‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814Chapitre 5 sur 7 · TOME I. II · texte numérisé non relu

TOME I. II

i6a HlSTWRE.pfl'ÇAU^

s^ridc^ «t amUtteu^ s'étaim^t déeUres le^ amis 4^ 1^ liberté ,^ <^ r^iQQiJiF 4c) Jb ptfrie ne trowra >aam&

s^l^la sfeireD^Quti^ai^pjt le wk», l^ TWtu^. }e pAtrio-* tÂ$m«^ j^^. p^^vr^ utopisjos iB'étaieat que 4«s 9^^t<aiçi;a^$f L'àYenir/^^ mi^traH squ» iw aspect sîiwtre ; ^(3% 4î$paritioQa[ ^d^mit (craindre touit à la fois 4es chaog^oi^B» 4ai^ V^ACÎeii.gwiyeirae^ ment ^ «t bftauQoap cU diésordr^ ^sum le nouy toq^- Cependant ^ les bons utapistes nje se réveillaient p^mit d€) l^r irofiwde )^haf gie .^ et noumssaient c0mplaisaiBjpi^Wil leurs pr^^eta dp béatitudes pojy^ tiquas.; «oa qu'ik sesfousasseAt les cFimes qui ' s& coimnettaieat e»; France ^ i^ . leà détest^Âe^^t au $0ntraii?ei nm^.^ selon eùinp^ ces mmes deyaieat bieatôt dispi^r^llye et céder la pl^ce à.k biet^eur reuae i^ép^lique. L^ j^ua é<^)»»îrési d'ep^b^ .^w^^ f euK qw i^e se latssMent . ppi^^t séduire par 4^ vaiipi^s dédamatitms ^ sa^fnt que de^ ff^amdswêh hwTs élaîent aittacliiés au ebasigeraeat du gouvêr— 9eane«ft«;Ila a'igaoraieQt pa$ uoa plsia^^fiie.làtpréseuee d'une itation iaquiète . devait Uhe tomber sur l'Italie un déluge de maux ; mais il$;Jie oonsokâeat ea pensant que le Français y «fteaofitavyb de âa Baiuve 31 ireQOoycçrait bî^atêft à leur pa^^^ et y faûsseraÎÉ .enfin s'établir ks in^itulioos y objet die lèui^s ,p\us> ehers désirs.

(1793.) XIYIIE TROISIÈME. x63

Ils potursuivaient «ncore d'autres cbim^s* Persuades qiie des ehapgemens ëtaietit néccftisaires dans ks états dltialié^ ik pensaient sartooit €pm > quelle qiie fut la fcsrme dû gouvennemeat à étaU£r> l'Italie devait secèiuer le joug qui l'acc»^ blait depuis t^nt de siècles^ qu'elle était appelée à réconiniencei* sou ekistençe y à ressai^r son aii«cientibe fièpàriorilé ; Enilâmniés par Ces espéranoeà^ ih publiaient que le tempEl était vmiu pour l'Italie^ d'égakr'k Frtmoe et l'Alkinagrô en puiséaisicer^ eommtfi elk ks i^^lail par la eiTiUsatiûn et par je sArrmiTf que . i^'^Italié mèderne devait se memiaret dâ^ne de l-anjtkiue Italie jqpe ce nqble résultait ne •pouvait sortir d'un gouverneihinKt usé, sobrce d'homilsations; «fus ces moifceUeinens die l'Ilatiè s'oppûsaienit. à l'iodépendauee ^de ses eil&ns. Asm» et trop lOiDg-temps y disaieml-ils ^ ce malbenaréuqp pays s'est i^uk pi^oîe de l'étrangelrf il ùaoA enfin le rendre à son ilketredestioée. Il ne faut pb» qàe les étrangers aperçoivent dans sa faiMesse un enciou^ fagement à leur audace^ét^ puisque la liberté coni^ mune ne se peut acqumr que par Un baukpeiï»

sèment géwral y il Faait. bàtâr U catasttopiié au lieu d'exL recukr les effbl». Que sont des Biauii passagers auprès d'un boubeinr étemel ? les lœ» nédictions et ks louanges; de k postérité attend dettt ceux qui^ pour assmvr k félicité de l'Italie^ n'auront paa craint d'affronter mille daugevs^ de s'exposer à des malheuirs sans exémplesL

i64 HISTOIRE D'ITALIE,

. Mais j parmi tous les partisans dès réfonnés ^ il y en avait d'une espèce particulière ; c'étaient des ecclésiastiques d'une érudition profonde et d'une morale épurée. Ennemis de la puissance immodérée des papes ^'qu'ils apjielaient usùrps^ùrs^ ils s'imaginaient que^ comme cette {missance avait été abolie en France^ elle le serait en Italie si les Français y mettaient le pied. Il leur semblait que le gouvernement populaire politique s'accordait parfaitement avec ce gouvernement populaire religieux établi parmi les chrétiens aux premiers temps de l'Église. Ils s'écriaiéiit qu'à l'exeinple des rois et des papes , qnirs' étaient ligués pour in* troduire la double tyrannie temporelle et spiri^* tûelle y les peuplés devaient se l^er pour reconquérir la liberté sous ces deu?c rapports ; en rappelant les choses à leurs principes. Les jdus anciens 'môtntrâient le plus d'obstination dans ces opinons^ et leur influence était Une cause de désunion parmi les ecclésiastiques. IjCS jeunes élèves des écoles de Payie et de Pistoie partageaient et propageaient ces doctrines. ' ;

A toutes ces prétentions il faut joindre celles des: grands ^ ou , pour parler le langage du siècle ^ eefles des aristocrates. Jaloux éux-mèmes du pouvoir , égalètaeat ennemis de l'autorité royale et de r autorité populaire 9 ils espéraient que leur f)uissaEnce pourrait- sortir du milieu des troubles. Us réfléchissaient que l'état populaire tourne tou-

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jours à l'aristocratie , à cause de la supériorité que donnent nécessairement les ricliesses^ la science^ l'çxpériencé et la .; céLélurité du nom; Bs^ ne dou-*" taient pas qu6 l'àflaîUîssemeat ou la chute du gour verpement royal , et le désordre du goul'eme* ment populaire y ne fissent naître l'anarchie y contre laquelle le peuple ne manque jamais de::ch€ircHer un refuge danç l'autorité du petit nombre. .Dans ce parti , on re]*narquait les nobles les plus distingués par leur (jipulence et leur vertu , quoiqu'ils n'eussent aucune part aux emplois publics et vécussent éloignés des cours. Jls désiraient donc un changeiiient ; mais y pleins d'adresse et connaissant bien les hommes , voulant d'ailleurs apporter toujours de la dignité dans leur conduite y ils ne se mêlaient point aux machinations^ se tenaient à l'écart 9 et attendaient paisiblement un résultat. Us n'igqoraient pas^ comme on voit, que le fruit d'une entreprise quelconque n'est point réservé à son auteur, et que la nécessité, sans aucune coopération de leur part , devait amener leur domination. Ainsi , ces nobles ne secondaient ni ne contrariaient la puissance royale en péril ', et attendaient leur élévation de la puissance populaire leur ennemie.

Telle était la situation de l'Italie : les hommes vertuei^x et expérimentés voulaient le maintien du présent, parce qu'ils prévoyaient les maux de l'avenir. Les hommes vertueux et sans expérience

i€6 HISTOIRE D'ITALIE.

désiraient un changement qu'ils croyaient néces^ saire an Kiçn public i les malreillans vôtilaîeat une revolofîon pour satislàîre leur ambition et leur avarice. Le clergé Ini-f^mémè était divisé. Parmi les nobles ^ les uns étaient fidèles et modétx^s , les autres fidèles et arrogans , et cette arrogance don-* nait Keu aux méoontentemens du penple. D'autres enfin ^ peu fidèles mais très prndens ^ attendaient doiicêment l'occasion. Au milieu de ces disposi-* tions diverses , les fondemens de l'état s'affaiblis* saient toi:^ les jours; cependant la masse du peilplô était saine ^ et aurait pu être d'un grand appui à Ceux qui auraient su l'employer avec fi>rce et sagesse.

Aprèô avoir dévoilé les préparatife, les man^ œuvres et les espérances des deux partis , nous ferons connaître le sort des combats. II faut bien se souvenir ici que, cette année , les Français n'avaient point le projet de forcer les passages de l'Italie, à moins que la fortune ne leur en offrit les plus favorables occasions. Leur intention était de se tenir sur la défensive, pendant que les alliés, au contraire, voulaient attaquer, et pénétrer, à quelque prix que ce fût, dans l'intérieur de la France.

Les Français, ayant prévu qu'as auraient bientôt la guerre avec l'Angleterre et l'Espagne, puissances maritimes redoutables , et voulant profiter du temps qui leur restait à dominer dans la

(.793.) LitHÈ TRÔIStÈMfe. i€)

Mëditerrân^ ^ arideat projeté uUe èxj)édit4t^û coMte ta Sak^dàigtie. Ile e^p^raieal <}Qel^6 ttiou'- TteiheAl iAfërietit» à ï'âpiyeit d'tiné entreprise fort iâipdr^ante pour eui^ ùttéMifiË les a'^ntàgés t]ùe tetir etrssent offerts! Ifes prirti ^e ¥\\é , en cas de guerre on de tempèt<9. D'àittéurs, lés blés^ que la Sardaigne produit en Abondance , ^ouvâfenl àKmenter lés «iôties de JPï^Veiice y stériles de leni^ nature^ et niehàitiëes par reUtiemî. Uii autre motif encore les y déteriïiiliait : la Cblrse s'agitait contre la France à là vort de Paoli ; et pbur conserver la Cîortee, il paraissait liééessaîre de posséder la Sardaigne. Pat* toutes ces coiisidératiotis y la fVahce avait équipé daàs le p6rt de Tbulon une flotte dé vingt-deux vaisseaux de guerre, parmi lesquels oh en comptait dix-neuf de ligne; potir profiter aussi des occasions qui se présenteraient de combattre sur terre , on y avait {ait monter six mille soldats de débarquement. La flotte devait être suivie d-un grand nombre de bâtimens destinés à recevoir et k transporter en France les fromens. Le commandement de cette belle expédition fiit donné à l'amiral Truguet. Les préparatife terminés, la flotte française, dès le commencement de 1 793 , appareilla de Toulon, et cingla vent arrière, vers la Sardaîgne. Elle y arriva sur la fin de janvier, jeta Tancre le 29 du même mois , et déploya un front terrible , en vue du port de Cagliari. L'amiral envoya

i68 HISTORIE D'ITALIE.

saj^;d^lai un..o0îcier avec vingt so14a^ p^W sqmmer layiHe. S! il ^a faut croire las jétriv^iuns français les plus reçoinnda^ndables ^ qu/ y il^ alors se renouveler le maU^^iir^ux. évënemeiit d'Oner glîa f c'est-à-nlire que leç Sardes , à Tapproche de l'e^iquif. où était arboir-e le .pavillon tricolore, ordonnèrent une décharge, dont furent tués l' officier avec quatorze , soldats , et qui blessa la plus grande partie. du reste. L'amiral se mit aus^tot à bombarder la ville avec toute son artillerie. Les assiégés ne se tinrent peisoisife ^ ripostèrent vigoureusement^ tirèrent à boulets rouges contre la flotte française , et entretinrent un feu meurtrier. La canonnade dura trois jours ; la ville souffrit peu ; n^ais la flotte reçut de graves avaries. Un vaisseau de ligne, fut brûlé; deux échouèrent; les autres, Jhorriblement maltraités dans leurs flancs • ou déchirés dans leurs agrès, pouvaient à peine manœuvrer. La garnison de Cagliari combattit avec la plus (grande valeur en cette occasion, et surtout les canonniers. Sur ces entrefaites, arrivèrent les montagnards qui, ayant aperçu des hauteurs la flotte ennemie, s^étaient rassemblés à la hâte. On les distribua dans les lieux les plus convenables , et ils étaient prêts à repousser , à immoler quiconque oserait tenter le débarquement : exemple mémorable de fidélité chez les citoyens, de valeur militaire dans les soldats. La présence de ces montagnards fut loin d'être inutile; en effet.

au 'plu& fort de .la balaille^ les Français avaient mis pied à terre dans les environs^ espérant ainsi soulever les peuples en leur faveur ^ ou du moins ^f^peler l'attention de Tennemi sur plusieurs points à'ia fois^ diviser ses forceç^ et ralentir la défense de la ville où . était toute l'importance de l'ac* tion; mais ceux qui étaient débarqués ^ ou furent tuésji ou se virent contraints de remonter précipitamment sur leurs vaisseaux. Ainsi échouèrent les projets et l'attente de l'amiral français^ qui perdit dans cette affaire environ six cents bons soldats. Du côté des Sardes il n'y eut que cinq hommes tués et peu de blessés. Le dommage éprouvé par la ville ne fut point en proportion d'un bombardement si opiniâtre ; les faubourgs les plus voisins de la mer eurent seuls à souffrir. Voyant donc que les habitans de l'île, en qui il avait placé ses plus grandes espérances, non seulement ne se soulevaient point en sa faveur, mais au contraire le combattaient avec acharnement, l'amiral républicain désespéra du succès, et prit le large hors de la portée de Tartillerie ennemie. U se maintint quelque temps encore avec ses vaisseaux, ainsi maltraités, dans les eaux du golfe de Gagliari ; mais , craignant une émeute prochaine parmi ses trotipes , événement ordinaire après un échec, battu d'ailleurs par une tempête furieuse, il revint à Toulon, où l'attendaient de nouvelles disgrâces.

ijo HISTOIRE D'ITALIE.

Pendant cfne les cètes ê» la Sardaigne ëtaiet^t le théâtre d'uae guêtre pi^esqtie aussitôt éteinte cpi'allumée, dés mouvcmens sétieux s'opéraient en Corse. L'échec éprouvé à Cagliari encouiTai^ geait les mécontens et favorisait leur projet de renverser le gouverneknent établi par les Français. Excité par son antique haine et par des injures récentes, Paoli soulevait et armait les populations, surtout dans les gorges et dans les montagnes. La célébrité de son nom, la vénération qu'il inspirait au peuple, les excès des républicains, tout servait ses desseins. Le temps est venu, disait-il, de s'affranchir de cette domination française, toujours odieuse par elle-même, insupportable aujourd'hui par la férocité qui raccompagne. Le courroux de l'Europe entière, liîs fureurs intestines de la France, rendent aujourd'hui £acile l'entreprise qu'un destin contraire nous empêcha autrefois d'accomplir. La fortune vous tend les bras; délivrez-^ous de vos tjrrans; ressaisissez votre indépendance; fondez votre liberté» Vous possédez le courage de l'esprit et la force du corps ; c'est assez pour le succès de cette noble entreprise. Mais vous avez en outre le secours de l'Angleterre, assez puissante pour vous affranchir, trop faible pour vous opprimer. Chassez ces cruels agens envoyés par une assemblée plus cruelle encore, pour écraser d'impôts et décimer les généreux et paisibles habitans de la Corse.

(179*0 tiVKÊ TROISIÈME. 171

Oui 9 chiiÉsez> prëdpitea fiu fbftd dé k mer les Casabiaticft^ les (SfcdËN^etti^ le» Aréiià^ et àree «ux leurs mâunes Satellites. Déjà leurs aï^méeis chan-^ cellettt; déjà prêtes à s'ettftiîr, elles chèrchetit nft abrî dans les lieu^ escarpes du rtvage ; déjà leur escadte vaîûcue abandonne les côtes de Sardaigne ; elle ne se sauve cju*atet peine à Toulon , pour y cacher sa honte et ses déSisistires. Levez«-y<ms donc^ et prcmve2 au ntonde (Jue vous êtes encore ces hommem qui témoignèreht autrefois tant d'indignation contre le gouvernement qui les vendit^ qui firent éclater tant de valeur contre celui qui les acheta.

Ces exhortations de la part d'un homme si supérieur aux autres , par son autorité et par son mérite perisonne!^ produisaient le plus grand effet. Plusieurs le soutenaient de leur crédit et de leurs discours^ soit par amour de la liberté^ soit par dégoût de la domination française y soit enfin par leur état de dépendance envers les Anglais. Les montagnards^ animés à la voix du conservateur de la liberté des G)rses^ descendaient par troupes^ tout prêts à combattre sous ses enseignes contre des républicains intempérans. Les villes capitales de Cor^é et d' Ajaccio , réformant leur administration , acceptèrent le nouveau gouvernement , rappelèrent leurs députés à l'assemblée nationale de France, nommèrent Paoli généralissime des armées, autorisèrent les émigrés à rentrer, rétabli-

17a HISTOIRE D'ITALIE.

rent le clergé dws son premier ëtat^ formèrent • un noy^u de douze cents soldats bien armés ^ s'emparèrent des magasins publics , et attaquèrent les ]^rançais. Les sc^dats républicains, qui ne s'attendaient pas à upe attaque si imprévue , n'opposèrent qu^une faible résistance, et se retirèrent dans les forteresses de Bastia et de San-Fiorenzo. Sur ces entrefaites, la guerre fut déclarée entre la Grande-Bretagne et la France; l'événement était d'une haute importance pour les deux partis. Les amis de Papli , et les ennemis de la France en Corse, en conçurent de nouvelles espérances, et sentirent redoubler leur courage.

En même temps , pour donner une forme au nouveau gouvernement, et rétablir l'ordre compromis par les derniers troubles, Paoli institua une junte qui, attendu les circonstances, lui confia le pouvoir d'ordonner tout ce qu'il jugerait nécessaire au maintien de la liberté et au salut du peuple, bannissant dès à présent, sous peine de mort, les commissaires français Casabianca, Salicetti et Aréna.

