LIVRE PREMIER
republiques, reçut moins d'extension, la fe'odalité conserva plus d'influence. Je parle ici du gouvernement sous le rapport des individus; on apercevait encore parmi eux, et dans les usages, de nombreux vestiges de l'antique servitude. Quelques uns de ces vestiges disparurent devant l'opinion des peuples , ou par concession des feudataires ; d'autres furent effacés par les princes : le siècle qui vient de fini^ voulait l'anéantissement du reste.
Lies peuples ne bornaient pas là leurs prétentions ; ils réclamaient l'égalité devant la loi civile et quant aux charges de l'état ; en quoi s'accordaient non seulement ceux à qui cette égalité devenait profitable, mais encore la plus grande partie de ceux qui jouissaient des privilèges. Dire ensuite , comme quelques uns l'ont écrit , probablement sans le croire , que l'on exigeait une égalité sans bornes, même celle des propriétés, c'est l'exagération coupable de quelques hommes de parti, qui ne pèsent jamais leurs paroles, et dont les discours ne tendent qu'à enflammer les peuples et à provoquer la guerre civile. Telle était la question des droits, où l'on mêla bientôt, avec une imprudence qu'il faudra éternellement déplorer, certaines abstractions sophistiques qui inspirèrent aux peuples l'ambition de se gouverner par eux-mêmes. On n'ignorait pas, cependant, que la multitude est prompte à commettre le mal .
et qu'elle tourne souvent contre elle le glaive dont elle est armée; effet trop commun de la violence désordonnée de ses mouvemens , de la divergence de ses volontés, de l'inflammabilité de ses esprits, et de l'empire qu'elle accorde sur elle à la grandeur ambitieuse plutôt qu'à la vertu modeste.
La religion elle-même était méconnue, non pas quant au dogme qui ne fut jamais attaqué, mais bien dans la discipline. On se plaignait que l'indigence pesât sur les ouvriers actifs de la vigne du Seigneur, tandis que d'immenses richesses étaient le partage des oisifs; richesses, disait-on, dont ils ne se contentaient pas de faire usage , mais dont souvent ils faisaient abus; on se plaignait du nombre insuffisant des uns , du nombre excessif des autres, de la répartition vicieuse des bénéfices, de certaines pratiques religieuses, plus utiles à ceux qui les avaient introduites, qu'honorables pour le culte divin, puisqu'à cette occasion les solennités les plus augustes et les plus nécessaires de l'Église avaient perdu de leur pompe et de leur majesté. Les âmes pieuses, ajoutait-on, étaient scandalisées de voir que l'on fournissait matière aux calomnies de l'erreur et de l'impiété.
Bien d'autres discours se tenaient encore, et principalement en Italie. Ils naissaient tous de l'esprit du siècle, favorable au plus grand nombre. Devenu inquiétant pour les princes, l'ordre des jésuites avait été supprimé. Cette société, par