‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 14 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

année. Il abolit le tribunal du saint office; suspendit l'effet des censures de Rome qui prononceraient des peines temporelles, et des bulles d'excommunication qui n'auraient pas été sanctionnées par le gouvernement; défendit de les publier, de les signifier, et d'y avoir aucun égard dans le for extérieur. 11 retira aux ecclésiastiques le privilège qu'ils avaient de citer devant eux les laïques , à qui il les assimila, sans restriction, dans les causes criminelles. Il voulut que leur juridiction fût toute spirituelle aussi-bien que les châtimens qu'ils pourraient infliger; que les évêques convocassent, tous les deux ans, le synode diocésain, afin de conserver intacte la pureté du dogme et la sainteté de la discipline.

Défavorables à la cour de Rome , ces règlemens du prince toscan ne frappaient cependant point, dans sa base , cette autorité pontificale que depuis plusieurs siècles les papes prétendent exercer pleine etentière, soit de l'aveu tacite, soit du consentement exprès de l'Eglise. Les avocats du saint siège soutiennent que le pape est le seul vicaire , le seul représentant de Jésus-Christ, son plénipotentiaire, et que tous les autres évêques de la chrétienté sont les vicaires, non pas de Jésus-Christ, mais du pontife romain ; qu'ainsi il n'est dans l'Église qu'un seul évêque universel qui reçoit du Christ, en dépôt, toute l'autorité ecclésiastique, avec pouvoir de la répartir dans une juste pro-

portion entre ses subalternes. Mais l'évêque de Pistoie ne s'arrêta point devant ces prétentions ; toujours appliqué à ramener le gouvernement de l'Eglise à ses principes, il avait déjà voté, dans l'assemblée des évêques de Toscane , une extension de pouvoirs, non seulement pour les évêques, mais encore pour les curés; voulant qu'à l'instar des premiers chrétiens, les uns et les autres eussent voix deliberative dans les synodes diocésains. Il établit ensuite , dans son synode , que les évêques avaient reçu immédiatement du Christ les facultés nécessaires à la bonne administration de leur diocèse ; que ces mêmes facultés étaient indépendantes et inaltérables ; qu'un évêque pouvait et devait toujours, si le bien de son église l'exigeait, remonter à ses droits originels quand un motif quelconque en avait interrompu l'exercice. Ces propositions furent très mal reçues à la cour de Rome ; Pie vi les condamna , quelques années après, comme erronées, et même comme schismatiques. Ricci ajouta quelques autres points de doctrine ; soutint que les limbes des enfans étaient une chimère de Pelage; que, selon l'antique usage, il ne devait y avoir dans l'Église qu'un seul autel ; que la liturgie devait être écrite en langue vulgaire et récitée à haute voix; que le trésor des indulgences tenait de la dispute des écoles; que l'application qu'on en voulait faire aux morts était une idée ridicule, et que la convocation du con-

Page 1