LIVRE PREMIER. 3i
âgé seulement de neuf ans. Avant de partir il créa une régence, et confia la jeunesse du nouveau roi aux soins du prince Saint-Nicandre. Etranger à toute science littéraire, et dans l'impossibilité d'enseigner à d'autres ce qu'il ne savait pas luimême, le prince forma son royal élève à la pêche, à la chasse , et à d'autres exercices corporels de cette nature. Le jeune Ferdinand y prit tant de goût , qu'il en fit dans la suite , et toute sa vie , l'objet de ses délassemens favoris. Mais il grandit avec peu de connaissance des choses les plus nécessaires à la vie civile , et au gouvernement des états. Néanmoins il aimait les savans, et savait profiter de leurs conseils. Le hasard, qui protège aussi quelquefois les gens de bien, voulut qu'à la tête du conseil royal se trouvât le marquis Tanucci, homme franc, zélé défenseur des prérogatives du trône, et très opposé aux immunités ecclésiastiques, surtout en matière criminelle. Le roi prêtait volontiers l'oreille à ses discours ; la prudence et la modération présidaient ainsi au gouvernement de l'état. On espérait quelque adoucissement à la tyrannie féodale, qui en aucune partie de l'Italie ne s'était maintenue plus rigoureusement que dans le royaume de Naples, et principalement dans les Calabres. Les barons, possesseurs des fiefs, ennemis tout ensemble de l'autorité royale et du peuple , méprisaient l'une et tyrannisaient l'autre. Outre les privilèges de la chasse, de la pêche,
3a HISTOIRE D'ITALIE,
des moulins et des fours , ils nommaient les juges des terres, les gouverneurs des villes. Pour eux étaient les premières moissons, les premières vendanges, les premières re'coltes de l'huile, de la soie et de la laine; pour eux encore les droits d'entrées , les péages , les gabelles , la dîme et le bénéfice des corvées. De tout cela résultait la vexation des peuples , la pénurie du trésor et l'affaiblissement de l'autorité roy ale i De tels abus, si peu en harmonie avec l'esprit du siècle, ne pouvaient • échapper à Tanucci, ni plaire à un roi doué d'un caractère doux et facile. Des lois expresses vinrent donc les modifier. De plus , Tanucci appela les barons à la cour , où ils apprirent , en contractant des mœurs plus polies , à ménager davantage leurs vassaux. En cultivant l'amitié de toutes les puissances étrangères , Tanucci penchait néanmoins pour la France , et déplut ainsi à la jeune épouse de Ferdinand, Caroline d'Autriche, femme impérieuse et hautaine. Tanucci fut donc éloigné des affaires, et remplacé par Acton, ministre dont le caractère répondait davantage à celui de la reine. De ce moment l'influence de l'Autriche prévalut. Malgré tout, les réformes salutaires se poursuivaient ; quelques privilèges des barons furent abolis , les péages supprimés ; on entrevoyait un meilleur état de choses pour l'avenir. D'heureuses dispositions se manifestaient dans les esprits. Déjà Filangieri avait publié ses