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Josèphe, Antiquités juives, 1, XII, c. TA

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lehoudites, laboureurs et pasteurs, n’amassant rien par le commerce, étaient incapables de fournir surle-champ une pareille somme. Malgré la haine des siens pour ceux de Schomron, Ioseph n’hésita pas à contracter l'emprunt du tribut que l’on devait à Pto- Jémaios. Fait pour dominer et désirant le pouvoir suprême à une époque où il appartenait au grandprêtre, le fils de Tobia ne reculait devant aucune démarche pour atteindre l’objet de ses rêves,

L'argent des Samaritains à la main, il descendit en Égypte. Mais ne trouvant pas Évergètès dans Alexandrie, il dut, pour le joindre, monter jusqu’à Memphis. Le roi, ayant appris son arrivée, l’alla attendre sur un char où étaient assis, avec lui, son épouse Kléopâtra et son favori Athénion. Celui- ci lui désigna bèn-Tobia, parmi les gens qui s ’avançaient; alors Ptolémaios salua le premier le jeune juif et lui fit prendre place sur le char royal.

A peine assis près du roi, le rusé Ioseph lui dit : « Pardonne à la vieillesse d’Onia; tu n’ignores pas que l'esprit des vieillards et celui des enfants se ressembjent. Mais de nous, qui sommes jeunes, tu obtiendras tout, sans que tu aies jamais à te plaindre de rien. »

Charmé d’une telle urbanité, le roi se prit d’une vive affection pour bèn-Tobia, qu’il installa près de lui, dans son palais, et qu’il fit manger à sa table.

Cependant, la cour de Ptolémaios revint dans Ja belle Alexandrie, et avec elle Ioseph bèn-Tobia. Là arrivèrent, aux jours fixés, ceux qui avaient affermé ou voulaient affermer les impôts de Syrie, de Phénicie, de Judée et de Samarie. La somme totale de l’encan fut portée à huit mille talents. Joseph en promit le double, et comme le roi lui demandait qui allait répondre pour lui d’une telle somme, le juif répondit avec infiniment d’esprit : « Je choisis pour garants, 6 roi, toi-même et ton épouse. » Souriant à cette repartie, Ptolémaios lui accorda le fermage des impôts pour toute la Cœlésyrie.

Sur la demande d’Ioseph, le roi mit à ses ordres

deux mille archers, pour l’aïider à vaincre les résistances des petites villes qui refuseraient de lui payer l’impôt. Aschqlon ayant essayé de lutter contre le nouveau collecteur, celui-ci choisit une vingtaine des principaux habitants qu'il fit tuer, et, de leurs biens, envoya mille talents à Evergètès. Effrayées, les autres villes de la Cœlésyrie ouvrirent, sans difficultés, leurs portes à bèn-Tobia. Seule, Scythopolis (l’ancienne Beth- Scheän), forte sans doute de sa population grecque, crut pouvoir entreprendre contre le Juif la lutte où avait échoué Aschqlon. Mais Ioseph en exécuta aussi les principaux habitants, et fit porter leurs biens au roi de Mizraim. ; |

Après la mort d’Evergètès (225), son successeur, Ptolémaios Philopator, confirma dans ses fonctions bèn-Tobia, qui, du reste, n’épargnait point les présents au roi, à la reine, aux grands d'Egypte.

Cependant, il y eut un moment où la fortune d’Ioseph parut menacée. Sur le trône de Syrie était monté Antiokhos le Grand (223-187), qui résolut de prendre la Cœælésyrie, proie séduisante, et tout à fait à la portée de sa main.

La trahison s'étant mise dans l’armée égyptienne, Antiokhos put s'emparer de Zour, de Ptolémais, de Scythopolis, de Philotéria, de la citadelle du Thabor (Atabyrion), d’où il domina la grande plaine d’Isréël. Il conquit encore Pella, Kamon; plus loin, Ephron Abila et Gadara. Rabbath-Ammon, appelée Philadelphia du second des Ptolémées, et Schomron, tombèrent aussi en son pouvoir. Mais la Judée et Ierouschalaïm, grâce à Ioseph, restèrent fidèles à l'Egypte.

La bataille de Raphia étant venue mettre un terme à la prospérité d’Antiokhos et rétablir les affaires de Philopator, Ioseph eut tous les bénéfices de sa fidélité.

