LIVRE PREMIER
encore il rendit à l'agriculture des espaces que la nature du sol n'avait point permis jusqu'alors de cultiver. Tels furent la vallée de Chiane, celle de Nievole, terrains riches et féconds, une grande partie de la capitainerie de Pietra-Santa, les frontières du littoral de Livourne et de Pise, qu'il parvint à dessécher et à rendre saluhres au moyen de tranchées, d'atterrissemens , de digues et de canaux , pratiqués par ses soins selon la nécessité des lieux. Mais une entreprise de bien plus grande importance, et d'une difficulté presque insurmontable, ce fut le dessèchement des marais de Sienne, entreprise avancée à un point tel, qu'on espérait atteindre à son entière exécution. Les marais de Sienne s'étendent le long de la mer, sur un espace de soixante-dix milles environ, depuis l'extrémité de la province de Pise jusqu'aux frontières de l'état ecclésiastique. Leur largeur, dans les terres, est de cinq ou six milles, jusqu'à quinze ou dix-huit. La plaine de Grosseto forme la partie la plus considérable de ces marais. La portion de la plaine qui n'est pas inondée est aussi féconde que l'air est infect et pestilentiel.
Déjà, sous Ferdinand ier de Médicis, le dessèchement avait été commencé, et plusieurs de ces marais avaient pu recevoir la charrue ; mais , palla négligence des successeurs de Ferdinand, l'air et la terre se corrompirent plus que jamais. A peine Léopold fut-il monté sur le trône, que son
attention se porta vers les marais ; il y envoya le père Ximenès, Ferroni et Fantoni, mathématiciens célèbres et très savans dans l'hydraulique. La plaine de Grosseto, le lac, ou plutôt l'étang de Castiglione, se trouvaient déjà dans un état satisfaisant. On espérait mieux encore, on espérait même un succès complet. Les atterrissemens , par le moyen des eaux de l'Ombrone et de la Bruna introduites au moment des crues limoneuses, les canaux, les écluses, tout fut mis en usage. Persuadé en outre que les petites populations rendent l'air insalubre, que les grandes l'épurent , Léopold offrit des récompenses et des immunités, soit aux gens du pays, soit aux étrangers, et particulièrement à ceux de la Campagne de Rome, qui fixeraient leurs demeures sur l'emplacement des marais. Il annonça que le trésor payerait aux fondateurs des maisons nouvelles le quart du prix de leur construction ; qu'il donnerait des terres ou gratuitement, ou à bas prix, ou à loyer, ou à bail emphytéotique; qu'il ferait des avances de fonds, et que les nouvelles demeures deviendraient pour les habita ns un asile inviolable. Par ce moyen , la population s'accrut, les terres furent cultivées, l'air s'assainit. A la vérité, la difficulté des temps ne permit pas de maintenir cet état de choses ; mais il reste , et peut-être resterat— il long-temps encore , dans les marais de Sienne , des vestiges de la munificence de Léopold.