sagesse. On n’était plus au temps des nabis, quand l’éloquence débordait de ‘lèvres ardentes, en plein air, devant la multitude rassemblée. Schimeün enseignait dans la maison de prière, et là laissait couler de ses lèvres des sentences pleines de justice, dont quelques- unes ont été recueillies. Certaines de celles qui lui sont attribuées appartiennent sans doute à ses disciples, mais n’en marquent pas moins lesprit de son enseignement, « Sur trois choses, disait Schimeün, repose le monde : sur la doctrine, sur le culte dans le temple, et sur la charité, »

I y avait, a cette époque. des hommes pieux qui

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