Dans toute l’histoire d'Israël, il est difficile de rencontrer un homme qui ait eu, sur le peuple choisi, une influence plus délétère que ce bèn-Tobia. Adoptant les coutumes qu’il voyait fleurir à la cour de ses pa-

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trons, les rois d'Égypte, il en vint à changer les mœurs de la ville de Nehémya. Le fermage des impôts, dont il était chargé, amena sur le pays comme une véritable pluie d’or. Pour faire rentrer les tributs des cités voisines, bèn-Tobia se servait d'agents pris parmi les siens et qui se signalaient autant par leur arrogance que par leur nouvelle richesse.

Avec les chars de guerre d’'Egvpte, Israël, en Ja personne d’Ioseph, dominait le reste des Pelischtim, des Phéniciens, des Edomites, et même les colons grecsmacédoniens, ce qui lui donnait un vif sentiment de fierté. En même temps, la pensée juive se modifiait au contact de la civilisation hellénique. C'était d'un autre œil que beaucoup de Benè-Israël entrevoyaient le monde et la vie.

On en a pour preuve le Qohéleth ou Ecclésiaste, œuvre d’un sage désabusé de tout, pour qui les plus belles choses d’ici-bas ne sont que bagatelles 1. Ce que l’homme, pour le Qohéleth, a de meilleur à faire, ce n’est point de se bâtir des maisons, d’avoir des paradis, des forêts, des étangs, des festins pleins de chanteurs et de chanteuses, ce n’est pas. de se travailler l'esprit pour acquérir la science, Qui ajoute à la connaissance, ajoute au chagrin. Boire son vin, chez soi, avec la femme de sa jeunesse, voila ce qui peut donner à l’homme le plus de bonheur pendant la vie.

Malgré son caractère philosophique et le scepticisme dont elle est marquée, cette œuvre où Schelomo, le plus heureux de tous les rois, revêt le personnage du Qohéleth, pour déclarer que tout est bagatelle en ce monde, est bien sortie de l’esprit d’un Juif. Pas un de ces rayons de gaieté qui animent çà et la les pages grecques, même les plus sombres! Partout le noir

1. M. Graetz, Geschichte der Juden,, t. III, p.553, fait descendre jnsqu’à l’époque d’Hérodès le Grand, la composition de l’Ecclésiaste, — Voir Kuenem, The Religion of Israël t. ILI, p. 82. k

pessimisme. Cependant l’Ecclésiaste est entré dans le canon juif.

Dans les arts et dans le bien-être, les Juifs poussèrent plus loin la mode d’helléniser.

Se soumettant aux goûts raffinés des Grecs,les contemporains de bèn-Tobia s'érigèrent de belles” maisons qu’ils allèrent jusqu'a orner de peintures 1. Sans doute Ierouschalaïm par là s’embellit; mais la simplicité des mœurs s’y altéra.

Le danger n’était pas que les Juifs eussent de l'or

et de l'argent, ainsi qu’une certaine culture artistique, mais que, délaissant leurs fortes vertus, ils s’attachassent aux vices des Grecs. Ceux-ci aimaient Îles festins, les heures tranquilles passées dans les jouissances unies de la table et de la volupté; ils aimaient . la musique, les chansons au milieu des repas. A la cour de Philopator, que connaissait bèn-Tobia, nul ne se piquait de tempérance et de chasteté. Là, régnaient la mère du roi, Agathokléa, une dévote fervente de Vénus et d’Hathor, Agathoklès, frère de Ptolémaios, et un autre voluptueux, Sosibios. Voilà quels étaient les maîtres véritables de l'Égypte, disposant de tout, passant les nuits dans le vin et dans les plus violentes orgies 2.