L'assemblée nationale reçut ces nouveUes avec fureur; eUe décréta aussitôt : que la junte de Corse était cassée, que Paoli serait arrêté et traduit à la barre de l'assemblée; que Casabianca, Saliçetti et Axéna étaient investis de pouvoirs illimités pour rétablir l'ordre et châtier les rebelles. Elle leur enjoignit d'ordonner au général Lacombe

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Saint-Michel de rassemUer tout ce qu'il pourrait de troupes de ligne, de gardes nationales , de gendarmes, de marins, et' de marcher sans délai contre les révoité^. Lacombe obéit : en même temps les commissaires de la convention ftdmi- . nèrent dans leurs écrits et leurs discours^ contre Paoli et ses adhérens , qu'ils appelaient des hommes vils, traîtres à la patrie, et vendus à T Angleterre. Ils exhortaient les populations à dehïeurer fidèles, k courir aux armes pour consei^ver, non l'antique et hoùteuse Uberlé, mais la nouvelle, la seule, la véritable liberté, celle qui était fondée sur les droits de l'homme. L'Angleterre , disaient-^ ils , est son ennemie bien loin d'être ;sa protectrice. Cette liberté ne peut venir que de la France, vengeresse des droits éternels. Souvenez-vous de l'administration toujours paternelle de la France , delà fraternité que vous luit avez promise, de la reunion de ses intérêts et des vôtres. Vous connaisse^ la France et savez comme on vit avec elle; vous ne connaissea^ pas , ou plutôt vous 11e connaissez que trop l'Angleterre. Vous savez qu'elle trafique également du bien et du mal. Ce& marchands orgueilleux ne oessjent de vanter la liberté douteuse de leur lie , et protègent ouvertement la tyrannie trop certaine établie chez les autres. Vous ne voudrez pas devenir les ifattteurs du despotisme universel, objet favori de toutes les pensées de l'Angleterre. Vous serez Français, vous sereai

174 HISTOmE lyiTAllB.

Corses, vovm ne serez pas Anglais* Sim^aiez-^you^ qu'une voie uouvelle, une yoie juSc|Ue-là incon^ nue 9 est ouverte au nion4e ^pçitir iirriver au bça^ heur, et que cett^ voie est Celle ^M Fronça gé* néreuse es^ ejhXvé^-

A la suite des exjhortationâ^ veusiieat ^e» m^ uaces terribl^Sr, c'est la i^gle. Ui^ châtiment itiavitable, la prison, la confiscation, la rnon^t ^mèiiàe attendait qwçc^ai^ oserait mister. Quelques uns, non par l'amour du bien , non pa^ kt désir du mal, mais par l'effet d'aatiques habitudes, et de cette opiniâtreté naturelle aux insdËaires , %e rdl* lièrent aousi les enseignes françaises. D'autres les imitèrent par dévou^nent à la liberté, la voyant où elle n'était pas; d'autres, enfin, ae joignirent à eux pour satisfaire l^irs passions crimineUes au milieu des trou]>les.

Ces individus s' étant donc réunis à tous le& soI« dats qu'on avait pu rassembler, Laeomhe sortit des forts contrePaoli^ qui de sou côté faisait bonne contenance k la tâte des siens. U «n résulta des combata parï:ielâ et trè$ meurtriers dans lea mon^^ tagnes; les deux partis s'aocusant, comme il ar* tive toujours à^tm les guerrestcrnles, de cruautés horribJks, partie réelles, partie exagérées. Les trou|)es disciplinées de Lacoinbe Fcmpôrtaîent dan$ Ic^ batêiUes rangées ; la guerre de partisass 90 faisai(k à l'avantagei de celles de Pàoli , qui ren^^ couferaieajt partout des populations amîeâ, coh-^

(179?) UYRÏ TROISIÈWE, 17$

Mksfii^fitlas plissages, dressaient 4Î^sifiu^ et

<9^i|M^2^i^t fadlsen^ent bw em^emi. Majoré tout^

WgôftW^l feapçai^ gftgPait^H terrain» Péjà Nwa et Dolinetta étaient tombées en son pouvoir j déjà \^ foift de Fig:*i2;fcyiiûJiQ.4v(ât été pria d'^fis^ipit; déjà {^gs^i^^â 4;anttMi& vaiw^ de Calyi , et quelques ai^^^iM t^ml^ifpbt; poiH* PaoJi^ s'étaient rendus fim ijiécQssité ou, par effroi , et avaient iopkploré la générO^ibé du ¥aiikquewr<^ S'il w parai^^t pas pvobaUe que ks Françid» pairinssant à fercef les Ccorses dans les noatkagni^^ et ds^ns. les dé^si^ on n^ v^yfit pai$,niH5i pliia ^dniment les Corses pour* v4i^t i^^nii* 4 bout des Fraxicaisi , fort» die leur 4is^ip)¥ie ^ d^.hijix arûH^rie.) dans l^s plaines et )^>jViUes qu ilji oC€^lâi?nit sur le rivage.

1 • \j^ destinées jd.e \sk Corse flç^ttaieut ioiçertaitaes^ Wraqu^ tout à çd»p paJirureaat sûr s^e^ côtes plus de viojgt'VaîsiseabCipc de guerre auglaist qui intercep- ^finevkl to^tce qw «irriYbit.dans l'âe. S'étant en* 3i|itej#ppf^€ibé^ pei» à peu du rivage y tla firent fjleuvoiîrtipie gr^e d^ ^onsd^es et de bouleiU sur lea tî^u^ifnb Papli pr^tsait,du:oèté de^tette^» E^fi^j ^ywt débarqué.qidbquDs tDoiipea qui rcîiQÂgmr^ut Faoli 9 la d^ose. dcsvtint déd pin» diffidlei peiur Jieist Françaia^ et {^awmbe «r^ vit obligé d'ahando»^ MT l'iWaiïCMainencefaaeptdeinai. Iie$ Fraiiiçais^ à la vérité.^ étai^t toujouii» laaitre» de Baatia^ ^ Cajlvi et die San-'FipresaseN; m^ eés- villesi n^ taffdèveuft pas^ k ge sounaettiifi aux vainquetii»i> ^

la Corse toctt entière, après avoir ot>éî pendaât vingt -daq ans à la Fraiicé, ^ vit alors , dir^ij^ ^rendue à elle-nijêitte ^ ' on tombée au pouvoir des Anglais?

Les Français partis, il 'Ait créé dans l'Ile un gouvernement provisoire dans la dépendafice ël>solue de Paoli et du parti contraire à la.Frlittlce. L'autorité municipale fut rendue à ses foôrme^ antiques. Mais cet état n'était que transitoire,^ mille accidens pouvaient amener sa di3sOlutiot^ ; Paoli le remarqua, et résolut de presser un résidtat , ' afin de fixer le sort' de sa patrie et de résister aux eflForts de la France, dont le voisinage et la puissance l'inquiétaient. De son côté, par lacnénle raison, et pour s'assurer uii accès facile dans une lie si favorable à son commerce, à ses arsenaux et à son pouvoir, l'Angleterre désirait que l'on prît un parti définitif. Dans ce but, Paoli soUiq^a vivement le roi de la Grande-Bretagne d'établir Ml Corse uïi gouvernement libéral, et de le protéger contre les entreprises des Français : proposition fort agréable à l' Angleterre. D^ là naquirent lefi^ événemens que nous rapporterons dans le Livre suivant. Condition déplorable des temps, qu'on Paoli n'ait su ou n'ait pu soustraire -sa patrie au joug de l'a France qu'en la livrant en^ jH*oie à l'Angleterre! Conduons^ea^que le vieux Paoli avait' perdu sa vigueur avec sa jeunesse , ou qu'iUL long commerce «avec les Anglaii; avait in^

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flué sur ses résolutions y ou enfin que son parti en Corse n'était pas assez fort contre le parti français.

La guerre avec l'Espagne et l'Angleterre, la réunion déjà opérée ou très prochaîne de leurs flottes dans la Méditerranée , donnaient de grandes inquiétudes à l'armée française du comté de Nice. Les Piémontais occupaient les sommités des Alpes, il leur était facile d'en descendre, de déboucher dans le plat pays , de se réunir subitement aux troupes espagnoles ou anglaises qui auraient débarqué , et de causer un préjudice notable aux républicains. Brunet, qui commandait alors l'armée de Nice , résolut de tenter la fortune avant la jonction complète des forces navales confédérées. Son but était de chasser les Piémontais des hauteurs , et de prendre pour lui l'avantage de leur position. Il quitta la Scarena au commencement de mai, et se dirigea vers les montagnes ; mais comme l'armée piémontaise était maîtresse de tous les sommets , il fut obligé de diviser ses troupes et de multiplier les assauts. Le général Dumorbion eut le commandement de la droite , et devait attaquer le camp établi sur le mont Peruzzo. La gauche, sous la conduite du. général Serrurier, devait s'emparer du col de Raiis , opération très importante , et plus difficile quelles autres; et afin de battre à la fois les camps intermédiaires de Linière, de Mo*"

linetto et de Fogasso^ le général Mioakoski eul; ordre de faire tous ses efforts pour se reudre maître des hauteurs qui les dominent.

L'armée piémontaise était commandée par les g^éraux CoUi et Déliera : ayant eu avi^du mouvement projeté par l'ennemi , ils se tinrent prêts à repousser ses attaques. Hommes et armes, tout fut disposé des deux parts. Le 8 juin, les Français montèrent à l'assaut avec une furie sans exempie. Ni la difficulté des lieux, ni les chaleurs extraordinaires de la saison , ni 1^ rniée^ de bou-* lets qui tombaient au milieu d'eux, ne purent les empêcher d'arriver jusques sous les retranchemens établis par les Piémontais, et de s'emparer de toutes les positions, excepté (?elle de Baiis . où l'on combattait avec le plus d'acharnement. Les Français s'avancèrent avec une audace incroyable sous le feu même de l'artillerie italienne ; mais autant il en paraissait , autant il en tombait de morts. La bataille se soutint avec une grande valeur des deux côtés ; les Piémontais perdant peu, les Français perdant beaucoup, et poussant continuellement de nouveaux bataillons à l'assaut. Frappés de l'opiniâtreté de l'ennemi^ les chefs de l'armée piémontaise ordonnèrent au capitaine d'artillerie Zin , d'établir une batterie sm^ un plateau voisin, et de foudroyer les Français en écharpe. Cette disposition si opportune en ellemême , fut exécutée par Zin avec tant d'art et de

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résolution > que les républicains , se voyant pris à revers y renoncèrent à leur entreprise et se retirèrent précipitamment, laissant les flancs de la montagne misérablement jonchés des cadavres de leurs compagnons. Les Français déployèrent dans cette action , comme dans toutes les autres , une valeur impétueuse et irréfléchie. Les Piémontais^ surtout l'artillerie, et le régiment provincial d' Acqui qui défendait le retranchement de Raûs , montrèrent beaucoup d'intelligence et de fermeté. Les Français y perdirent plus de quatre cents braves soldats y tués , blessés ou prisonniers y et environ trois cents dans les autres assauts livrés le même jour. La perte des Piémontais dans ces différens combats fut de trois cents hommes , deux canons ^ et beaucoup d'effets militaires. Telle était toutesfois l'importance de la position de Raûs que y malgré l'échec du 8 ^ les républicains retotu*<> nèrent à l'assaut le 1 2 du même mois avec douze mille hommes y bien résolus à emporter la hauteur* Mais, ni leur nombre ni leur valeur ne purent les empêcher d'être repoussés une seconde fois avec beaucoup de perte. Ainsi fut conservé par les Piémontais le retranchement de Raiis, d'où dépendait entièrement le succès des opérations de ce coté. Cette montagne y en efiet, dominait l'extrême gauche de l'ennemi , au moyen de laquelle il communiquait avec l'aile droite de son armée des Alpes et avec Boléna, par la route

i8o HISTOIRE D'ITALIE.

dé Véletto. Les Italiens avaient ainsi la facilité de descendre vers le Var, et de se placer entre Tarmée des Alpes maritimes et celle des Alpes supérieures.

La sanglante bataille de Raiis avait singulièrement rallenti l'audace des re'publicains , et doublé l'espoir des alliés. Il y eut à cette occasion des réjouissances en Piémont : on se persuada de plus en plus que les déroutes de Savoie et de Nice devaient être attribuées à l'inexpérience des officiers et non au peu de valeur des soldats. De leur côté, les républicains accusèrent leurs chefs de trahison.

Informé des revers essuyés dans les Alpes maritimes, Kellermann s'était transporté à Nice pour y surveiller tout par lui-même , et afin de pouvoir agir selon les circonstances. Il craignait principalement que les alliés ne fissent une pointe vers le Var , et ne séparassent en deux son armée; auquel cas il eût été obligé d'évacuer promptement tout le comté. Après de mûres réflexions il se décida à renforcer ses postes à l'extrémité gauche de l'armée des Alpes maritimes , où il envoya de nouveaux détachemens , parmi lesquels un bataillon de grenadiers et quelques compagnies de troupes légères. Les premiers garnissaient Lantosca , Boléna et Belvédère , le long de la Vésubia ; les seconds, San-Dalmazizo et Duplano, sur les montagnes qui séparent les deux vallées de la

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Tinéa et de la Vésubia. Le but du général français en munissant" ces divers lieux , était de conserver ses communic-ations avec le camp de Tornus , par les hauteurs de la Tinéa, et en même temps, de surveiller les mouvemens de l'ennemi dans la vallée de la Stura et sur les sommets des Alpes de ce côté, mais principalement sur le col des Fenêtres dont les passages sont beaucoup plus faciles. Il se défiait surtout d'un gros de troupes sardes et autrichiennes rassemblées dans les environs de Saluées. Elles pouvaient, en deux marches, se porter sur les hauteurs qui séparent la Stura de la Tinéa , et tenter avec des forces supérieures quelque entreprise de nature à compromettre la sûreté de Farmée française.

De leur côté, Colli et Déliera avaient ajouté à leurs retranchemens et renforcé leurs troupes sur la montagne de Raiis occupée par Faile droite de leur armée, aussi -bien que .toute la chaîne des sommets jusqu'au fort de Saorgio , ce qui leur donnait bon espoir non seulement pour la résistance, mais encore pour quelque victoire signalée. Leur intention n'était cependant pas de tenter la fortune des armes, le moment ne leur paraissait pas encore ai'rivé ; mais ils voulaient, en se maintenant dans les positions dont la garde leur était confiée , donner aux confédérés le temps dé bien mûrir les importans projets en délibération dans leurs conseils.

i82 HISTOIRE D'ITALIE.

L'apparition des flottes anglaises dans la Méditerranée , en rassurant les états d'Italîe qui s'étaient déjà déclarés, porta encore à se décider ceux qui, par crainte ou par un désîr de neutralité , s'étaient jusque-là tenus sur la réserve et l'observation. Ainsi le roi de Naples , manifestant ouvertement ses desseins , ferma ses ports aux Français , et prit l'obligation de fournir à la ligue six mille soldats, quelques vaisseaux de haut bord, et un plus grand nombre de petits bâtîmens. Le pontife arma de son côté , et promît des troupes ; mais Venise , Gênes et la Toscane persistaient dans la neutralité. Pour amener ces puissances à une résolution définitive, les Anglais, indépendamment de la présence de leurs escadres, eurent recours aux négociations. Elles eurent lieu avec tant d'arrogance, surtout i l'égard de Gênes et de la Toscane, que, dès ce montent, Tltalie put prévoir ce qu'elle devait attendre dé l'Angleterre , de l'Autriche et de la France. Hervey, ministre anglais à Florence, écrivit à Serristori, ministre du grand-duc, que l'Europe entière était instruite des plaintes qu'il avait adressées à son altesse relativement à sa partialité en faveur de la France; qu'il avait fait tout ce qui était en lui pour attirer l'attention de son altesse sur les dangers qu'elle courait à se maintenir en rapport avec une nation de régicides, ennemie de toute loi, dé tout gouvernement, destructrice de la religion, souillée

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du sang de son roi y de celui dipi clergé y de la noblesse et de tous les sujets fidèles à leur souverain } que^ cependant^ leB conseils de la perfidie et les maximes de la malveillance avaient constamment prévalu auprès du grand -duc; qu'il était résolu , lui Hervey ^ d'eh venir à une résolution vigoureuse; qu'il signifiait donc au graadduc que l'amiral Hood avait ordonné à une escadre anglaise^ soutenue par une division de la flotte espagnole^ de s'approcher du port de Livourne, afin de s'assurer des dernières volontés de son altesse; qu'il signifiait, en outre , à son altesse, et cela de la part de l'amiral Hood et du roi son maître, que si, dans douze heures, elle n'avait pas chassé de ses états le ministre de France , Laflotte et ses adhérens, l'escadre traiterait comme ennemi le port et la ville de Livourne; que son altesse prît bien garde à ce qu'elle allait faire , parce que le seul moyen d'apaiser l'Angleterre était de lui obéir ponctuellement, et Sur l'heure, en chassant Laflotte , en rompant ouvertement avec la France , et en faisant cause commune avec les alliés.

Telles furent les menaces du ministre anglais au grand-duc de Toscane; on y remarque deux insolences qui surpassent toutes les autres. La première c'est l'orgueil même du langage à l'égard d'un souverain indépendant, d'un prince de la maison d'Autriche; la seconde^ c'est le reproche

i84 HISTOIRE D'ITALIE.

fait à autrui^ par un Anglais^ d'avoir immolé sou roi.

Sans s'expliquer sur la proposition d'alliance avec les confédérés, ni sur là rupture. avec la France, Serristori répondit avec beaucoup de modération que Laflotte et ses adhérens, entre autres les marquis dfB Chauvelin et de Fougère , très partisans des innovations, avaient reçu ordre de vider le plus tôt possible les états du grandduc. En effet, Laflotte et Chauvelin reçurent leur congé, et se retirèrent sur le territoire, vénitien par la route de Ferrare; Fougère se rendit à Gênes.

