LIVRE PREMIER
qu'on ne veuille croire ou repéter ce que disait et croyait l'homme qui , de nos jours, aurait voulu anéantir jusqu'au nom de la liberté : c'est-à-dire que tout le mal vint du siècle de Léon x. Cet homme appelait mal, le désir manifesté, par les princes d'abord, et ensuite par les peuples, de voir plus de douceur s'introduire dans les formes du gouvernement. Quelques personnes penseront peut-être que les choses sont aujourd'hui plus délicates qu'autrefois : je répondrai qu'autrefois aussi, comme pendant les dernières années , et surtout dans la malheureuse Italie , on vit des armées étrangères se déborder, des villes réduites en cendre , des peuples dépouillés , des provinces dévastées, des états anéantis, des factions, des sectes, des complots, des ambitions cruelles, de basses avarices, des gouvernemens faibles et corrompus, des lois iniques et frauduleuses, des populations déchaînées et abandonnées à tous les excès. Pour moi, je suis fermement résolu, si l'entreprise n'est point au-dessus de mes forces, à dérouler aux yeux de la postérité le véridique et douloureux tableau de tant d'événemens déplorables , dont le souvenir seul me remplit encore d'épouvante. Advienne ensuite que pourra ; la vie est courte, et la satisfaction d'avoir rempli le devoir d'un bon et fidèle historien, est immense et presque infinie. Ce ne sera pas pour moi non plus une faible jouissance, que d'embrasser dans
mes narrations le récit également impartial des actions consolantes, utiles et généreuses qui éclatèrent au milieu de tous ces désastres : effet des bontés de la Providence, qui n'abandonne jamais entièrement la malheureuse humanité.
Après avoir conquis l'Europe , les rois barbares l'abandonnèrent aux capitaines de leurs armées. Les hommes et les terres devinrent donc leur propriété ; de sorte que , si au temps des Romains les populations se, composaient d'hommes libres et d'esclaves, elles se divisèrent au temps des barbares en conquérans et en serfs ; c'est là l'origine de la féodalité. Theodor ic, roi des Goths, modifia cet état de choses par des institutions municipales. Ensuite les ecclésiastiques, ayant acquis des richesses, devinrent eux-mêmes une puissance, et mitigèrent l'autorité féodale par la division ou la résistance. De là les ordres, ou les états, ou les branches , comme on voudra les appeler , de la noblesse, du clergé et des communes. Charles- Quint les anéantit en Espagne, et ne put y parvenir dans les îles d'Italie. Ils subsistèrent en France sous les Bourbons, qui s'en servirent plus ou moins, selon les temps. Dans l'Italie, divisée en tant d'états divers; dans l'Italie, si souvent en proie aux princes étrangers qui, afin de s'en assurer la possession, concentraient le pouvoir sur un petit nombre de grands personnages, l'autorité municipale, si l'on en excepte quelques anciennes