LIVRE PREMIER
voyait auprès de Terracine. Dans le cinquième siècle de Rome, le censeur Appius y fit construire la voie magnifique qui a retenu son nom. La guerre ayant ensuite ravagé les provinces et enlevé les campagnes à l'agriculture , les eaux stagnantes s'accrurent et couvrirent la surface des terres. Depuis, le consul Cétégus les assainit de nouveau ; mais , par l'effet des dissensions civiles , leur état devint pire que jamais , au point que , du temps d'Auguste , la voie Appienne dominait seule ce vaste marais. Auguste et ses successeurs entreprirent de le dessécher, ils y réussirent; mais les barbares qui survinrent, détruisirent, avec tout le reste, ce monument des arts et du génie. Ainsi ce fertile et immense terrain demeura submergé jusqu'aux temps , plus modernes , où les papes Léon 1" et Sixte n en résolurent le dessèchement. Le premier fit construire le grand déversoir de la tour de Badino; le second ouvrit le fleuve Sisto, canal artificiel qui traverse le marais dans toute sa longueur, et destiné à recevoir toutes les eaux qui descendaient des hauteurs et à les conduire à la mer. Aucun de ces deux pontifes ne vécut assez long-temps pour achever l'entreprise. Leurs successeurs désespérèrent de la réussite, ou firent d'inutiles efforts pour y parvenir. Clément xin voulut faire servir le ruisseau Martino à l'écoulement des eaux, et recula devant l'énormité de la
dépense. Enfin Pie vi, à peine élevé sur le siège pontifical, pensa au dessèchement des marais Pontins. Ces marais sont formés principalement par l'Amazeno, l'Uffente , la Ninfa et la Teppia, quatre fleuves dont les eaux ne trouvent point de cours vers la mer du côté de Terracine. Le pape confia la direction des travaux au savant ingénieur Rapini , qui creusa le canal Pie , conduisit les eaux à la mer par le déversoir de Badino, donna plus de profondeur à l'antique fleuve Sisto, encaissa les eaux de l'Uffente et de l'Amazeno. Les eaux baissèrent, les terres se découvrirent, des champs prirent la place des marais, et la voie Appienne fut rendue à sa destination : tel fut le bel ouvrage de Pie vi.
Le génie du pontife se montra encore dans les embellissemens qu'il fit à Rome. Il éleva pour l'église de Saint -Pierre cette fameuse sacristie, chef-d'œuvre admirable sans doute, mais d'une architecture trop minutieuse peut-être, si on la compare au style majestueux de la basilique de Michel- Ange. D'un autre côté, on regretta généralement que , pour construire cet édifice , le pape eût ordonné la démolition du temple antique de Vénus, monument si respectable aux yeux de Michel-Ange, qu'y toucher seulement lui paraissait un sacrilège. Grâce à l'une des plus belles idées de Pie vi, alors trésorier, le pape Clément avait orné le Vatican d'un superbe musée. Après son