De pareilles menaces furent faites dans le même moment par le ministre anglais Drake au gouvernement de Gênes. Assez et trop long-temps, disait Drake, la république de Gênes a favorisé les Français ; assez et trop long-temps elle a toléré qu'un Tilly, ministre de France, semât la discorde et l'anarchie chez les Génois et leurs voisins. Il faut mettre un terme à ces scandales; il faut maintenant que la république accepte l'amitié de l'Angleterre , chasse Tilly et ses amis, reçoive dans le port de Gênes la flotte anglaise, se décide enfin à seconder la coalition de tout son pouvoir ; autrement elle sera traitée comme ennemie par l'Angleterre.

Tant de menaces et d'impertinences furent suivies d'actions plus injurieuses et plus coupables

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encore : la frégate française la Modeste, mouillée dans le port de Gènes, fîit attaquée à l'improyiste par deux vaisseaux anglais qui s'en emparèrent après avoir massacré une partie de l'équipage.

Cet attentat fut le juste objet d'une indignation générale; et si le voisinage de la France avait, jusqu'à ce moment , fait craindre à Gènes des excès de la part des Français, on les redoutait bien davantage depuis la violation de la neutralité. En eflfet , la nouvelle de cette violence né fut pas plus tôt arrivée à Nice, que les représentans du peuple, Robespierre jeune et Ricard , déclarèrent , dans une proclamation virulente, que le pacte social de toutes les nations avait été indécemment mëcoiiau ; que l'action abominable commise dans le port de Gênes contre les citoyens de la république française, par des hommes qui se disaient sujets du roi d'Angleterre , insultait aux droits des peuples, et mettait en péril l'existence même de la société; que des actes aussi détestables intéressaient tous les gouvernemens, et celui de Gênes plus que tous les autres, puisque son territoire avait été le théâtre de cette haute trahison envers la société ; que le châtiment en devait être aussi prompt que terrible ; que Gênes avait donc à se déclarer, sans délai, ou pour les amis, ou pour les ennemis du droit des nations outragé dans la personne des républicains français; que le moindre

i86 HISTOIRE D'ITALIE.

délai de la part du sénat génois à frapper d'un châtiment exemplaire et proportionné les auteurs du crime commis dans son port et sous la bouche même de ses canons , équivaudrait à une déclaration de guerre , et que la république française ne s'en rapporterait plus qu'à elle-même pour venger, par tous les moyens possibles, un si affreux attentat.

Ces imprécations contre Gênes furent renou-* vdées "par Robespierre l'aine à la tribune de l'assemblée nationale.

Ainsi pressé entre deux nécessités , le gouver* nement de Gênes ne savait à quel parti s'arrêter ; mais l'irrésolution était le plus funeste. Il considéra donc, d'un côté, qu'aussi long-temps que l'Angleterre dominerait dans la Méditerranée, les Français réaliseraient malaisément leurs menaces, attendu que les côtes de Provence ne pouvaient tirer des blés que de Gênes. La présence des Autrichiens sur le flanc de l'armée française était une seconde et puissante garantie. Quant à l'Angleterre , attaquer le littoral était pour elle de peu d'importance; attaquer Gênes lui était difficile. D'ailleurs , en rompant la neutralité , il fallait se jeter dans les bras de la France, et c'était lui ouvrir un chemin jusques dans le cœur du Piémont. Le sénat déclara donc qu'il demeurait neutre, ajoutant qu'il lui était fort pénible de ne pouvoir prendre un autre parti ; mais que la nécessité deis

temps ne lui permettait pas une délibération contraire. Quant à Tévénertient de la Modeste ^ il s'en tint a des termes généraux. C'est ainsi que Gènes, placée entre deux ennemies redoutables, ne satisfit ni l'un ni l'autre , et se maintint dans une position plus favorable , à tout prendre , aux Français qu'aux alliés. Drake ne manqua pas de remplir rïtalie de déclamations contre les Génois. Leur prudence, selon lui, n'était plus que de la timidité italienne, ou de la corruption française. Toutefois, la décision du sénat fat généralement approuvée, d'autant plus que le peuple n'aurait peut-être pas enduré patiemment la rupture d'une neutralité dont il retirait de grands avantages.

A cette époque, on fit de nouvelles tentatives auprès du sénat vénitien. Le chevalier Worsley était alors le résident du roi d'Angleterre à Venise. Sans avoir la rudesse de Hervey et de Drake , il était aussi soigneux de foire réussir la cause des confédérés. Soit par modération naturelle, soit que lé roi lui eût recommandé de montrer plus d'égards à Venise, en raison de sa puissance, qu'à la Toscane et à Gênes, en raison de leur faiblesse, il représenta doucement au sénat,- et plutôt en ami qui conseille qu'en maître qui exige, qu'il fallait bien considérer quels torts résultaient de la présence d'un ambassadeur français à Venise ; que c'était une source et un moyen de manœuvres dangereuses pour tout bon gouvernement;

i88 HISTOIRE D'ITALIE.

que cette ambassade favorisait le passage des courriers et des lettres qui ne tendaient qu'à troubler l'Orient; qu'il savait qu'un certain d'Enin avait déjà traversé Venise , et se trouvait maintenant à Constantinople où il redoublait d'efforts , de ruses et de promesses pour exciter la Porte ottomane contre l'Autriche et la Russie , afin de détourner une partie des forces qu'elles dirigent contre la France ; que ce même d'Enin se proposait^ en cas de non réussite auprès du divan ^ de soulever contre la Turquie les populations voisines , surtout celle de Raguse déjà gagnée à force d'or, afin que la Porte, irritée par des actes d'hostilité, prît les armes contre Venise; espérant en cela, d'Enin, que la république, attaquée par un si puissant ennemi, appellerait, en vertu des traités existans, l'empereur d'Allemagne à son secours , ce qui diminuerait d'autant les forces de la coalition contre la France; que cette ambassade française à Venise entretenait des pratiques fiinestes avec les Grisons qu'elle ne cessait d'exaspérer et de pousser à la sédition, en leur rappelant l'exclusion dont ils avaient été frappés par le sénat , et la dissolution de la ligue en 1 766 ; que ce pays servait de passage aux courriers porteurs de germes empoisonnés, aux artisans de discorde et de trouble ; de séjour à tous les déboutés de France , aux bannis de tous les pays pour le scandale de leur conduite ou le danger de leur opinion ; que

la sûreté des états vénîtiens eux-mêmes était fortement compromise par cette ambassade^ le rendez -vous commun des lettres, des journaux et des hommes pervers de France et d'Italie ; que c'était au nom de son roi qu'il invitait expressément le sénat à vouloir bien repousser loin de Venise ces élémens de désordre, de malheurs et de corruption abominable. Si le sénat, disait encore Worsley, consent à renvoyer l'ambassadeur et à empêcher les Français de s'approvisionner d'armes et de vivres dans les états vénitiens , les alliés, de leur côté, ne s'opposeront en aucune manière à son système de neutralité ; ajoutant même qu'en cas de guerre de la part de la France, la coalition, avec toutes ses forces, garantirait le territoire de la république, et que dès ce moment les escadres d'Angleterre -et d'Espagne s'offraient à les protéger contre toute insulte. Ce langage, disait Worsley en terminant , je le tiens à la république par l'ordre exprès du roi mon maître, selon les instructions du ministre Pitt, conformément aux vœux de l'impératrice de toutes les Russies, de l'empereur d'Allemagne et du roi de Prusse. Que le sénat s'éveille donc , et qu'il s'arrête aux délibérations les plus conformes à la nécessité de ces temps orageux, aux réclamations pressantes qui lui sont adressées , aux offres généreuses qui lui sont faites, et au salut même de la république. Mais le sénat vénitien évitait toujours la préci-

igo HISTOIRE D'ITALIE.

pîiation dans ses actes. Persuadé que si la discorde régnait en France, la fureur néanmoins rendait cette nation puissante et capable de s'ouvrir un large chemin en Italie; voulant aussi conserver son commerce maritime, il répondit gravement qu'il persistait dans sa neutralité; qu'il ne pou** vait se résoudre k congédier le chargé d'affaires de France, Jacob, mais qu'il l'appellerait le chargé d'affaires de la nation , non de la république française*

Woréley ne fit point de nouvelles démarches et continua de rester à Venise , où il ne cessait de blâmer les discours hautains de Hervey et de Drake , au grand-duc de Toscane et à Gênés.

La présence des Anglais dans la Méditerranée affranchissait le grand->maitre dé Malte de la crainte que lui avaient inspiré les Français, et favorisait son ardent amour de la guerre . Il saisit cette occasion pour manifester hautement les desseins qu'il nourrissait depuis long*temps , relativement aux affaires de France. Il ordonna donc, à Tinstigation du roi de Naples , que tous les agens de cette puissance eussent à quitter l'ile, et que les ports fussent fermés à tout bâtiment français , soit pu- , blic, soit îparticulier , pendant toute la durée de la présente guerre. Ayant appris, en outre, qu'un certain d'Eymar était envoyé par le gouvernement de France pour exercer à Malte les fonctions de chargé d'affaires , en remplacement du chevalier Caumont , qui continuait à y représenter le roi

Louis, le grand-maltre déclara' qu'il ne reconnaîtrait jamais ni d'Eymar y ni aucun autre agent de France; qu'il ne le devait, ne le pouvait, et ne le voulait pas.

La guerre étant ainsi déclarée entre la France et l'Angleterre , et les flottes de; cette dernière puissance ayant paru dans la Méditerranée , les espérances de FAutriche et-de la Sardaigne se ranimèrent. Tous les ports de la Méditerranée et de l'Adriatique furent fermés aux Français , à l'exception de ceux des républiques de Venise et de Gênes. Les forces de Rome et de Naples se joigni* rent à celles de la coalition ; l'attente générale devint d'autant plus vive, que si, d'un côté, les forces confédérées avaient reçu un grand accroisse^ment, l'enthousiasme et la fureur s'étaient développés en France dans une égale proportion.

Le moment était venu poiu- les alliés de mettre à exécution les grands desseins conçus par eux depuis long-temps sur les provinces méridionales de France. La proscription venait de frapper les girondins; leur exclusion de l'assemblée nationale était prononcée. Leurs partisans, les amis de la liberté foulée aux pieds par les jacobins effrénés,, ceux qui s'entendaient avec les alliés pour rétablir le gouvernement royal, se rassemblèrent, coururent aux armes , excitèrent des troubles et des soulèvemens. Déjà les villes de Bordeaux , de Montpellier et de Nîmes manifestaient tumul-

tueusement leur indignation de Foutrage ùàt à leurs députés. Mais le succès de Fentreprise était attaché à la ville de Lyon, qui avait été l'objet de toutes les négociations secrètes pratiquées depuis quelque temps à Turin, entre les che& confédérés et les mécontens. Biroteau et quelques autres chefs moins considérables des girondins s y étant réunis à Precy, firent prendre les armes à toute la ville, et publièrent des manifestes contre la tyrannie de la convention. Les représentans du peuple, les généraux républicains eurent beau prier, menacer, ils ne parvinrent point à changer la résolution des Lyonnais déterminés à en venir aux extrémités. Leur fureur, au contraire, s' accroisr sait chaque jour davantage, et devenait plus vive en raison des menaces et des caresses. Ils espé-. raient, d'ailleurs, que les secours des Autrichiens et des Piémontais préviendraient les attaques des soldats de la république . Ils comptaient aussi que les Marseillais, qui venaient de se soulever comme eux, et pour le même motif, s'empresseraient d'accourir ainsi qu'ils l'avaient promis. Us ne doutaient pas que les Marseillais n'entraînassent, chemin faisant , toute la population , et ils se persuadaient que la réunion des forces lyon-. naises, provençales et piémontaises devaient puissamment contribuer à la ruine et à la chute des scélérats qui régnaient alors sur la France. D'un, autre côté , le Languedoc et la Guienne se mon-

(1793.) LIVRE THOBSIÈME.' 193

tr«eatrind[(i11spio!9BS'|ioui' hlcqmTQition : trait faisait donc/crdioe à FanéahtisséteeBt'prtefaàia île la républtquf.. Tel .'.était Te&piair de ses «linjemis ; espoir nenriiide^uiâ bnB^tenips par les coofédé- «s, deWii» pte:vif.<p«|«àai. par l'adhéra de rAiiglèterreiètn|0:ltSspiiÇDe::à4aL coalition.^ et sur» tbiit parol^ah*îtc^ de> ionrs^ «scadres sur les côtes de Srd^çtÊse: ' Cepemdaixt y ;pour ae pas trop heurter iosjCMpîniaiis; professées: par ceux-là même qui serâpéadeatiGe-^naiiâ mouTement^ tant les doc*^ tmoes) nèu^elles agbsaiœt fortement sur les es* p#its:l iksf iiiéràfcilrafi de . Tiiitërieur publièrçut ^-ifaTie'tvduIaieiit que s^oj^ser à la tyratime de PaTb;tlts.aliiéJ^ qu'ils n'auraient d'autre iaten^on qqedb^BÛiidiév les choses aux réforniés proposées enfd^dg. Par-fcelmoyen, leurs projets déy^aient mnoiiis; odîelix '; ils cadiaieiit^ sous uu. Toil^ de moééradimi; , - leuii bot . réel > diai»rt< dallent . 1^6 sHlttéurs inévitalAes qui deraient rémilter d'un chailgemeQt total dans le système 'p<4iti<|ue d'une nation rqpmtée rebelle^ et espéraient reacpntrer dans . le 'peuple moins de résistance et plus de

Il n'entre pas dans notre plan de rapporter les partMaolianÉës du siège de Lyon ^ qui eut lieu peu déiienilpB après ^ encore bien que ce soit un des £ûb lès^fais mémorables de cette année, tant par bKVâeur et l'acharnement des deux partis que par là (crimité des vainqujenrs. Avant que cette ville I. i3

194 HISTOIfiE D'ITALIE.

éàt secoué lé jong' de rauf:oiÈîtB.d'alorA^ Marseiik is'était imhe «Uerrinéaxi0>.èa. état, de rétolte. Ses habitans^ cëdantàjleiir inntpatîetice'^ ae rdimi^ rent en gratid^ nomlm&'^onŒJ'kistf^faâjmDK et xnar* chèremtau aecoiirs.:èB^l^jqn*t€ettq inUfir-n'avait pas rencontre daiMs soa9^fr^isiàa^e*hr/caû£6txïàïé d'opinions qu'elle avak.espàrDe^ la Savoie f'éixdt déclarée pour le nouveau goiiireriièiiio]ift'^vlir:Oau* phinë y et surtout Grencdsle sa eapÂtafey. iDoa. se»*kment professaient ;.Tec chakur 4e^niéiiief çriueipe^, mais étaieiit. encore opposés ikui&iiy'aBiifiîs par l'efiet d'une antique riyalilé. Toutefois >;'ks Mariseiltais se vantaient de )suffîre sêuk.^^la^eusi- ^te de l'entteprîse el wl saUctide Lr^on .^,fia* effirt, ils av^îetil; déjà passé la Durance^ etsélaBntéidnés dati& Atigtiovi en poussant deft> cfadsiedts. iofinicB. Apres y armir commis dcs/^exoès de tous genres, fia s^adkemiinèreiitryers les régions svpéneuee&idtt IKkône; IL^r popdltftVMus daBajrLanguadocsIëbcanr tèrent «ll^4iiémes à la vue de ce .mouvemeufeigenéràl^ et<d4^ les insurgés dés fdépânNfemensiide i'Hé^ult et du Gard; s'ietaient empaf3e9.de la cîiàdélie du Saint-Esprit y forteresse importanÉedqjoi dominait ie passa^ du lUione^ :.: :./•.:

Dans le même temps y les afidés contrnaéaoèlnrt: À-maTÂfeisterkurs projets. Les PiemontaiçfnniaiB à quelques troupes aivtrichienfies^ étaiipnt* dtat- Cendus en for<:es du mont Ceuîs et du jABÉki- Saint^Bernard^ afin d'envaiur la Mburiemœ: et là

(1793) LITaU TROISIÈME; agS

Tarantaise. Une partie de ceâ troupes^ ceilesiqui yenaieiit du PetibSamt-Bemard^. après, avoir trae- ^ené le territoire du Vallais^; marcha sur la Fax^ oigny' po^c s'en rendre^ maître y fàyonset ainsi rex«pëdition contre Ja Tàrantaise , s'y rënnir ^ensuite dai» les environs de Gonflans^ et de là se porter sur Lyon, si la fortuné se montrait proplice* Toutes ces tronpes dbëifsaieilt an duc de Montferrat, fils du. roi, prince aussi distingué par les qnaliteer de son esprit que par la pureté de ses mosurs, /eiciMai des peuples- à cause de la douceur et de l'aménité de son caractère.

-I De son côté, le roi s'était dirigé, avec le gros de son arrnéey yec& le conité de INice, persuadé qu^îl allait renipoirter une victoire glorieuse et complète^ . en. érradiant à l'ennemi qu'il haïsBak le plus, un pays qu'il affectionnait pardessus tous les autres. 5on:;des8eiiL était dé descendre par lès rives du Vur, afiud'ebligJar Jes/Francaift k évacuer le comté , ou sinon ,• de les séparer de la Provence. Le voî' était, accompagné^ dans cette expédition , par le duc d' Aosfte , le isecond de ées fils ^ prince i^èmpK d'ardeur contre ceux qui gouyemaieut alors la France, et qui s'était tdojours montré fort op* posé à la paix. C'était la que les coniSédérés: voulaient déployer les pliis grands efforts , soit parce que le roi;, comme nous l'avons déjà dit, s^ëtaJt toujours refusé à envoj^er des forces {dus considérables coutre la Savoie, pour faciliter l'etitré-^

prise sur Lyon, soit parce qu'ils espéraient, ainsi cpô le roi, trouver plus de partisans pamii les peuplés y soit enfin parce que les flottes combinées,, qui coiirraîent les mers voisines, pouvaient favoriser leur expédition. Ainsi, lavtempéte qui tout à l'heure menaçait d'éclater sm* l'Italie , grondait maintenant snr la France. .

