LIVRE PREMIER. a
Ce prince, juste et magnanime, prit à l'égard de la dette publique des mesures non moins dignes d'éloges. Plus de trois mille créances furent éteintes , et les créanciers remboursés sur les fonds provenant de la vente des biens appartenant, soit à la couronne, soit au domaine public. Il employa encore à cet usage les capitaux qui constituaient la dot et la contre-dot de la reine son épouse, et même une partie de son propre patrimoine. De cette manière, et pendant que d'autres états d'Italie s'obéraient continuellement, sans autre but que de se créer des armées , la Toscane, par les soins de Léopold, amortissait la dette publique, et fondait un gouvernement paternel , paisible à l'intérieur, inoflensif pour- ses voisins.
Léopold pensait aussi à l'utilité et à l'ornement de son duché. On voyait s'élever à la fois des écoles pour toutes les classes de la société , des maisons de refuge et de secours , des hôpitaux et des hospices ; les universités de Pise et de Sienne recevaient une meilleure organisation; de nouveaux palais étaient fondés, les anciens s'embellissaient; on multipliait les promenades publiques, les bibliothèques s'enrichissaient, le cabinet de physique ajoutait à ses curiosités , et l'on plantait un jardin botanique.
Le prince voulut encore que la sincérité' de ses intentions et l'équité de son gouvernement
parussent au grand jour. C'est dans ce but qu'il fît publier le tableau, par recette et dépense, de la situation financière de l'état, depuis 1765 jusqu'à 1789. Là, d'un seul coup d'œil, on apercevait et le montant des économies, et la diminution des impôts , et la destination des fonds publics , employés à des établissemens charitables ou à des travaux d'embellissement.
Je me suis étendu sur l'administration sage de Léopold ; l'extrême plaisir que j'y prenais m'y invitait assez, etje n'apercevais que trop d'occasions, dans la suite de cette histoire , de rapporter des faits bien différens. Avec un peu d'indulgence, mes lecteurs ne m'accuseront pas, je l'espère, de m'être laissé entraîner à des longueurs ; ils me pardonneront la satisfaction que je me suis donnée, d'autant plus qu'au milieu des malheurs de notre époque , les historiens ne rencontrent pas souvent de bonnes fortunes de cette nature.
Il est temps maintenant de parler des réformes apportées en Toscane, par Léopold, dans la discipline ecclésiastique : matière de la plus haute importance, qui éleva tant de rumeurs, qui éveilla si fortement l'attention des hommes, soit en Italie, soit au-delà de ses frontières. Les anciens Toscans, plus généreux envers les couvens qu'envers les paroisses, avaient placé les uns dans l'abondance, en laissant les autres dans la misère. Les maximes relâchées des jésuites , et la constitution Unigenî-