S’étant rendu à Alexandrie, aux fêtes de Dionysios, pour porter au roi des présents, bèn-Tobia s’éprit follement d’une danseuse une des impures/courtisanes de la ville. Le petit-fils de Schimeün-hazadiq fut tellement opprimé par l'attrait de laschair, qu’incapable de résister il s’ouvrit de sa passion à son frère Solymios, dont il était accompagné. Celui-ci était venu en Egypte avec sa fille dans l’espoir de la marier à un riche juif du Delta,

Voyant son frère sur le point de violer aussi gravement la Thora, Solymios, une nuit, jeta sa propre fille,

1. Sagesse, XXXVIII, 36, 2. Justin, xxx, 1-2, — Polybius, 15, 25,

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au lieu dé la danseuse, dans les bras d’Ioseph. Celuici, dès qu’il eut découvert la ruse, épousa sa nièce, dont il eut un fils aimé qu’il nomma Hyrkanos. Bèn- Sira fait une allusion discrète à l’aventure d’Ioseph, . dans Alexandrie, au milieu de ces attrayantes figures de gréco-égyptiennes

Mais ce qu’il y avait de plus grave que ces équipées personnelles de bèn-Tobia, c'était qu’en revenant d'Egypte il apportait avec lui un nouveau contingent de mollesse grecque, qui énervait l’âme ferme d’Israël.

Il paraît qu'après ce voyage, où une danseuse l’avait si bien enlacé dans ses charmes, Ioseph commença, dans la Judée, quelque ressemblance de ces Dionysiaques d’Alexandrié, qui revenaient chaque printemps et qui consistaient en deux jours consacrés à l'ivresse. D'abord réduites à un petit cercle, puis s’agrandissant, ces fêtes du vin finirent par prendre un caractère général. Foulant aux pieds la Thora, les riches juifs eurent pour ces réjouissances des danseuses, des chanteuses, des courtisanes, des repas pleins d’orgie,

C’est contre ces folies que bèn-Sira tâche de prémunir le fidèle Israélite :

Ne va pas au devant de la courtisane,

De crainte que tu ne tombes dans ses filets.

Ne t’arrête point près d’une chanteuse, Pour n'être pas pris dans ses artifices.

Aux prostituées ne livre pas ta vie,

De peur que tu ne perdes ton héritage 1.

1. Sagesse, 1x, 8. — M. Graetz place à cette époque la composition du Cantique des cantiques. 11 est difficile de ne pas attribuer au Cantique une date antérieure, et de ne le point placer avant la captivité. Les allusions au règne de Schelomo y sont fort vives; il y règne un esprit de satire contre le roi voluptueux que l’on ne comprend pas beaucoup si l’on admet la date de M. Graetz. Avec Hitzig, il vaut mieux attribuer au Schir haschirim une origine plus an-

Cependant le pouvoir d’Ioseph ne diminuait pas. Le fils qu’il avait eu de sa nièce, Hyrkanos, par son intelligence et sa sagesse, dépassait de beaucoup ses frères aînés. Son grand courage, non moindre que sa prudence et dont il donna des preuves avant même, d’être entré dans l'adolescence, le fit chérir tout particulièrement de son père.

Aux fêtes qui marquèrent la naissance de Ptolémaios Epiphanès, le vieux Ioseph le fit partir pour Alexandrie, Ses autres fils, trop rustiques, ne pouvaient le remplacer dans cette circonstance. Il avait donné ordre à Arion, le dépositaire de son argent a Alexandrie, de fournir à son fils toutes les sommes

dont il aurait besoin pour faire au roi des présents.

Hyrkanos n’ayant pu obtenir d’Arion que dix talents, et encore sous la condition qu’ils seraient offerts au

oi, le mit en prison. La femme de celui-ci, en faveur

près de Kléopâtra, s’étant plainte, le bruit de l'affaire arriva jusqu'à Philopator. Mais, aussi habile que son père, Hyrkanos eut des reparties si ingénieuses, il amusa tellement le roi, qu’il le désarma et finit par devenir son favori.

Avec l'argent qu’Arion avait dû lui céder, il acheta secrètement cent esclaves adolescents et cent jeunes filles, moyennant deux cents talents. Quand vint le jour anniversaire de la naissance du jeune prince royal, Hyrkanos se présenta pour offrir ces présents. Il avait, à tous ses ennemis, parlé de sa pauvreté et du chagrin qu’il avait. de ne pouvoir ofirir dans cette circonstance que cinq talents. Grand fut l’étonnement quand on fit approcher du roi les cent adolescents de Hyrkanos, et de la reine ses cent jeunes filles, portant chacun un talent dans la main. Jamais Ptolémaios n'avait rien vu de comparable à cette magnificence,

cienne, la 80e ou 90€ année, par exemple, après le règne de Schelomo. (Hitzig. Das Hohelied... dans Kurzgefasstes exegetisches Handbuch.)

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