KèUermann n'eût pias.plus tôt reçu ces noiwelles qu'il accourut pramptemeiit en Savoie , se rendit au camp.de l'Hôpital < près. G)n(flans, position très importante dans xes circonstances, >et. vint à bout, par sa préseûceret ses exhortations^ d'inspirer tant de courage à ses soldats , qu'ils se montrèrent déterminés à) braver li^s pli^s grands dangers plutôt que d'abandonner le poste omfié à leur fidélité. En même temps KeUermann fit venir du cainp.de Touriius uii gros détacjiement où l'on ' remarquait surtout un bataillonrde grenadiers et trois de vdbntaires ; troupes excellentes et'TOmplies d'audace .^Mais le péril était toujours extr.émej et, si Farinée italienne ^eùt <^éré sa jonction avec les Lyonnais, l'autorité de la convention natibnale disparaissait dansxes provinces. Aussi le général français, cédant à lia .nécessité, retirart-il du camp de Lyon un autre détachement qu'il envoya dans le Faucigny, absolutnent privé d.c Aéféose. Il fit. aussi, un appel aux gardes nationales deSavoienet du département de Tlsère j c'était comme une arrière-garde destinée à* sou-*

tenir le courage des troupes! de ligne, et à rétablir la fortune des armes en cas de revers. Pour plus de garantie , il fit élever et: garnir d'artillerie dés retrandlieni<ens sur le défilé de Barraux, position essentielle à k sûreté du Dauphiné. Il se persuadait iqu ainsi menacés ^sur leurs flancs, les Italiens n'oseraient pas s'avancer jusqu'à Lyon. Enfin, pour être à même de tout observer, il vint s'établir au château des Marches , point central qui correspondait avec les trois divisions de son armée.

Dans un moment si critique, ceux.de Savoie qui s'étaient le plus fortement prononcés eu faveur du nouveau gouvernement, nJe se mancpièrent pas à eux-mêmes. Par leurs discours et leurs écrits, ils animèrent et eurent bientôt décidé les peuples i se défendre; tous coururent aux airmës. Les chefe républicains parvinrent ainsi à se maintenir en Savoie , et firent, espérer à la France la conservation d'une province qui avait avec elle tant de rapporta par sa situation, son langage et ses mœurs. Du reste, c'était aux combats qui s'approchaient à décider si les deux partis obtiendraient de leurs préparatifs le résultat qu'ils s'en étaient promis.

De l'autre côté , plus au-dessous, Kellermann avait expédié le * général Carteau avec un gros dér tachement pour reprendre le fort du Saint-Esprit, chasser les Marseillais d'Avignon ^ et les repousser

SÛT la rive gaucte de la Dûrance. Garteaù avait ordre de ne point passer ce fleuve^ et de s'appliquer feulement à conteair l'ennemi sur la rive droite ; mais excita par le représentant du peuple Albite y jeune homme d^une ardeur excessive dans les opinions àtt jour y Carteau franchit la Durance , et se serait trouvé dans le plus grand danger si les Marseillais eussent été aussi prompts en action qti'en parole. Us pouvaient décider sa perte y ils assurèrent son salut. Carteau venait de passer; au lieu de l'attaquer et de le renverser dans le fleuve^ ce qui leur eut été facile y ils prirent la fuite en désordre et se dispersèrent aussi vite qu'ils s'étaient rassemblés. Carteau profita de l'occasion y porta toutes ses forces contre la vHle d'Aix, dont il s'empara y et marcha sans délai sur Marseille y fùyer principal de l'insarreetion. Telle fiit l'épouvante des habitans y que sans opposer la moindre résistance ils rendirent la ville aux vainqueurs^ L'in^ fortunée Marseille paya bien cher son imprudence ; elle fut mise au pillage y et devint le théâtre de désordres dignes en tout de cette affreuse époque.

- Cependant ^ si la prise de Marseille fut ito mal* heur pour les Lyonnais qui se trouvèrent ainsi seuls contre toutes les forces répiMicaines ,' les cruautés commises profitèrent aux' desseins de la coalition sur la Provence. Un grand nombre de Marseillais^ pour se mettre à l'abri des fureurs

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rdpublioaiaes y s^étaient réfugiés à Touloh. A hw$ rëdts douloureux y à lenv^ cris kmentableis ^ refiroi s'èiripara de. la. ville. Émus d'uu ; éréuenient si deplorslble^ résolus de s'exposer à tou& les mal** heurs |4utôt que tie receyoir dans leurs juurs^ des soldats teints du sang de. leurs compatiiotes ^ les Toulonn^ écoatèrent plus Yolontier& les propositions des puissances alliées. Ils livrèrent doniî ia ville et le port a Fatniral anglais Hood^matii&fH tant le désir de voir Tautorité du roi Louis rétarblie , et la constitution de 1 789 acceptée.

Les républicains y déjà furieux y le devinrent bien davantage en apprenant révénement de Tofulon. Ardentes exhortations, menaces pressantes, ils mirent tout en usage pour enflammer les peuples à la reprise de la ville* Un succès complet cou««* ronna leur attente y et tout à coup Toulon se vit assiégé par une armée d'environ quarante mille hommes y tant troupes de Ugneque bandes tiunul* tueuses et indisciplinées. De leur côté, voulant copservér par la forcer qu'ils tenaient dâ la for*tune , les alliés garnirent les remparts de Toulon, d'Espagnols, de Napolitains et de Piémontais. Les autres puissances d'Italie fournirent des vivres ; le pape lui-même donna des armes et des munitions : tout présageait de violens assauts, sous les murs de Lyon et de Toulon, dans les montagnes de la Savoie et du comté de Nice.

La fortune ne tarda pas à se déclara:* Les Bié-^

200 HISTOIHE D'ITALIE;

montais descendiis du mont Cenîs et d;n •Saint--' Bernard, s'étaient i^ndus maîtres des rallées supémenres de }a Maurienne^ déia Tarantaise*etdû Faudgny. Déjà Saint-Jean, Moutiers. et Bonne-* ville reconnaissaient leur domikation.' Lés Français eispulslés des hauteurs avaient été contraints, d'établir leurs campsrà l'entrée dés vallées, à Aiguë- Belle et à Conflâns , incertains s'ils pourraient s'y. maintenir devant les forces toujours croissantes de l'ennemi. Chambéiry se voyait gravement compromis, l'armée italienne n'était plus'.qa'it une faible distance de Lyon , et si les Piémontais s'étaient portés en avant avec la célérité nécessaire, leur victoire était assurée et complète ; mais je ne sais quel motif les fît différer» Ce retard donna aux Français le temps de se rallier , et aux populations celui d'arriver à leur secours. Parvenu à Chambéry , Kellermann résolut de prendre l'offensive ; et , comme l'ennemi se montrait en forces dans la Maurienne, il jugea qu'il valait mieux l'attaquer vigoureusement dans le Faudgny et la Tarantaise. A cet effet, il fit entrer dans Aigue-Belle une nombreuse division de soldats d'élite. Secondés avec une ardeur incroyable par les gardes nationales du Mont-Blanc , les républicains parvinrent, non sans éprouver une vive résistance , à chasser les Piémontais des plaines inférieures du Faucigny et de la Tarantaise. Il y eut encore une bataille meurtrière à Saint-Ger-

main>: patrce que les Piçœontaiâ voulurent donner 9.UX fuyards et à l'artillerie le temps de se mettre à l'abri. Enfin , les Sardes se retirèrent sur le Saint- Bernard d'où , un mois auparavant^ ils étaient partis dans l'espérance de victoires signalées.

Il restait aux républicains à expulser les troup^es royales de la Maurienné. D'après^les ordres de Kellermann^ une partie des phalanges victorieiises de la Tarantaise, passa le mont d'Encombe et marcha sur Termignon situé au pied du mont Cenis. Le général Le Doyen se porta de front en avant par la Maurienne y et l'adjudànt-général Pressy , qui venait de prendre Valménie , se ^ joiontra sur les flancs de l'ennemi , dont il menaçait aussi les derrières. L'habileté de ces dis* positions en décida le' succès. Pressée sur tous les points y l'armée royale se retira en bon ordre au mont Cenis; Termignon retomba au pouvoir des républicains.

Telle fut l'issue de l'expédition tentée par les troupes du roi de Sardaigne contre la Savoie , dans l'automne de 1795. On peut en conclure que si lés Piémontais s'étaient présentés avec des forces aussi considérables que le voulait Devins , ou s'ils avaient usé de cette célérité dont les Français ont toujours donné l'exemple , les alliés eussent réussi dans leur entreprise ; la délivrance de Lyon eût été opérée , et l'état des choses totalement changé en Europe. Les malheureux Lyonnais, ayant ap-

ao% HISTOIRE D'ITALIE.

pris la retraite des Sardes ^ et frnstrés de .cç der« nier espoir, furent contraints^ de s'abandonner au pouvoir des républicains. Le monde sait quel traitement barbare éprouva cette généreuse et noble cité !

En même temps qu'ils attaquaient là Savoie , les Piémontais s'avançaient avec des masses imposantes vers le comté de Nice. La fortune leur fut d'abord favorable; ils reprirent tout le haut pays sur les Français , et espéraient pouvoir descendre par les rives du Var jusqu'à la mer> évé** netnent qui leur eut assuré la prise de Nice et la levée du siège de Toulon. Arrivés devatit Gilettà, le i8 octobre > i\k attaquèrent le pont avec une grande impétuosité ^ mais ils furent repoussés avec une perte considérable. Cet échec, et l'arrivée des fâcheuses nouvelles de la Savoie et de Lyotl, les déterminèrent à borner là les opérations de cette campagne. Ce fut dans une action sans gloire, devant un miséraUe pont, que vinrent se perdre tant de mesures longuement méditées, tant d'efforts soigneusement combinés, et dont les premiers succès semblaient devoir rendre le comté de Nice à la maison de Savoie.

Cependant , le siège de Toulon se pressait chaque jour avec plus de vigueur. La France y avait envoyé l'armée victorieuse de Lyon , et la garnison de Valenciennes, place forte de Flandre y emportée d'assaut par les confédérés.

(1793.) LIVRE TROISIÈME. ao3

tié^f dans |dtisieiirs engageitiens au mont Fa^ rbn y sur Témine^ce Reimer ^ au cap Brôii et suf les hauteurs du Baleguier y plusieurs; actions d'ëdat arasent eu lieu réciproquement et ayec des succès variés. Les deux partis y avaient montré tout ce que peut la valeur réunie k la haine, et combien ils attachaient dé priic y Tun à conserver , Fatàre à reprendre une place aussi importante. La garde des forts de la gauche y entre autres celui de Malbôusquet ^ était confiée aux Anglais; les Piémontais veillaient sur la droite ^ et garnissaient prindpalement le fort et la toontagne FarOn.

Les assiegeans s'étaient partagé les opérations ainsi qu'il suit : Dugommier, général en chef^ s'était chargé de presser la ville ati couchant, depuis le fort Malbousquet jusqu'au promontoire a l'extrémité du petit golfe ^ Lapoype attaquait, au levant ,^ toutes les défenses depuis la montagne Faron qui domine la ville au nord, jusqu'au cap Bron et au fort Lamalgue qui protège k grand golfe. Toutes ces troupes, dont une partie considérable occupait la Valette, étaient liées par des retranchemens et des batteries rapprochées , et se rejoignaient à la cote méridionale du grand golfe, et aux forts Lamalgue et Mar-. guérite; elles formaient ainsi' autour de Toulon nn cercle non interrompu de bataillons armés et de canons.

Le point le plus important à défendre > du

ao4 HISTOIRE DMTALIE.

côté des alliés^ c'était le fort Mâlbûusquet, conte ^ comme nous l'avons dit y à la garde dès Anglais^ Pour plus de sûreté , ils avaient élevéauprès du fort une grande redoute , garnie de canons de gros calibre. Mais déjà les Français s'étaient .emparés , après des prodiges de brav<)ujîe, des ihfcuteinrs opposées au fort et à la redoute , y avaient établi de nombreuses batteries, et de là, fpi^iroyaient incessammient les Anglais. Déjà aussi ils s'étaient rendus maîtres du fort des Pomraets qui donàine ' toutes les éminences au nord * de la ville. Cet avantage leur donna la faculté d'établir un camp sur la montagne des.Sables, et d'interdire Je :passage du Laz d'un côté de la ville à l'auti'e.

Ohara, généralissime d'Angleterre, voyant le fort Malbousqujît horriblement maltraité par l'ennemi ; s'apercevant , en outre , . que des batteries habilement disposées par le lieutenantcolonel d'artillerie Buonaparte , jeune homme d'un génie mâle , atteignaient . U . ville et l'arsenal , prévit que s'il ne délogeait pas les Français de cette position, il ne fallait pas songer à se maintenir dans Toulon, et résolut de leur donner l'assaut. A cet effet, six ; mille homînes, % la plupart Anglais , sortirent le 3 novembre , passèrent le Laz, et se divisèrent en deux colonnes, dont l'une se porta dontre la montagne des Sables, l'autre sur les batteries pointées contre le fort Malbousquet. La première at-

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taque: .leur- fut favorable. Surpris d'tm choc si imprévu^ lesTiFrançais reculèrent; les Anglais parviorent jusqu'à la montagne des Sables où ik jirirept et enclouèrent les canons/ La srecofide coloime s'était rendue maîtresse des défilée d'Ol* liouile:: et des'batteried qui les défendaient ^ se crojraht déjà victorieuse, elle allait tenter de s'emparer du parc d'artillerie établi en cet endroite'' ■" ' .' ',:■.';

A'cette ficbepse nonrëlleDugàmmier accourut, anima Jes siens de la^Toix et par son exemple, jHÎt de^; troupes 'dafis' les autres ^ postes, se composa un; ^os- dés ^soidftts les plus : aguerris , et lés couduisift en bon - ordiie «t ayec' uni& audace admirable contre rennemi déjà triosnj^ant. Tant de Talénd;devait être^coutonnée du sucq^. Les An^ glair as^illts , [pressés , heurtés de toutes parts , eédènent d'abord saals! quitter leiirs rangs, et £ajaat ? làentôt en désordre , abandonnèrent à leurs ennemis les pl9sitions qu'ils venaient de leur eblever, y compris F importante montagne des Sables. fFelle éhtit l'ardqnr.des Français, qu'ils ne ees^rent de poursuivre les fuyards cpe. sous les palissades du fort MafiK)usquet , et peu.'s'ea fallut qu'ils n'y entrasssentpèle^onêle avec les ivaincus. Ckhara ,. qui était acc<Bxru' pour raUier les siens , fioft grièvenieiit blessé dans l'action ^ let fiaiit pri-^ sonnier.

i Ce terrible engagement doana^ beaucoup à pen-^-

ao6 HISTOIRE D'ITALIE.

ser aux alliés. Ils n'étaient pas sans craints sur le résultat de la guerre allumée sous les flEiuvFdé Toulon. Depuis les premiers préparatifs^ la for* tune ayait tellement changé de &ce, que l'es-^ péra&ce qu'ils avaient conçue de s'emparer de Lyou et de la moitié de la Fmnce ^ se rédnisaît maintenant à la possession d'une ville déjà prête àcéd^^

Le succès des républicains doiâila leur courage ; ils résolurent d'afironter tous les périls pour reprendre Toulon* Dugommier prit ses mesures pour, un assaut général. La pins fqrte garantie des assiégés était cette grosse Teddute élerée pair les Anglais sur k proïkiontoire • qui domine les deux gol&Sy où se tenaient les escadres des confét diérés. & le promontmre et la redoute .tombaient auK mains des Français , une prompte fuite pôii;^ vait seule préserver les flottes d'une destrvctioo complète; et c^était contre cette redoute que le général de France voulait diriger ses jixti grands efforts. Pour procéder selon les règles de la guerpe dans une entreprise ausd difficile y Du-r gommier prit les dispositions suivantes : Une divisioa devait ^ simuler ime sittaque de front contre la redoute , pendant que deux autres p après avoir traversé des sentiers escarpés ,. la nae^ naceraient par ses derrières etsur ^s flancs* VoviV lant aussi tenter la fortune sur d' autres. points > et empêcher l'ennemi d'envojer des secoulrs à la

(1793.) tlYRE. TROISIÈME. ao^

ly^llt^^ en l'obligeimt à porter aoa «ttenlioii 4c ?m »ntv^ càitéy )e^ général t^qiiuUîeam/ ordoMà :w^fifiaut.siir toirte )a lign^ dm forts, occtipés par ks iAngbôs. Ainai y tsur ia droite > Dugemmisr IniHKifêiiiie .guidait les phis:(yaiUaii9 soldats contre )a grosse redoute 9 Mduret ^attafnit le fort Mai*. hmscpst^tj Garnmr les^rotraockepieas qui. dpmi-r liaient le jLaz ; à gaudbè, LàpoDrpè rattachait am inqnt>Frairim; La Ha]?pe> axix batteries, qjii 9 éa €ap &ri)i|.^ f^^iidrojaiei^t V^tàtée dn gôlfe^ :

. Ce^. }préparati&. terioinél^, le$ Fimiça^ Baai"plièii^pl à Tassaiàt le i4 d^orâftMTérlie» alliés &ar Taient* qiyke' c^tte action lAhit dédder de fia conserr yaliaii ojet ^ la perte de Toiili»î> àe lairëpu-^ tatiô» dà lessrs ariai^s.^ du .sort de l'Italie tout ^tièise.; et île ^atteûdateot les assaillaos dans la phi^^re attit»tde. L'attaque? fiit t^mble; la dé*fense ne le ffit pas JSioûdS ; la fortnoe paraissait m% p^ibéa ftvee h^ villew. ki', k feriSBr: l'emportait >sur leicoiuiage; là^ le courage tar^râii- ^ait de lia lui>enr> Xax^t k htcc. de leur por «îHon œmbkîl doiinçr i'jnrantage anst ;a«i^gë$; twt^t, f>«r l'effet 4'ivmMidace qui s»ttl>lenit iuerojcaMé si elle n était ;ftiFérée, les. asaiegôans re^ fvenrânt la gup^ioartta* :La viietoirie. tflotta long^ tetn^ îocertainea Bjua oâité.> des figirtiiiications nmtiliaes; de rauitresiirle:somiDetde8.moiytagn0s^ et jusque» sur les parapets Se TardUerie anglaise ^ desi Aonoeaayx de cadaFresrépddolicains^ partout

^o8 HISTOIRE D'ITALIE.

cejyèndànt acharnement opiniâtre. Le sangqui coulait par torrens «joutait encore à la rage" des combattans; c'était un fracas sans interruption ^ un tonnerre sans intervalle. On avançait , on reculait tour il tour ; de près comme dé loin la mort multipliait ses victiines. £nfin, la fortune des' Français remporta. Les généraux Mouret et Garnier emipoctèrent lès forts de' $aint-Antonie et' de Mal^ bousquet^ après en avoii: chassé les sdl»^ qui se retirèrent précipitamment dans la ville. Le gatiéraî Lapoype s'empara -de la montagne et' dti é3rt Faron , ^ ce qui obligea l'ennemi d'abandorniét^ , sur*«le-*champ 9 les forts' inférieurs de La)ftigué et de S^ainte^atkerine , e3q)0sés dès lors ;au éeû'd^ l'artillerie du fort Faroiji. Enfin ^ le général Li 'Harpe ^ après cinq heures d'un combat violent^ -délogesL l'ennemi du cap Brou ^ et le contraignit de se réfugier dans le fort Lamfalgùe.

