‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 24 sur 38 · LIVRE PREMIER. fy · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. fy

exaltation , Pie vi l'enrichit encore , et le musée fut appelé Pie-Clémentin. Il y fit entrer un grand nombre de statues, de bustes, de bas-reliefs, et d'autres antiquités du plus grand prix, où l'on ne manquait jamais de placer cette inscription : Don de la munificence de Pie vi. Pardonnons-lui cette innocente vanité. Noble fondateur du musée, le pape résolut d'en multiplier les trésors, au moyen d'excellentes gravures, accompagnées de descriptions , et le succès répondit au projet. L'exécution des dessins fut confiée à Louis Mirri, la description à Ennius Quirinus Visconti. C'est un des ouvrages les plus parfaits en ce genre , mais qui ne fut point achevé, au regret de tous les savans, à cause des révolutions qui vinrent bouleverser l'Italie.

C'est ainsi que , sous le pontificat de Pie vi , Rome croissait chaque jour plus brillante et plus belle. Visitée par les premiers princes de l'Europe, elle devenait pour eux un objet de respect et d'admiration. Ce qu'elle perdait par le relâchement de la foi, elle le regagnait par l'excès de la magnificence ; et les peuples , séduits pai- la pompe du spectacle, ne s'écartaient point de la vénération qu'ils avaient toujours portée au saint siège. Quant à ces nouvelles doctrines qui proclamaient si hautement l'humanité, elles n'avaient poussé à Rome que de faibles racines, non que les idées de civilisation n'y fussent bien accueillies , mais parce

que les philosophes modernes, s'égarant dans le parallèle forcé de siècles sans analogie entre eux, se méprenaient sur les effets et sur les causes , et semblaient prendre à tâche de condamner les institutions ecclésiastiques. Telle était Rome, toujours semblable à elle-même; régnant par la foi, au défaut des armes ; par la magnificence , au défaut de la foi; se montrant toujours, dans les phases diverses de sa fortune , avec cet appareil de grandeur dont le ciel, par une faveur spéciale, paraît avoir fait un des élémens de son existence. Pendant que la civilisation se répandait par degrés dans plusieurs états d'Italie , grâce à la libéralité des princes et aux instructions des bons écrivains , peu ou point de changemens se préparaient dans les autres parties de cette contrée. De toutes les monarchies, la piémontaise était assise sur les bases les plus solides. On n'y vit jamais, comme chez les autres, ni discorde dans la maison régnante, ni révolte de la part du peuple. Remontons aux sources de ce privilège ; nous les trouverons dans l'exercice modéré du pouvoir absolu. L'ambition des grands ne trouvait pas non plus matière à s'exercer. Le Piémont est situé entre la France et l'Autriche , et l'entreprise , même heureuse, d'un rebelle, n'aurait réussi qu'à le placer, aussi-bien que son pays, sous la dépendance de l'un de ces deux états. Point de succès possible pour les imitateurs d'un duc de Bragance; ajoutez

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