‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 22 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

non pas de la vérité, mais de la perversité des temps qui survinrent.

Il est facile de croire qu'un pontife de ce caractère avait une haute idée de sa dignité personnelle , qu'il devait être jaloux de son autorité et des prérogatives du siège apostolique. Les stimulans ne manquèrent pas non plus à ces dispositions. Parmi les cardinaux qui n'étaient ni abrutis par l'ignorance , ni amollis par l'oisiveté , s'agitait alors un projet du plus grand intérêt pour l'Italie. Il s'agissait d'en former un gouvernement fédératif , dont tous les princes du pays auraient fait partie, sous l'autorité suprême du pontife. Le principal auteur de ce dessein était le cardinal Orsini , homme d'un caractère assez étrange, mais fort instruit en matière canonique , et très chaud partisan des prérogatives de Rome. L'opinion la plus générale était que Grégoire yii en avait trop dit et trop fait ; Orsini pensait , au contraire, que ce pape n'en avait ni assez fait ni assez dit. Or, comme les événemens naissent des événemens, si le projet d'Orsini, relativement à une ligue italique , eût été mis à exécution , il en serait résulté des effets de la plus haute importance; et les papes , qui trop souvent ont causé la ruine de l'Italie , auraient pu , cette fois , assurer son salut. Mais les papes n'ont pas toujours respecté suffisamment l'autorité temporelle des princes italiens ; et ceux-ci , constamment jaloux les uns des

autres, ont toujours appelé les étrangers en Italie, au lieu de se dévouer aux intérêts de la mère commune. Le monde sait ce qu'il en est résulté pour eux et pour leurs sujets, et les Italiens ne verseront jamais tant de larmes, qu'il ne leur en reste encore davantage à répandre.

Revenons à notre sujet. Arrêté par l'opinion publique , et ne pouvant étendre , selon ses vœux , ni son pouvoir ni son empire, Pie vi voulut du moins acquérir la réputation de souverain magnifique. La première et la plus vaste de ses entreprises, c'est le dessèchement des marais Pontins, ouvrage sinon achevé, du moins exécuté pour la plus grande partie. Les historiens les plus recommandâmes fournissent peu d'exemples d'une constance aussi admirable, d'une dépense aussi énorme dans un état si petit.

On appelle marais Pontins, une plaine de cent quatre-vingt milles carrés, qui s'étend sur une longueur de vingt-sept milles et sur une largeur de huit milles, plus ou moins, selon les lieux. Elle est bornée au nord-est par les montagnes de la Spina, au pied desquelles s'élèvent les villes de Terracine, Piperno et Sezze; au nord -ouest, par les collines de Velie tri et les bois de la Cisterna; au sud-ouest, au sud-est et au sud, par la mer.

Avant d'être infecte et pestilentielle, cette plaine était cultivée et salubre. Un seul petit marais se

Page 1