Cependant la redoiite du proïnontôire ^ , d'où dépendait l'entier succès de la bataille', oppô^it eujpore une résistance des j^us^ meurtrières; misi^ "ni l'escarpement des lieux,- ni le féu soutenu>dês batteries anglaises , ne purent empêcher les'Frsiii^ çais d'atjfceindre le plateau 'sur lequel s'élevait la redoute. Trois fois ik entrèrent par les einbraf sures hérissées de canons qui ne cessaient djs'lt^ foudroyer; trois fois ils reculèrent devant unëpe^ tite redoute intérieure , et garnie ^e batteriasjqiii £siisaient dans leurs files un carnage épouvantaUé ^

(1793.) iiy RE TROISIÈME. aoQ

mais à la quatrième tentative , s' étant emparés de la petite redoute,^ ils pénétrèrent en vainc^eurs dans ce retranchement formidable, sur lequel les alliés . avaient fondé leurs plus grandes espérances. Presque tous ceux qui le défendaient furent tués , le reste ne se sauva qu'avec peine dans la ville ou sur. la flotte.

L'enlèvement des forts, et principalement de la redoute, ne permettait pas aux alliés de tenir plus long-temps à Toulon^ puisque les Français pouvaient écraser la ville, balayer les deux golfes, et anéantir les flottes- confédérées ; mais avant de se retirer , ils voulurent faire tout le dégât possible. S' étant donc saisis de torches, ils appliquèrent le feu à ceux des navires français qu'ils ne pouvaient emmener , et à tout le matériel de marine, très considérable à Toulon. Sidney Smith, plus capable d'entreprises hasardeuses que de grandes actions , dirigea cet embrasement avec beaucoup d'art et d'activité. La flamme dévorait à la fois les vaisseaux , les arsenaux el4es maisons. Peu d'heures suffirent à la destruction d'ouvrages que l'industrie humaine avait enfantés longuement et avec effort. Au milieu de cet ai&eux bouleversement, l'artillerie républicaine ne cessait de tirer à boulets et à bombes avec un fracas épouvantable , et ajoutait encore à toutes les horreurs d'une catastrophe déjà si terrible; Les Toulonnais eux-mêmes offraient un spectacle digne de compassion . Con- I. i4

a 10 HISTOIRE D'ITALIE.

traiats d'abandonner leur patrie y pour ne pas tom-» ber au pouvoir de soldatâ irrités, ils se rendaient en &ule sur les vaisseaux y emmenant avec eux leurs femmes et leurs enfans^ emportant tous les objets précieux qu'ils avaient pu sauver dans cette désolation générale* Les uns se noyaient par l'effet même de leur empressement, d'autres tom« baient sous le feu croisé de leurs compatriotes et des Anglais. De cet embrasement universel y de ces nuages de fumée y de cet horrible bombardement ^ des viremiens et reviremens continuels des vaisseaux y des menaces du soldat qui fuyait y du frémissement des matelots * qui voulaient aj^por* ter de l'ordre et de la régularité là où il ne pouvait y avoir que ^xmfusion et désordre y des cris de désespoir de ceux qui s'expatriaient y naissaient des souffrances, des terreurs, et un tableau de misère phis facile à imaginer qu'à décrire. C'est ainsi que dix mille Toulonnais , n'espérant point de pitié du vainqueur, acceptèrent l'exil, et se retirèrent sur la flotte , ne prévoyant ni le but de leur voyage , ni le terme de leurs maux.

. Cette déf^orable tragédie dura trois jouro et trois nuits. Enfin , sous la protection du fort Lamalgue, où une garnison avait été laissée pour £ftciliter sa retraite, la flotte des alliés, traînant apisès elle les vaisseaux français , sa capture, se retira les id et 19 décembre dans les ports voisins des lies d'Hières. Le ao toute l'escadre se

(179») LIVRE TROISIÈME. ati

trouTant en sûreté^ le fort L#amalgué fût évacué hÛHOiêxne, et la malheureuse ville entièrement abandonnée à la foreur des: républicains. Us y firent leur entrée dans l'attitude de la menace et.de l'orgneii.

L'incendie de Toulon^ allumé pair les .Anglais^ consuma quinze gros vaisseaux de file , le Ton-- Tumt y le 'Fortuné j le Centaure y U Commerce de BorcleauXy le Destin ^ le Lis y le Héros , leThé^

imstoclSj le Dn^uai-Trouin , le Triomphant^ le Sv0^cmt, le Mercut^y la Couronne ^ le Conque'^ rant et le Dictateur. Furent en outre brûlés six frégates , la Séieuse^ la Coumgeuse^ ripMgéme, T Alerte y ï Iris y le Mont-R^cà y et plusieurs autres vaisseiaux de moindre grandeur. Les Anglais se saisirent pour leor <x>nipte de Ténortne Mti^ meut de cent vingt canons y appelé le Commerce de MarsdUey du Pompée y an Puissant y tous deux de soixante-quatorze y ainsi que des frégates la Periey VAréÛmsey ï Aurore, la Topaze y et de beaucoup d'autres bâtimens plu^ petits. Les Sardes emmenèrent la frégate VAlceste; les Napolitains^ le brick V Imbroglio y et les Espagnols la Petite-r Aurore ; misérable capture .^ comparée au l>utin que se réserva l'Angleterre. C'était aussi beaucoup pour cette puissance d'avoir détruit l'armement d'une nation rivale qui y à l'époque de sa splendeur ^ lui avait disputé l'empire des mers^ et qui aurait pu encore lui disputer celui de la Méditerranée.

Ainsi succomba Toulon y ville noble ^ riche y et le siège principal de la marine française. Effet déplorable des discordes civiles et des secours de l'étranger ; mais l'expérience est toujours sans fruit dans ces sortes d'affaires, parce que c'est l'esprit de parti , toujours trompeur, qui en décide ,, plutôt que l'amour de la vérité, qui seul peut conduire à des résultats utiles. Les vaisseaux le Dauphin-Royal y de cent vingt canons, le Lart" guedoc, de quatre-vingt, le Généreux y le Censeur, le Guerrier et le Souverain, tous de soixantequatorze , furent abandonnés dans le port par les Anglais , soit que ces vaisseaux ne fussent point en état de tenir la mer, soit que la peur, dans le désordre d'une fuite si précipitée , l'eut emporté chez les vaincus sur le désir de la rapine et de la destruction.

Les représentans du peuple. Barras, Freron, Robespierre jeune et Salicetti , écrivirent le 2 1 décembre à la convention nationale , que Toulon était rendu à la république. . . .

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Résolutions de& alliés après les affaires de Lyon et de Toulon. — . Traité de Valenciennes , du a 3 mai 17949 entre l'empereur d'Al« lemagne et le roi de Sardaigne. — - Les Français attachent toutes les crêtes des Alpes , et envahissent la rivière du Ponent. — Leurs 'succès ; tous les passages, des Alpes et le fort de Saorgio tombent en leur pouvoir.' — Cénspirations en Piémont; éloge des magistrats, de ce pays. -^ Préparatifs militaires, et conspirations à Naples ; résolutions du roi pour obvier aux dangers du moment. — ' Le pape se prépare à la guerre. — Détermination de Venise après ' ' riavasion du Génbvésat par les Français. — Le comte Roch^San- Fermo envoyé par les Vénitiens à Bâle, et dans quel but. — Le comte de Provence arrive à Vérone sous le nom de comte de Lille. ' Sa conduite , et celle des Vénitiens à son égard. — Lallemand , ministre de France à Venise. — Gènes bloquée par les Anglais. — Constitution donnée par les Anglais à la Corse. — Dommages considérables occasionnés par les corsaires corses aux Génois, — ' Réclamations de ces derniers , et résolutions de l'Angleterre à cet égard. — Bataille du Dégo le ai septepâbre 1794.

Le malheureux succès des entreprises sur Lyon et Toulon , l'inutilç équipée des Marseillais , le peu d'appui que les partisans du roi avaient rencontré' dans les régions supérieures du Rhône ^ montrèrent aux confédérés combien ils s'étaient trompés en comptant sur les mouyemens de la population et sur l'influence du nom royal pour l'exécution de leurs projets. Ils virent bien alors que ce n'était point sur des paroles, mais sur des

^i4 HISTOIRE D'ITALIE.

actes; non sur les armes d' autrui, maïs sur leurs propres armes qu*îls devaient fonder leurs espérances. L'ardeur des esprits étaît telle en France, tel était le.éhangefhi^ixt sui^retau dans^les opinions, que le nom du roi, qui naguère y était un motif de soumission volontaire , excitait plus que jft«* mais à là désobéissance et à la fureur. Il était donc nécessaire de conduire la guerre par d'autres moyens et vers un autre but. En effet , puisque le nom du roi nirisait à leurs desseins au lieu de les favoriser, ce nom ne devait plus présider à leurs entreprises ; mais leurs idées de conquêtes n'en recevaient que plus de forc^ , et ils ne se montraient que plus ardens à s'emparer pour eux-mêmes du bien d'autrui. U leur paraissait raisonnable d'anéantir, en morcelant son territoire , les forces d^une nation puissante par ellemême , plus puissante encore par son exaspération . Après avoir mûrement délibéré srtr cet objet, les confédérés s'arrêtèrent enfin à cette détermination, que tout ce qui serait conquis en France ils lé garderaient à certaines conditions. Ainsi la guerre contre les Finançais, qui n'était d'abord que politique , changea de nature et devint encore territoriale. Il n'entre pas dans notre plan de rapporter les délibérations des souverains, relativement aux provinces orientales et septentrionales de France. Nous dirons seulement tout ce dont rémpèreur d'Autriche et le irôi de Sardaîgne

(1794) LIVRE QUATRIÈME. ii5

convinrent entre euic pour combattre , non plus sous un prétexte devenu illusoire^ mais pour leur avantage particulier.

Depuis les revers des armées impériale et royale , en Provence et dans le Lyonnais , dé secrètes négociations avaient été entamées entré les ministres du roi et ceux de l'empereur. Il s'agissait de déterminer^ par un accord^ quelle devait être la part réciproque des deux puissances dans les conquêtes iBatures sur Je territoire français. Après de nombreuses et longues exjplications de çart et d'autre, il fut conclu à Valenciennes^ le !»S mai de cette année, entre le bân^on de Thugut pour TAutt-icbe, et le marquis d'Aï*barey poisr k Sardaigii^ , un traité ok Ton éonvint^ comme d'un principe irrévocalAe, que toutes les conquêtes qui soldaient faites sur la Fràdce du côté de lltàliey par les armées impériale et royale , seraient divisées en deux portions égales ; et que le roi de StardaijgYM , en compensation ^é celle qui écherrailr & l^empercur , restituerait à ce 4ernier , dans une julste proportion , les diverses parties de territoire , -successivement ééihembrées du Milanais ; ou bien , si cet arrangement souffrait des difficultés, qufe' toutes conquêtes , sans exception , qui seraient ftiites du côté de l'Italie sur la France , lui seraient restituées à la- fm% , au moyen d'une somme 'équivalente en argent que l'on exigerait de cette puissance pour

2i6 HISTOIRE D'ITALIE.

les frais de la guerre, et que cette somme serait partagée également entre l'empereur et le roi; qu'à la fin du mois d'août/ au plus tard, les deux cours se décideraient pour le premier ou le second de ces Arrangemens; déclarant l'une et l'autre vouloir fermement s'en tenir à celui qui serait arrêté ; cpi'en même temps on adopterait un juste tempérament^ un mode équitable pour l'évaluation des conquêtes à faire et a conserver, pour servir de base aux restitutions à opérer par le. roi de Sardaigne du coté du Milanais. Le roi promettait d'employer toutes seè forces ; l'empereur s'engageait, de son côté, à faire passer en Italie lô plus grand nombre de troupes possible y . indépendamment dès secours que, depuis le commencement; de là guerre, il avait réunis- à l'armée royale dans le Piémont: Il fût arrêté qu'il y aurait, pour les deux armées, unité d'adion et de conseil; que celle du roi serait spécialement chargée de la défense des montagnes et des passages vers la Savoie et le comté de Nice ; que les troupes impériale^ ne se diviseraient point en fragmens séparés, et formeraient au contraire, par leur union , un gros corpè de réserve toujours prêt à opérer puissamment , et à tomber sur l'ennomi, de concert avec l'armée royale, dans le cas ou les Français se seraient ouverts le chemin- du Piémont ; que l'armée impériale s'occuperait d'abord, et avant de se diriger vers le Piémont,

d'arrêter l'ennemi sur les limites de Gènes pour la garantie et la sûreté- du Milanais ; que, le baron Devins commanderait en chef, non seulement les troupes de l'empereur, mais encore celles qui combattaient déjà dans le Piémont ; enfin , que l'archiduc , gouverneur général de la Lombardie autrichienne, aurait pleins pouvoirs de traiter, et de prendre toutes les mesures propres à assurer l'exécution du présent traité, comme aussi d'aplanir tous les ob$l;acles «qui pourraient nuire au succès de l'entreprise.

Les Français qui , par la propagation de leurs doctrines, avaient des intelligences secrètes dans les conseils les plus mystérieux des princes, reçurent avis de ces délibérations , et se mirent en devoir de les prévenir avec leur promptitude et leur impétuosité ordinaires. Us savaient que les batailles meurtrières, livrées sous les murs de Lyon et de Toulon, avaient frappé leurs ennemis d'épouvante , et résolurent de mettre.a profit l'impression récente de ces souvenirs. Us pouvaient d'ailleurs faire agir l'armée victorieuse de Toulon, qui, dans 1! ardeur de ses premiers transports, se croyait capable de, conquérir , non pas seulement le Piémont, non pas seulement l'Italie, mais l'univers tout entier* Us n'ignoraient pas non plus que les alliés, ne s'étant point attendus à ce terrible échec de Toulon, s'étant au contraire promis , de cette entreprise , des résultats

ai8 HISTOIRE D'ITALIE.

merveilleux , n'ayaient point de forces suffisantes rassemblées pour résister à une valeur secondée par tant de renommée. Ils savaient aussi que le roi de Sardaigne se persuadait ^ avec une grande simplicité^ qu'ils porteraient à la neutralité de Gènes tout le respect que les Anglais lui avaient refusé 9 et se berçait complaisamment de l'idée qu'ils ne franchiraient point violemment le territoire de cette république pour l'attaquer luimême datis ses propres états. En conséquence , si les préparatifs militaires de toute espèce étaient formidables du côté de la Savoie ^ et sur les chemins qui mènent du comté de Nice au col de Tende 9 les passages qui conduisent du-Gîénovésat dans rintérieur du Piémont se trouvaient sinon entièrement ouverts, du moins trop faiblement garnis. L'occupation du territoire qui borde la rivière du Ponent paraissait donc aux Français aussi facile que nécessaire , soit pour nourrir leur armée aux dépens du pays ennemi, soit pour être plus à portée de faire soulever les populations de l'Italie , soit enfin pour se frayer un chemin dans les états du roi. Les généraux français savaient encore qu'en raison de l'hiver , qui rendait plus difficiles et plus dangereux les passages des montagnes , couvertes alors de neiges et de glaces énormes , les confédérés vivaient en pleine sécurité dans le Piémont, et ne pouvaient s'imaginer qu'un ennemi, si audacieux qu'on voulût

(1794) LIVRE QUATHIÈMB. 219

le i9apposer ^ oseriât y tout etiseinblé y âifiroirter les hommes et braver la nature. Ces considét*ar tions firent espérer anx Français qu-ils pour* Iraient , dès à présent , remporter la rictoire , en traversant des lieux dont la neutralité semblait leur interdire k pa««age, et en prévenant un «n^ némi qui était bien loin de les attendre dans une saison si peu favorable à la guerre. Le but prin*dpal des généraux républicains était d'occuper arnsî subitement la cime des montagnes , et d'en* lever à l'ennemi l'avantage qu'il avait de dominer les attaques qui pourraient être tentées contre ses positions fortes et élevées.

Avant donc ^ue la saison devint moins rigoureuse et que FetmEmi se fàt réveille pour sa défense, les généraux républicains de IWe des Alpes et de celle d'Italie convinrent de faire 1 une attaque généi^ale et simultanée contre l'armée royale, sur. toute la ligne, depuis le Petit-Saînt*- Bemafd jusqu'au littoral de la Méditerranée.

Mais comme il s'agissait à la fois et de s'emparer des positions de l'ennemi, et d'entrer sur un pays neutre , ils eurent recouts aux armes contre les uns, aux persuasions envers les autres : moyens également puissants pour la réussite.

Nous avons déjà parlé du courroux de la convention nationale à la nouvelle de l'attentat com* mis par les Anglais contre les Français dans le port de Gênes, et des menaces dirigées, non seu-

lement. contré les Anglais , auteurs de cet attentat , mais encore contre le gouvernement de Gênes qui l'avait laissé commettre. A cette occasion, la république de Gênes s'était engagée à payer quatre millions tournois, moitié au trésor n^ational à Paris, moitié à la caisse de l'armée d'Italie. Les ressentimens s'étaient ainsi apaisés , et la bonne intelligence rétablie entre les deux républiques ;. mais les Français voulaient profiter des facilités que leur offrait le territoire de Gênes pour attaquer les états du roi de Sardaigne, et ils cherchèrent à prouver que leur dessein n'avait rien que d'honorable et de légitime. En conséquence^ les représentans du peuple , Robespierre jeune , Ricard et Salicetti, écrivirent de Nice le 3o mars: Le peuple français connaît les résolutions des tyrans ses ennemis; ces résolutions tendent à s'emparer des états de Gênes et à les placer sous le joug du despote piémontais , poin* se ménager les moyens d'envahir le territoire de la république française. Cette république est donc obligée, pour son propre salut, de faire passer une ar-. mée sur les terres de Gênes. Mais les Français n'imiteront point les Anglais, lâches meurtriers d'individus sans défense dans le port de Gênes : ils prétendent, au contraire, se maintenir en tout dans les limites tracées par la neutralité. Les Génois n'ont rien à craindre des soldats de la république ; leur tkiodération prouvera que le pas-

sage est l'effet de la nécessité^ et non celui d'une violehce arbitraire.

A ces doucereuses paroles succédèrent bientôt de terribles apprêts. Au commencement d'avril, les Français se trouvaient rassemblés au nombre de seize mille hommes environ, aux ordres du général Dumorbion , sur le territoire de Menton , ville de la principauté de Monaco, à l'extrême frontière de l'état de Gênés- Résolus de se découvrir sans délai, ils envoyèrent, dans la nuit du 6 de ce mois , le général Aréna à Vîntimille , avec ordre d'annoncer au gouverneur que la France demandait le passage , que son armée s'approchait, et qu'elle paraîtrait dans peu sous les murs de la ville. Le gouverneur Spinola protesta contre la violation de la neutralité ; mais que pouvait une vaine protestation contre une force supérieure marchant à l'exécution d'im dessein irrévocable? Le 6 avril, l'armée française parut pour la première fois sur le territoire italien. Si l'extérieur des soldats trahissait en eux le dénûment et la nlisère, leur contenance fièrè et hardie était celle du triomphe et de la victoire. L'avant- garde était commandée par le général Aréna. Masséna suivait avec l'arrière-garde, Massena , destiné par le ciel à s'élever des grades les plus inférieurs aux plus hautes fonctions militaires, et à devenir Tun des capitaines les plus habiles et les plus fameux que l'histoire puisse

aaa HISTOIRE D'ITALIE.

jamais célébrer. Après l'occnpatioa de Violimille, les républicains , pour plus de sùireté y placèrent nae garoiâoii dans le diâteau. C'était agir en eaaemi bien plus qu'eu amî^ et le gouvarueur s'y était en vain quoique fortement opposé. U réussit mieux auprès des représentans Robespierre et Salîcetti ; la garnison évacua le château y qui fut de nouveau occupé par les Grénois.

Les Français pouesuiyant toujours leur entrerprise ^ une partie de leur armée se dirigea sur la gauche^ et s'empara dn marquisat de Dolceaqua, après avoir culbuté un ùible détachement de Piémontais qui s'y tenait en ol)servation* L'autre partie s'achemina par.le littoral, vers San-RemOy dans le dessein d'occuper Oneglia, but principal de l'opération. En même temps , une grosse division , franchissant des m(mtagnes escarpées y avait chassé les Piémontais du col des Fourches, et emporté les hauteurs de Dolceaqua qui conduisent à Saor^, mais par des chemins étroits et dangereux. C'était peu pour les Français; en manœuvrant sur la gauche de Nice y ils s'étaient emparés de toutes les positions jusqu'au-delà de Breglio, positions qui sont comme autant de re* doutes avaijLcées de Saorgio. Le ool de Raiis luimême où les troupes toyales y moins d'un an aupvavaiit, avdent combattu avec^nt de valeur et remporté une victoire si glorieuse, le col de Raùs tomba au pouvoir des Français. Privé

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de toutes ses défenses extérieures ^ Sa(M*gio se trouvait exposé k une attaque directe. Cependant , comme cette place était à la fois fortifiée par l'art et par la nature ^ il restait encore aux Français y ayant de l'emporter d'assaut , beaucoup d'efforts h faire et de grands périls à bray^.

Pendant que Saorgio était ainsi menacé^ les républicains côtoyaient le rivage et marchaient sur Oneglia. Oneglia était un poste important ^ et servait d'asile aux corsaires audacieux qui ruinaient le commerce maritime au grand préjudice des Français y dont les approvisionnemens en tout genre ne pouvaient se faire à Nice qu'au moyen des bâtimens génois. En outre , les chemins qui conduisaient d'Oneglia jusqu'à Orméa et Garessio n'étaient ni longs ^ ni difficiles; et l'on pouvait sans peine all«r attaquer ces places par où l'on arrive aux plaines du Piémont. Enfin , Oneglia était la seule voie qui restât au roi de Sardaigne pour communiquer {H'omptement et en sûreté ayecl' An* gleterre , surtout avec les escadres <le cette nation qui pairaissaient déjà ou étaient sur le point de pa* raitre dans la Méditerranée. Les généraux du roi savaient tout cela , et ils avaient résolu d'opposer une vigoureuse résistancesur les hauteurs de Sainte- Agathe qui conduisent à Oneglia. Ayant rassemblé à cet efiSst le plus de soldats possible dans le court espace de temps qui leur restait , et placé leur artillerie dans les lieux les plus favoraUesv>

!2a4 HISTOIRE D'ITALIE.

ils attendirent l'ennemi de pied ferme. Mais le nombre des soldats^ pas plus que les dispositions militaires 9 ne purent arrêter dans sa course un ennemi supérieur en force et encore plein de l'orgueil de ses victoires. Les Français partirent de San-Remo , et après avoir occupé le port Maurice , montèrent à l'assaut de Sainte- Agathe avec une valeur admirable. La résistance des Piémontais ne fut pas moins terrible ; leur artillerie surtout qui tirait d'aplomb faisait un effroyable carnage dans les rangs français. A cette vue les républicains , persuadés que la célérité seule pouvait leur feire emporter cette position y marchèrent rapidement en avant ^ parvinrent à établir quelques batteries dans des lieux jusqu'alors réputés inaccessibles^ mitraillèrent les Piémontais qui les mitraillaient de leur côté^ et firent si bien que ces derniers ^ assaillis par le nombre et stupéfaits de tant d'audace^ quittèrent, non sans désordre, une éminence qu'ils avaient, toutefois, défendue avec beaucoup de bravoure. S' étant ensuite ralliés, ils se bornèrent à garder le pont de Nava, abandonnant à l'impétuosité du vainqueur la ville d'Oneglia qui , d'ailleurs, n'était plus défendable. Épouvantés au bruit des armes, se souvenant aussi avec terreur des meurtres et des ravages exercés au temps de l'amiral Truguet, les habitkns avaient cherché un asile dans les montagnes. Les républicains entrèrent aussitôt dans la ville ; et, ici , pour rendre un juste

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hoaimage k la vérité, nous deyotis publier la réserve de leur conduite, leur désintéressement^ leur respect pour la religion, Nous devons dire qu ils ne (donnèrent.aucun signe de cette pétulance républicaine,! de ces excès trop familiers aux gens de guerre , et qu'ils s'acquirent un renom mérité de modération et d'humanité: conduite d'autant plus, remarquable , que la France à cette épocpie multipliait les actes de la plus cruelle barbarie^ et que les soldats dont nous parlons étaient eux-mêmes dépourvus des premières nécessités de la vie : ils trouvèrent à Oneglia douze bouches à feu, des magasins remplis de viyrps, et des betes de somme qui leur devenaient fort utiles dans cette guerre de montagnes. Ils firent publier que les fugitifs eussent à rentrer dans leurs foyers sous peine de la confiscation de leurs biens, et promirent à tous ceux qui reviendraient, sûreté entière^ pour leurs personnes et pour leurs propriétés. Non contens de ce succès, ils envoyèrent un détachement de soldats s'emparer de Loano ^ petit port de ces parages , appartenant au roi de Sardaigne. .

Cet avantage favorisait les opérations des républicains du côté de la mer ; mais ne suffisait pas à l'accomplissement de leurs desseins, qui consistait à forcer les sommets des montagnes , pour efirayer de plus près par leur présence les heureuses plaines du Piémont. Habiles et expérimentés, ils sen- 1. i5

îi26 HISTOIRE D'ITALIE.

taient que la victoire d'Oaeglia ne serait point complète 9 tant que le roi resterait maitre de ces hauteturs > et sartout 'du pont de Navli , passage important^ muni de fortifications et d'artillerie ^ à la défense duquel quinze cents Autrichiens -étaient accourus^ jaloux de prouver à leur généreux allié ^ au moment où l'incendie s'approchait de ses états ^ que leurs secours ne se bornaient point à de vaines promesses. Le vainqueur de Sainte- Agafthe «td'Oneglia, Masséna^ fut choisi pour enlever le pont ; il y marcha à la tête de huit mille hommes d'élite î et telle fut la vigueur et la rapidité de l'attaque 9 que malgré la difficulté extraordinaire des chemips^ les retranch^siens élevés par les troupes royales, et le jeu d'une artillerie servie avec la plus grande habileté , les républicains remportèrent Tine victoire complète. Les Piémontais et les Autrichiens, quoique braves et aguerris, n'étaient pas encore , comme on le Toit , accoutumés à ces assauts brusques, à ces batailles de désespérés. Ils en conçurent un effroi de mauvais présage, les populations s'abandonnèrent elles-' mêmes à la terreur , chacun pensa plutôt à sauver sa personne que sa fortune , le pays n'offiait plus, pour ainsi dire, qu'un désert. Pour ne pas laisser àrennemi le temps derespirer, et donner aux circonstances plus de gravité qu'elles n'en avaient réellement, Masséna publia une proclamation mêlée , comme à l'ordinaire , de flatteries et de

meniLces : Piémoatais, disâit->-il^ les invincible^ républicains de France sont à vos portes j ils n^ connaissent d'ennemis que ceux de la lib^t?- Secouez le joug d'un tyran, nous vous tfaitepQW comme nos frères; sinon nous vous trait^QUii comme des esclaves. Répondez-moi, et sur l'heure. Encore bien que Masséna fût homme à faire plu^ qu'il Qe disait , ses provocations ne produisireut aucun résultat. Les soldats du roi n'eatendai^n^ point son langage ; les populations rejetaient seis maximes , et il échoua devant la fidélité des up$ et das autres.

Le pont de Nava forcé , les républicains se portèrent sans délai sur le bourg d'Qrméa qui venait d'être abandonné par la garnison t ïls y trouvèrent douze canons piémontais de gros calibre , di% autres de bronze fondus au tempa d^ Lpuis xiy^ trois mille fusik, des munitions et des fourpimens de guerre en proportion , six mille mesunes* de froment, beaucoup de riz et de farin^ ^^tinéeisf à l'armée , et de ^lus une grande qm^njtité d^ draps, butin fort utile aux ï'rançais, dont les soldats mianqua^ent de vêtemens. Onze cents prisonniers ajoutèrent à l'éclat de cett« victoire ; çn outre , plus de cent déserteurs d^ l'armée r^pjiblieaine rejoignirent les drapeaux, §t furent 4irîgés sur Nice. Ga^ essio et Bagnasco cédèrent égar lement aux vainqueurs qui , ayaijt ainisî pénétra dans la vallée du Tanapo,, n'avaient plus à s'çmr-

ti-iS HISTOIRE D'ITALIE.

parer ^ pour se répandre dans le Piémont y que de la forteresse de Céva. Ils l'envoyèrent sommer de se rendre ; le général Argentean qui en était gouverneur, répondit qu'il la défendrait jusqu'à l'extrémité.

Après la prise d'Oneglia, et des positions avan^ tageuses qui leur facilitaient les moyens d'aller frapper au cœur du Piémont, les Français pensèrent à s'emparer de diverses autres positions d'égale importance, dans le double but d'efi&ayer l'ennemi sur plusieurs points à la fois , et de se maintenir dans la possession de leurs conquêtes. Ici leur habileté militaire égala leur audace ; l'Europe en demeura remplie d'admiration et d'effiroi . En effet, ils eurent à combattre, non seulement des soldats pleins de valeur, mais encore les neiges , les glaces et les précipices pendant la saison la plus rigoureuse. L'escalade du Petit-Saint- Bernard avait paru , jusqu'à ce moment , une en^ treprisé, je ne dirai pas difficile, mais impraticable, je ne dirai pas pendant l'hiver, mais par un temps favorable : rien ne put arrêter les Français. Le mois d'avril n'était point écoulé, qu'après avoir bivouaqué deux jours entiers sur les neiges des cimes les plus élevées, avec une division résolue à mourir par le fer et par la faim plutôt que de rétrograder, le général Bagdelone attaqua brusquement trois fortes redoutes construites par les Piémontais sur le mont

Valesan pour la défense de l'extrême sommet du Saint -Bernard^ et s'en rendit maître après un léger combat, attendu que les troupes du roi, pensant à toute autre chose qu'à cet assaut , avaient priis peu de précautions pour s'en garantir. En possession dés batteries qui garnissaient les trois redoutes , les républicains les pointèrent contre la chapelle du Saint - Bernard , où les Piémorrtais avaient leurs principales forces , et se mirent en devoir de la foudroyer. Ce fut alors une nécessité pour les troupes royales de se retirer , et d'aban*donner une position qui fut perdue avant qu'on eut pu songer qu'elle pouvait l'être. Les Français rie s'arrêtèrent point en si beau chemin , et chassèrent devant' eux avec fureur les Piémontais qui reculèreiit jusqu'au bas de ces rochers , et au-delà du village de la Tuile" où entrèrent les républicains. Toute la vallée d'Aoste fut frappée d'épouvante, et déjà l'on craignait pour la capitale de la province , lorsque le duc de Montferrat accourut avec toutes les milices et les troupes de ligne que le désordre lui permit dé rassembler, et posa une barrière au danger dont on était menacé. Parmi tant de faits d'armes audacieux qui signalèrent les opérations de cette époque , il n'en est point qui aient été entrepris avec plus de périls, ni accomplis avec plus d'intrépidité que l'attaque du Saint -Bernard; et, quoique l'engagement ait eu lieu entre un petit nombre de

23o HISTOIRE DITALIE.

gu^rtîêrâ, dans d'étroits et obscurs d^sfilés, on ne Saurait irefùseir \ ses auteurs les éloges militaire^ les plus éclatans et les mieux mérités.

Dah^ le même temps y et par les mêmes motifs^ les Français firent plusieurs autres eotreprises dans les Alpes. Ce fut ainsi que , malgré les ouragans et les montagnes de neige , ils franchirent le Pic de la Croix , se montrèrent à rimprovîsle au-dessus du fort de Mîrabouc, défendu seule* ment par quelques invalides, et l'emportèrent Sans résistance. Longeant ensuite la vallée de Lucernè , ils 'occupèrent Bobbio et les autres lieux qui dominent cette même vallée , menaçant d'un prochain assaut la ville de Pignefolles ; mais en cet endroit les Piémontais étaient sur leurs gardes. Ils attaquèrent vigoureusement les Français sur le territoire du Villars, et les forcèrent à regagner les hauteurs. D'un autre côté^ ceux-ci passèrent le mont Genèvrje, descendirent jusqu'à Césane, et s'emparèrent du gros bourg d'Ouk, qu'ils frappèrent d'une énorme contribution ; puis, après avoir pressenti la forteresse d'Exilçs qu'ils trouvèrent en bon état de défense , ils se retirèrent de nouveau sur les sommets escarpés , contens d'avoir épouvanté du bruit de leurs armes ces vallées sauvages des Alpes, et d'avoir, par cette puissante diversion, assuré leurs opérations du coté d'Oneglia. Ils forcèrent, avec le même bonheur, le col de TArgentière et le passage des

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bamcades qui conduit à }al vâJlée dl^ 1^ Stura y passage ouvert pour la première fois aux armées françaises par Jean- Jacques Trivulce, fameux capitaine de son temps. Ce succès fut précieux pour les républicains^ puisqu'ils lui durent la U];)erté des communications en4;re l'avmée d^Italie et Farmée des Alpes.

Mais ce fut sur les cimes élancées 4u mont Cenis qu'eut lieu l'action la plus éclatante ^ par sa grandeur et le courage des de^x partis» Pour s'en faciliter la conqpiéte, les Français avaient insisté à gauche dans le ^Petit-Saint-Bernard y à droite dans les monts Genèvre^ de la Groix et die TArgentière. A l'endroit où les eaux se partagent entre le Rhône et le Pô ^ et à V extrémité de la plaine qui porte son nom y se trouve le point cuVaiinant du mont Cenis. Là^ une éminenceen forme de barrière s'étend de chaque côté» à droite en regardant la Savoie^ jusqu'à une chaîne de montagnes très hautes et très escarpées ; à gauche jusqu'à un |)rofond ravin y hérissé de pins et d'autres arbres sauvages y ravin qui descend par une pente extrêmement rapide à Lanesbourg y et ne présente à qui veut atteindre le soipmet^t en partant de cette place frontière de la Savoie y qu'un chemin coupé par de nombreux précipices. Ainsi la plaine du mont Cenis qui y du côte de l'Italie^ ofire une pente 4ouce et facile jusqu'au sommet de l'éminence dont nous venons de parler^ devient tout à coup un roc

aSa HISTOIRE D'ITALIE.

escarpe du' côté de la Savoie : anomalie de la nature' dans les Alpes , toujours plus à pic vers l'Italie que vers la France.

Les Piëmontais avaient garni cette éminence de nombreuses et fortes batteries y de tranchées et de redoutes. Les trois principales paraissment surtout rendre cette position imprenable. La première , appelée la redoute des Bîvets , dominait le ravin ; la secondé ^ dite de la Ramasse , embouchait lé chemin qui y conduit , et qui est celui des voyageurs ; la troisième enfin , où s'appuyait la droite des troupes royales , et qui , du nom d'un vaillant général italien au service de l'Autriche, s'appelait la redoute de Strasoldo , avait son artillerie pointée contre un épais taillis qui pouvait de ce côté faciliter un assaut. Tous ces postes étaient gardés par les soldats les plus aguerris , les canon* hiers les plus habiles. Les troupes avaient aussi la plus grande confiance dans leur commandant , le baron Quinto , militaire plein de bravoure et d'une expérience consommée. Tout se réunissait donc pour leur promettre la victoire : la nature des lieux , les travaux de l'art et la valeur du soldat. Mais les Français , accoutumés à tenter l'impossible plutôt que le difficile , ne doutèrent pas un seul instant de leur propre triomphe. Le général Dumas , excellent capitaine , surtout pour cette guerre de montagnes, fit venir de Lanesbourg un détachement toujours prêt à braver les

plus grands dangers , et se fournit de tout ce qui était nécessaire pour que )a république sortit victorieuse de cette terrible expédition. On était à la mi-mai. Au déclin du jour y éclairés par la lune^ les Français montèrent à l'assaut sur trois colonnes. L'une ^ commandée par Dumas luimême, prit la route du milieu et marcha contre la redoute de la Ramasse ; la seconde , guidée par le capitaine Cherbin, prit sa marche à travers les pins du ravin , avec l'intention d'assaillir à dos la redoute des Rivets ; la troisième , sous la conduite de ' Bàgdelone ,- déjà fameux par la victoire du Saint-Bernard, se dirigeait par le taillis vers la redoute de Strasoldo. A peine les Piémontais se fureat-ils aperçus de l'approche des ennemis, qu'ils mirent en jeu leurs canons et' engagèrent la fusillade. Il en résulta dans ces roches une affreuse bataille , rendue plus épouvantable encore par l'obscurité qui enveloppait les défilés inférieurs, par les éclairs sinistres et multipliés de l'artillerie , et par l'écho de ces montagnes caverneuses qui répondait horri-^ blement au fracas retentissant et précipité des batteries. Irrités par l'opiniâtreté même de la résistance , comptant pour rien le nombre de leurs morts et de leurs blessés , préférant le trépas à la retraite, les Français s'avançaient toujours, et la bataille devenait plus terrible à mesure qu'ils approchaient davantage. Déjà Ton se battait de

près au pied des redoutes des Biyets et de la Ba-* masse; la Tictoire £k>ttait iaeeflaiue; le çomtQ de Clermont qui présidait à la défense , ayait habilement réparti ses soldats , les eucourageai^ par sou exemple, rendait guerre pckir guerre, sans pouvoir vaincre ni être vaincu. Méoies chan-* ces , même valeur sous la redoute de Strasoldo. On ignorait encore à qui devait rester la souveraineté des Alpes, lorsque Bagdelone, après avoir surmonté tous les obstacles et franchi plusieurs précipices, Se fit voir avec les siens sur les derrières de cette redoute, et décida le premier, par ce mouvement audacieux, le triomphe des Français. Voyant l'exéeution de ce qu'ils avaient jugé inexécutable , effrayés d'un danger qu'ils n'avaient pas prévu, contre lequel ils n'avaient pris aucune précaution, les soldats du roi pensèrent dès ce moment à la retraite. Ils l'effec-* tuèrent non sans déscMrdre , parce que la peur ^e mêle toujours aux mesures qui nous sont imposées par la force. La perte de la redoute de Strasoldo ne laissait plus d'espoir de couserver les Rivets et la Ramasse. Ces deux redouter Aurent donc abandonnées avec précipitation par leurs défen* sëurs, tafriblement pressés par les colonnes de Cherbin et de Dumas , qui déjà , avant la déroute des Piémontais de la gauche, étaient sur le point d'entrer dans ces deox forts. Aiofli les retranchemens élevés sur l'extrême frontière de l'Italie tom-

(i7d4.) LIVRE QUATRIÈME. 235

bèredt au pouvoir des Français. Ce n est pas que le courage des Italiens n'y ait brillé d'un vif éclat ; et les esprits justes conviennent qu'ils auraient tnaintenu l'équilibre de la balance ^ s'ils n'avaient eu à résister qu'à la bravoure ; mais que peut la valeur seule contre la valeur et l'enthou^asme réunis?

Les avantages et l'utilité de cette victoire fuirent y pour les républicains , en raison de ses difficultés et de ses périls. La retraite subite des troupes royales livra aux Français la supdrbe artillerie des redoutes ^ quelques autres pièces de rechange , beaucoup de mousqueterie, des munitions de guerre et de bouche en grande quantité. Le nombre des morts fut peu considérable des deux côtés , relativement à l'importance de l'action; mais buit cents prisonniers ajoutèrent à la victoire des républicains. Cette faite confose et précipitée donna lieu k quelques accidens déplorables. Parmi les troupes royales se trouvaient plusieurs émigrés de Savoie. Ne pouvant ou ne croyant pouvoir éviter la poursuite acharnée des républicains, ils se précipitèrent eux-mêmes du haut de ces sommets dans les abîmes les plus profonds, préfé-rant une mort affreuse mais volontaire , aux sup- 'jl^ices qu'ils savaient leur être préparés dans leur patrie. Les vainqueurs ne cessèrent de poursuivre l'ennemi que devant la ville de Suze où il se mit à couvert. De cette manière, la Ferrière et la

Novalèse^ places situées^ Tune sur le penchant^ l'autre au pied du mont Cenis^ du côté de l'Italie, devinrent la conquête des Français ; ils y posèrent leurs premières sentinelles. La perte du mont Cenis réduisait y de ce côté , la défense du Piémont au fort de la Brunette y bâti sur le roc vif ^ pourvu d'armes et de munitions de toute espèce ^ et imprenable par sa position; aussi les Français ne songèrent-ils point à Tattaquer. SatisÊdts de s être rendus maîtres des passages difficiles du mont Cenis, et d'avoii* porté la terreur de leurs armes sur les rives de la Doire-Ripaire , ne se trouvant pas non plus en nombre suffisant pour entreprendre quelque action importante au-delà de la Novalèse, ils se reposèrent, attendant que la fortune se déclarât sur les autres points où la guerre était engagée.

Du côté de la Ligurie, le triomphe des Français n'était pas complet. Ils ne pouvaient s'eniparer de la sommité des Alpes tant que le roi de Sardaigne Serait en possession de l'importante forteresse de Saorgio ; et telle était la position dé ce fort, telle était la nature des lieux; et des fortifications que l'art y avait ajoutées^ que tout espoir de le prendre d'assaut leur était interdit. Ds concurrent donc le projet de s'^n enâparer au moyen d'un blocus, et se persuadèrent qu'ils en viendraient facilement à bout , en traversant les monts escarpés qui séparent le Génovésat de la vaUée de

lii Roia^ et en s'ëtablissaat dans les endroits de cette vallée, au-dessus de Saorgio. Les communications avec la forteresse étant ainsi coupées sur tous les points, toute espérance de secours enlevée à ceux qui la défendaient, il était à croire qu'ils céderaient bientôt à la nécessité. Les généraux dii roi , G)lli le premier, avaient vu le. danger, et s'étaient eflForcés de le prévenir en fortifiant avec soin la cinie de ces montagnes, surtout le passage du col Ardent. On s'attendait à une sanglante bataille en cet endroit ; en effet , avec leur audace ordinaire, et la confiance que leur donnait la victoire, les Français, après avoir. été vigoureusement repousses dans un premier choc, se présentèrent de nouveau le 27 avril ^ et engagèrent un horrible combat qui se prolongea pendant plusieurs heiu*es ; mais enfin ^ s'étant avancés en forces et avec impétuosité contre la redoute de Felta , l'une des défenses élevées sur les bords du Tanarello et de la Saccarda, ils parvinrent à l'emporter, et par suite tous les passages , y compris celui du col Ardent. Cette action , de part et d'autre, coûta la vie à plus d'un brave guerrier. Malgré la réserve accoutumée des Italiens à honorer leurs grands hommes , lorsque les étrangers ne l'ont pas fait avant eux , réserve qui tient quelquefois de la froideur , je .céderai ici au désir de rendre un légitime hommage au capitaine piémontais Maulandi , blessé mortellement à cette

iâ8 HISTOIRE D'ITALIE.

bataille. Brave militaire , citoyen modeste et hur main , homme de génie , savant écrivain , Maulandi ne laisse au panégyriste que l'embarras dans le choix de l'éloge. Ami des miens ^ ami de tous les honnêtes gens , vertueux lui-même , il méritait sans doute qu'un ^us digne historieii recommandât sa mémoire à la postérité. Mais puisque cette tàcbe m'a été imposée par des hommes plue puissans sur moi que moi-même^ je saisis avec empressement l'occasion de rendre un pslreil té^ moignage au généreux Maulandi. L'image de ce juste me soutiendra dans le récit oUigé de la corruption et des vices de notre âge. Je me persuade aussi que ses écrits ^ pleins de poésie et d'une grâce tout-à-fait digne du poèbe de Venouse , feront bien plus pour lui dans la postérité que tous mes éloges. Ses opinions politiques étaient modérées : ami d'une sage liberté^ il désirait des amendemens dans l'exercice du suprême pou- • voir; mais toujours fidèle à sa patrie dL à son tcâ'^ toi;^urs prêt à oon^attre pour letu* défense^ il leur et avec joie le sacrifice de son sang et de^ sa vie. * , '.

La victoire du x^ol Ardent permit aux France de se porter par la ro^te de la Briga^ et d'aHer prendre à do^ 'Saorgio, s«ur le grand cbemin qui mène au col de "Tende. La forteresse, privée >de ses appuis extérieurs^ et cernée de tous» côtés par l'ennemi , se trouva ainsi réduite k ses iiTopres

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ressources. Comme ôUe était aiiomdamiaeat poui> vue 9 elle aurait pu sans doute- prolonger sa résistance jusqu'à ce que la £iiin lui eut dicté les couditious que la force ne pouvait lui imposer. £n se retisrant précipitaizimeut avec le l«sle de ses ta^oupes vers le ool de Tende , Colli avait enjoint, au chevalier de Saint-^Amour^ comman-* dant de la foi^teresae , de tenir le plus longtemps possible^ et de ne se rendre que sur nsin ordre formel si^ié de lui ^ parce qu'il se proposait de revenir à son secours à la tête de forces plus ^loznbreuses. Mais soit qu'il crût que la présence des Fraiiçais sur la graode route entre Saorgio «t le ool de Tende > apportait un obstacle invincible à l'arrivée des instructions de Golli> soit par tout autre motif moins connu ^ le chevalier se •rendit^ la vie et les biens saufs ^ et sous 1^ condition de rester prisonnier de guerre avec tous les 4sieos. Coiuluit à Turin ^ on lui fît ^on procès , -aussir-bien qu'à Mesmer ^ commandant de Mirabouc. Tous deux ^rent condamnés à mort par 4e conseil de guerre , et exécutés sur l'esplanade de la citadelle : arrêt sévère encore , bien qu'ail puisse être juste, au moyen duquel le gpuver-fUement voulut * effrayer les novateurs , et per^ suader au peuple que la trahison seule avait donné la victoire à l'ennemi.

Il ne restait pkis aux Français qu'à s'emparer du col de Tende, le plus haut commet. des Alpes

a4o HISTOIRE D'ITALIE.

maritimes. Us l'entreprirent sans délais voulant profiter de la déroute des troupes royales et de l'ascendant du triomphe. Usant donc de célérité y ils attaquèrent les Piémontais ^ qui paraissaient disposés à la résistance. Ayant d'arriver au pied de la montagne y le défilé y au fond duquel serpentent la route qui conduit à Nice et le torrent de la Roia, s'ouvre tout à coup et devient une vaste plaine fermée dans toute sa largeur par le col de Tende. Sur la route de Nice au ÎPiémont y cette montagne se montre sous l'apparence d'une toile tendue qui ferme le chemin y et son nom lui vient de son aspect.

QuQique très rapide, elle s'étend au loin sur sa base, et présente, sur ses flancs principalement, de nombreuses éminences très favorables à l'en-^ nemi qui veut la gravir, en ce qu'elles lui offrent comme autant de positions successives.

Obligés ainsi de diviser leur attention , . ceux qui occupent les sommités se trouvent embarrassés pour les défendre, surtout si l'ennemi est assez nombreux pour occuper toutes ces éminences à la fois. C'est ce que firent les Français avec beaucoup d'audace et d'habileté, de sorte que les Piémontais, après une faible résistance, abandonnèrent les hauteurs à l'ennemi, et se retirèrent à Limone , place située aii pied de .la montagne du côté du Piémont.

Maîtres de Saorgio et du col de Tende , le^

Français pouvaient diriger à leur gré les opérations de la guerre des Alpes ; et les états du roi ^ yers l'Italie ^ n'étaient plus garantis que par les forteresses situées à l'embouchure des vallées. La guerre changea de face ; les républicains , en possession des hauteurs , devenaient les assaillans ; les Piémontais i au contraire , se trouvaient réduits à la défensive , et les avantages qu'ils avaient obtenus au commencement delà campagne^ étaient retournés à ïeurs adversaires : résultat immense de l'impétuosité des Français^ et du passage exécuté par eux sur le territoire des Génois.

Ces ^désastres inspiraient d'autant plus de terreur dans les états du roi , que les germes importés de France commençaient en quelques endroits à produire leurs fruits. On découvrit contre le gouvernement des conspirations ourdies par des hommes en proie à de. funestes illusions^ mais dépourvus des moyens nécessaires à la réussite de leurs projets. Les chefs furent punis du dernier supplice ; on jugea les autres avec moins de rigueur : modération digne des plus grands éloges y exercée au milieu des ressentimens et de l'efFroî. Tant l'habitude^ au défaut delà perfection^ avait i:endue respectable la constitution judiciaire du Piémont ; tant l'intégrité avait fait de progrès parmi les magistrats 9 depuis que Victor Amédée second 9 posant un frein à la puissance de la np- I. 16

I a42 HISTOIRE D'ITALIE:

blesse y avait iatroduît ua système moii;is impar-? fait de justice et d'égalité civile.

La moitié de ses états perdus y dépossédé de ses r principales fortifications des Alpes, le roi appli*

quait tous ses efforts à se préserver d'une ruine complète. Plein de confiance dans ses peuples^ il publia un décret portant que tout individu propre au service militaire y quel que fut son rang et sa condition , eût à se pourvoir d'armes , de muni-» tions de guerre et de bouche^ et se tînt prêt à marcher au premier coup de tocsin y sous la con** duite d'officiers expérimentés , chargés de l'organisation de ces nouveaux régimens ; que si l'expédition durait plus de quatre jours ^ les munitions seraient fournies par les magasins du royaume ; que les nobles et les riches procureraient des armes à ceux qui n'en auraient pas ; que le gouvernement soutiendrait au besoin les familles des nouveaux soldats; que les officiers civils eux* mêmes y si le cas l'exigeait y se réuniraient à ces masses, et qu'enfin des récompenses attendaient ceux qui auraient montré le plus de dévouement au roi et à' la patrie.

Cette multitude y comme toutes oelles de même nature , ne présentait pas un secours bien puissant. Elle serait même devenue plus nui* sible qu'utile y si elle n'eût été appuyée par de fortes divisions de troupes de ligne y accoutumées

aux périls de la guerre ; aussi les nouvelles masses ,furent*elles amalgamées ^ soit arec les tretipes régulièresy soit avec les régimens pro^nciaux ; et conlme les* progrès de l'ennemi inspiraient de justes alarmes^ que les dernières recrues donnaieM peut d! espérances ^ on requit instamment les géné^ raux auiri^iens de lever leurs quartiers d'hiver^ et. deffiEdremarcher leurs troupes vers le Hémotif: en danger»' Le comte Olivier Wallis , feld-Mmaré^ chai j chargé par F empereui» du commandement général deo troupes cantonnées dans le duché de Milan ^ obtempéra sans délai à la demande du roi y et loi envoya, dans le mois d'avril , tous les régimens qui avaient hiverné à Pavie, Lodi, Codogno , Crémone^ Bozzolo , Casat-Maggiore , Mantoue, Como et Milan.- Ces troupes réunies ferm^ent un corps de vingt mille hommes. On espérait *, au moyen de ce renfert , mettre uii frein à L'audace et à L'impétuosité des* républicains , jusqu'à l'arrivée d'une armée plus considiérable d'Autrichiens, qui devait descendre de l'Allemagne dans le Piémont, en vertu du tmité de Valencienries. Enoutre , le roi garnissait^de troupes et de vivres les forteresses de la Brunette , de Fenestrelles, de Démonte, de Geva, la ville de Coni et la citadelle d'Alexandrie. D'un autre cèté, pour que les armes et les munitions ne vinssent pas à manquer dans un si pressant besoin, il ordonna que l'on recueillit le salpêtre dans toutes

.iM HISTOIRE D'ITALIE.

les maisons de Turin ^ et que l'on transportât à rhotel de la Monnaie et à l'Arsenal toutes les cloches inutiles au service divin. Néanmoins la terreur était à son comble. Les riches et les nobles^ non ceux qui combattaient sous les enseignes de la royauté ^ mais les nobles oisi& et les courtisans^ oubliant ce qu'ils devaient à la patrie^ se disposaient à passer à l'étranger, emportant aved eux leurs plus précieux effets. Le roi défendit ces honteuses émigrations par une loi expresse prononçant la confiscation des propriétés, qui, dans ce cas, devaient être réunies au domaine de la couronne. On pensa en outre ^ que pour prévenir les conspirations, il fallait en étouffer les germes et en extirper les racines. Dans ce but , le roi supprima toutes les assemblées secrètes, même les académies et jusqu'aux casini. Cette dernière mesure , soit qu'elle fût jugée nécessaire en effet , soit qu'elle ne f(it prise que pour ôter tout sujet de plaintes aux classes inférieui^es , avait pour objet un rassemblement particulier de la noblesse de Turin* De tous côtés, préparatifs militaires, division des citoyens pour les empêcher de conspirer, réunion des mêmes individus pour le combat.

Les succès des républicains donnaient beaucoup à penser aux états dltalie. Ceux-ci prévoyaient que l'occupation complète de la péninsule par les Français ne pouvait être suivie que d'un boule-

versement général. Ils prévoyaient en outre que si la victoire demeurait à l'Autriche et au Piémont^ l'Italie devenait, sinon la proie de ces deux puissances , au moins leur sujette et leur esclave. Le' roi de Naples résolut de réunir ses efforts à ceux des confédérés, soit pour poser une- digue au torrent qui menaçait d'inonder l'Italie , soit pour se ménager des d^its aux fruits de la viètoire , si la fortune se montrait favorable aux' atUés. 'H dirigea donc vers la lx>nibardie, tant par mci^qu(B par terre, une armée de dixhuit mille «hommes, infanterie et cavalerie; et pour fournir à la dépense que nécessitait un armer* ment si coosidérable , il décréta qiie les barons , les nobles et les riches contribueraient pour cent vingt mille ducats par mois ; que pour ne pas surcharger la ^classe inférieure, le trésor public fournirait le surplus ; qu'une taxe de sept pour; cent serait levée sur les biens ieeolésiastiques ; que l'on transporterait ,à l'hôtel des .Monnaies les ixtoe^ mens d'or et d'argent des élises, et qui ne seraient pas nécessaires au culte; leiiroi, de son ç6té^ s'obligeait à un intérêt dé trois et demi pour cent sur la valeur de ces objets. U décréta eh outre la suppression de plusieurs ordres religieux, et la réunion de leurs biens à ceux de l'hospice des incurables.

Lés troupes étaient [N:*ètes à se mettre en marche vers la Haute-Italie , lorsqu'on découvrit la cou-

a46 HISTOIRE D'ITALIE-

juratioa de Nâplés qui tendait ^ dirt-on:^ à soulever le peuple et à diaiiger le gouveruement royal. Cet événemaat ^ gra^e par lui-même, plus grave enearé en rais<Hi de F exagération et de 1 toflammabilitë des esprits napolitains y ût suspendre ledepartd.es troupes, le gouvernement préférant soin salut à cehii d'autrui. D^ailleurs^ >il fallait s'apposer aux corsaires français et algériens^ ^qui iilfbstaient le littoral du rOyàuitie, et eAlev»ent les bâtihrens de commerce. Ces deriiâer^ 'faisaient même de temps en temps des descente^ sûr les côtes de Galabre, pourpier, quand ils serbornaient à voler. •••.'••' ^' •

Le pape qui , de tous les princes dé la coalition, était peut-être le plus sincère dans sa conduite, hâtait aussi ses préparati6 de ^ampagne% Il fit gard«r le» ports de te Méditerranëe par dtes vaisseaux de gutsrre , arma les forteresses ; ^tkblit des garnisons sur les points *de la cé^fe les plus exposés, ferma des magasins,. des hôpitaux, et fit de nonveâLux règlemens militaires. Ensuite, âelon sa cou-* tntne annuelle ^malgi^é les embarras de la guerre et les bruits siniÉtres qui se répandaiient, il viâita les marais Pontitis, et pjiss$a en Ti9vue^ ehemin fiiisant, toi:ts les postes de la côte, afin d'inspirer a^ ses soldats la fidélité par l'ascendant de son aspect, le courage par la puissance de ses *pa^ rôles. Il s'occupait avec d'autant plus de soin de se mettre en défense , qu'il n'ignorait pas que les

républicains étaient fortement irrités contre lui , 'depuis l'attentat déplorable commis à Rome, au commencement de l'année précédente , sur la personne de Basseyille y secrétaire de la légation française. Soit 9 comitie quelques uns le prétendent, que cet agent eut cherché imprudemment à propager des opinions qu'il professait lui-même avec beaucoup de chaleur; soit , comme d'autres le pensent^ par un mouvement sporitiiné du peuple de Rpme qiii haïssait les républicains^ Basseville et plusieurs de ses compatriotes furent inhuàQainement massacrés. On incendia^ en même temps, une partjie des palais de l'académie ettlu consulat de France* Le gouvei'nement pontifical était entièrement étranger à cet éyénèisnent : il avait, même fait tous ses efforts pour coi^tenir et réprimer }a fureur po*^ pulaire ; mais il ét^it d^ l'intérêt des républicaiqs de le lui imputer^ et ilstue^parUient plus que de la barbarie du goiivernea^¥it pontifical, déclarant hautement qu'ils Bajiiiriii^airt.eB tirer une vengeance édatanie^

A peine eiitrontfit& ^ Venise la nouvelle des victoires remportéeé ^ar les républicains sur les Alpes 5 et de leur passage sur le territoire de Gênes^ que les che& du gouvernement tinrent entre eux de fréquentes conférences pour aviser aux mesures à preiidre- daua; un fmoment si critique. De VÎ& débats s'élevèrent entre les <leux partis :

a48 HISTOIRE D'ITALIE.

l'un y qui insistait pour que la république prit les armes; l'autre^ qui trouvait plus de garanties dans la confiance envers les puissances belligérantes, que dans les démonstrations militaires de la république. Le procurateur Pézare se leva de nouveau au milieu de l'assemblée ; son frère Pierre Pézare, sénateur qui exerçait aussi une grande influence, se réunît à lui , et ils démontrèrent avec éloquence quHl y aurait une simplicité intolérable à s'en rapporter au langage doucereux des Français. Cette puissance , disaient les deux frères , appelle la république de Venise sa sœur aînée; elle imite en cela le langage enchanteur des sirènes , dont elle imitera bientôt aussi la perfidie. Déjà les Alpes sont dépa(.Wés ,ritalie retentit du fracas de l'artillerite des barbares; les armes Vacillent aux mains des soldats piémohtais et allemands : sortons enfin de Ce sommeil léthargique , et ne nous offrons pas désarmés à la discrétion de l'étranger .

Le parti contraire s'opposa fortement à cette proposition : il avait à sa tête Jérôme Giuliani , Antoine Ruzzini , Antoine Zeno , Zaccbarie Valaresso, François Battaglia et Alexandre-MarcelPremier. Tous s'écrièrent qu'un armement était- impossible attendu l'épiiisement du trésor^ inopportun, pai^ce que Ventrçe des troupes étrangères sur le territoire de la république: en devancep:*ait l'exécution; inutile, parce que cette multitude de nou-

veDes recrues accroîtrait le désordre au lieu de l'empêcher, qu'une loii^e paix n'avait pas permis de former d'habiles généraux, et qu'on ne pourrait en obtenir du dehors puisque toutes les puissances étaient en guerre- Après une longue discussion, la motion de Péasare l'emporta par une majorité de cent dix-neuf voix contre soixante-sept;^ Il Alt donc arrêté que les troupes , tant à jMcd qu'à cheval, qui se trouvaieiit en.Dalmatie , seraient rappeléeâ et veilleraient à la sûreté dé la Terre- Ferme; qtie l'on recruterait en Esdavonie et en Istrîe.; que. des levées auraient lieu dans la Terrer% Ferme pour le comjdément des régimens italiens; que les compagnies qui n'étaient que de quarante hommes seraient portées à cent , celles des Esrr clavons à quatre-vingts; enfin, que le trésor âcremplirait au moyen de nouveaux impôts. Lé' séxa^ décida, en outre, que les escadres de lairépubli^ que protégeraient la navigation du golfe Jhfestë par les corsaires de France et d'Afrique* Cette détermination était prudente et vigoureuse ; . mai$ les sages du conseil , à qui appartenait l'exécution du décret obtenu par Pézare^ se trouvant ptmr la plupart d'un sentiment contraire , firent si bien , en prenant toujours pour excuse la' pénurie dés finances, qu'une levée de sept mille soldats fiit le seul effet de la délibération du sénat. En vain le procuratem' Pézare multiplia les réclamations ; en vain il ne cessa d'accuser l'imprévoyance des

25a HISTOIRE D'ITALIE.

hommes^ et l'acharoement obstiné du destin qui enlevait a sa chère et malheureuse patrie toute espérance de salut%

Cependant 5 comme si l'espidnnage pouvait quelque chose sans la forée, la république avait envoyé à Baie le comte Rôfch San-Fermo, pour recueillir et faire connaître tout: ce qui pouvait se passer dans cette ville.^ la plus voisine de France, et: où se réunissaieïit , ttromo^êdanstine place neutre, les afilis et lies ennemie de i:oÛ8 leé'paya; Soit qu'il eut peur lui-lmêlne^ iou" qu'il voulût effrayer lés autres, Saai^-Ferniô écrivait contînlieUement à Yl»* nise qu'un certain Gdrani, le .mémle'r.qui éorivît des monitoires en fcNnlieS' de . lettkres à'tous les rois de l'Europe , était destiné par le gouvernement de «Fr^moe à devenir l'instrument d'une: révolution en Italie^ qu'il était accompagné de srs satellttéà, tôuk;prétstà exécuter-ses ordres, et • pis encobe au besoin; que ce Gorâni avait déjà soulevé la Po*lôgne et soulèverait aussi l'Italie ; que la conjuration de Naples était son ouvrage ; qu'il traduit des pièges à tous les gouvernemens de là péninsule; que cet homnie était capable des plus grandes entreprises, et qu'il fallait bien se défier de lui. San-Fermo ajoutait je ne sais quels contes sur un nommé Bâcher , secrétaire de la légatiod française k Bâle ; puis , qu'un certain Guistendoerffer qui s'était trouvé avec Robespierre, Couthon, et d'autres membres du comité de salut pu-

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bKc , lai écrivait que 'la' France Avait de grands desseiiis sur l'Italie ; Mq[tie son but ^' en Teil^afcîssant, e'tait deiui efileVepfees grains et ses i^kAeteés ; ^e des armées descendraieht 'du Rhib ju^i^'stux Alpes; qu'aa moyen de ses âdkys et desob ôr , kl France avait des intelligfeûfees fiartoût ; qne pendant l'année 1793- l'Italie ini âfvait dqh <eotâité on«e millions^ et Veiùse elle seule troiàtjeritcîn^ quante mille francs j ^'elle coûterait detiic fbîs autant en 1 794 ; qtie de grands personnages étaient déjà vendus iauit FrAnçais, et entre autres quelques uns de ceux-'lJi? même , chargés par leur gouvernement de dëjoiler- les trames de la France; qu'ofi n'emploierkit ' pdint la force, mais bien la ruse cètmfe Venise }» que cetfé i^épublique était considérée côtîini^ enta.ei1iife,<par son refus de redonnaStre TanfiljiaâsadeUt' Ndël > et pdur avoir dbnhâ a»!s: ^confédérés ' des arrte^, des munitions, dé§ vîtrfes et ié passade; qu'on l'accusait, en outre > d avoir fait emprisonner le comte Apostoli , partisan des Français et adjoint à leur légation à Venise ; et de sbuffrir que les émigrés français în* sultassent les républioainS sur son territoire. Ces nouveBes qui auraient inspiré une noble indignation à des cœUrs magnanimes, eifrayèrent des âmes sans énergie , et firent entrer dans les délibérations de la république en ces momens difficiles, plus de faiblesse que de prudence. Venise vît enèore augmenter «e^ embarras ; mais cette foià sa générosité seule en fut cause.

25a HISTOIRE D'ITALIE.

Poursuivi* avec fureur par les- eriuémis .' de sa maiso^, le courte de «rovence , frère du roî Louis XVI, s'était -retiré à -TuHn, où le roi Viotor. Anaédéè , son • l>eau-père , l'avait accueilli avec l'empressement et les égards dus à sou raùg et à ses malheurs. Le condtq de Provence attendait pai^iblemefit que la forttir^é, y plus favorable , ojûVrlt une voie dç salut ipour :1a France et siçs princes ; mais il savait (Huoibien lâs républicains étaient avides de son .san^^ et qiiaad il les vit, d'abord sur le sommqt.(^s> Al^e^^ puis- à Feutrée des vallées, et epim iiOLe^Aça^jt les plaines même du Piémont, il pensa ()u,'il devait éviter la tempête. «Plein de confiance ^^ps la' loyauté dui sénat vénitien, ilicbercbia un aisil^ ;Siir , 1/e tmt^ tpire d'unef république ,. puisqv^-^ <|ii^)ques uns des plus piMssans princes ''d'Ei^rope liàei^vffyk^ saient un dans leurs états, hp cofute de Pçor> y ence qui voyageait incpgnit^ . sous le nom de comte de Lille, avait à .sa suijte plusieuns émigrés frapçais, parmi lesquels on remarquai jt. surtout 1ë| duc d'Avaray et le comte d'Entraigues. Touché d'une si grande infortune , le sénat de Venisfe , encore bien qu'il prévit les désagrémens que Im susciteraient les chefs du parti républicain de France , reçut généreusement le comte dans ses états , le priant seulement de vivre sans éclat , et de ne point donner d'ombrage au gouvernemept français , en se livrant à des aptes , très légitimes à la vérité s'il eût été maître de lui-même, mais

(1794) LIVRE QlTATftlÈMEt ^53

dont il devait s'abstenir sur le térritœre étranger qui lui donnait un asile. Le sénat de Venise ne trouva point d^opposition chez le comte de Provence. Dans un si grand revêl-s^ de fortune, ce prince, non seulement conserva toute la fermeté, toute la noblesse de son caractère, mais encore s'imposa là loi de ne rien faire qui j>ut porter préjudice à autrui. Ce fut Vérone qu'il choisit pour sa résidence ; le sénat y consentit , ordonna au représentant qu'il avait en cette ville, de porter au prince le respect que l'on devait à ses vertus et à ses malheurs ; de lui rendre en particulier les hommages dus à son rang ; mais de s'abstenir en public du cérémonial observé à l'égard des souverains. Telle fut, en cette circonstance, l'adresse du représentant, qu'en satisfaisant le comte il ne donna au gouvernement dé France aucun motif raisonnable de se plaindre. Cependant, comme il arrive ordinairement que la force a recours aux vexations , malgré les précautions de la faiblesse pour s^en défendre, des réclamations s'élevèrent «en France,, à Baie et à Venise, de la part du gouvernement de Robespierre et de ses agens ; et si le sénat de Venise eut jamais besoin de cette habileté dont il donna des preuves dans tous les temps , ce fut sans doute en cette occasion . Quoi qu'il en soit , ^ il remplit un acte d'humanité d'autant plus louable qu'il était dangereux. Quel fruit en retira-t-il ? on le

a54 HISTOIRE jyiTALlE.

veiT^t par le récit des éréoetneus qui saivront. D'antres tribulations atteadaient Yeaîse. Le co^ mité de salutT public avait nommé ambassadeur auprès de la république, Lallemaod, ancien consul de France h Naples. Le chargé d'afiaires Jean Jacob , homme de bien y qui n'avait rien de la démoralisation de cette époque ^ écrivit le 1 3 novembre au prince sérénissime que^ par l'élection de Lallemand y son mandat expirait. Beaucoup de contestations s'élevèrent dans le sénat. Les uns voulaient que l'on reçût le nouveau ministre y. d'autres, soutenaient l'opinion contraire. Les , ministres d'Autridie et d'Angleterre insistaient pour son rejet ^ et ils s'appuyaient, sur' L'exemple de Noël, refusé peu de temps auparavant par la^ république. Malgré tout ^ l'avis favorable à l'acceptation prévalut p Admis à se présenter devant les sénateurs assemblés^ Lallemand « prononça un discours conçu dans les termes les plus gracieux et rempli de promesses^, faites de bonne foi si l'on considère la loyauté personnelle de Lallemand ; mais peu âncères y si l'on en juge par ceux dont il était l'organe.

Le sénat répondit avec gravité que le nouvel ambassadeur lui était personnellement agréable ; qu!il aimait à se rappeler les bons offices par lui rendus aux Vénitiens en d'autres lieux ; qu'il attachait beaucoup de prix à l'amitié de la nation française, et qu'il mettrait tous ses soins a la con-

(1794.) LIVRE quatrième; a55

server sincère, à en prolonger la durée; <jii'il aurait pour FambaBsadeur toutes la considération due à sa qualité et à ses pouvoirs j que^ les Français seraient à l'abri de toute insulte, pourvu que les Français, de leur eôté, se: conformassent aUx lois du pays ; que l'atnbâssadeur pouvait assurer son gouvernement que les actions seraient ici conformes aux promesses ; que la fidélité àe Venise s'accroîtrait en raison des égards- qu'on aurait pour elle ; qu'elle était l'amie de toutes les puissances , ne voulait être l'ennemie d'aucune , et maintiendrait pleine et entière la neutralité qu'elle s'était imposée*

De tous les gouvernemens d'Italie, aucun, excepté le piémoBtais , n'était plus tourmenté que celui de Gênes. Aucun aussi, dans ces extrémités difficîks, ne montra plus de constance et de dignité. Nous avons déjà rapporté l'événement de la Modeste. La seigneurie de Gênes ne manqua point d'adresser de vives représentations au gouvernement anglais; elle n'en reçut qu'une réj^onse évasive. Gênes souffrait encore de cette blessure , lorsqu'un autre événement, exempt de meurtre à la vérité, vint porter un- coup plus direct à la dignité ^t à l'indépendance de l'état.

François Drake , ministre d'Angleterre ^ et don Joacbim Moreno, amiral au service d'Espagne, dont la flotte était en partie mouillée dans le port

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