‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 25 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

à cela que les princes de Savoie commandant toujours leurs armées en personne, il ne pouvait s'élever un capitaine d'une assez haute réputation , je ne dirai pas pour détruire, mais pour balancer la puissance du roi. De cet état de choses, et de la force des armées, naquit l'admirable stabilité de la monarchie piémontaise. Il en résulta, en outre, une opinion générale et constante qui, se transmettant de génération en génération, assimila, en quelque sorte , cette monarchie aux républiques où les hommes changent, tandis que les maximes et les opinions restent les mêmes. Les anciennes institutions y furent donc maintenues, et les idées nouvelles y firent peu de progrès. Disons cependant qu'elles s'y montrèrent, quoique faibles, et qu'elles eurent pour objet principal la discipline ecclésiastique. En effet, Victor Amédée n ayant, par une mesure de haute sagesse, retiré 1 instruction publique aux jésuites, et pourvu l'université d'excellens professeurs, les maximes des défenseurs de l'antiquité chrétienne commencèrent à se répandre. Les trois bibliothécaires de l'université , Pasini , Berta et Pavesio , hommes très recommandables par leur savoir et leur piété, favorisèrent l'étude des ouvrages écrits d'après ces maximes, et Vaselli en emplit les bibliothèques du roi.

Victor Amédée, troisième du nom, monte sur le trône. Ce prince avait de la générosité dans le i. 4

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cœur, de la vivacité clans l'esprit, et une science peu commune du gouvernement; mais un amour extrême de gloire militaire nuisait à ses bonnes qualités. Il forma et entretint constamment une arme'e exorbitante ; épuisa le trésor , si florissant sous Charles Emmanuel son père ; communiqua au peuple son humeur belliqueuse ; concentra ses faveurs et toute la puissance sur les nobles qu'il admettait seuls aux grades d'officiers dans ses armées. Tout le monde voulait être Frédéric ou ressembler à ce roi de Prusse. Ce prince mérite sans doute d'immortels éloges pour avoir défendu son royaume contre l'Europe entière ; mais il fit beaucoup de mal néanmoins en propageant , par son exemple , une manie guerrière portée à l'excès, et en mettant sur pied d'innombrables soldats. Les autres souverains l'imitèrent par bizarrerie ou par nécessité ; vint ensuite la révolution française qui étendit encore ce système désastreux ; enfin parut Buonaparte qui dépassa toutes les bornes, et il ne manquerait plus à la malheureuse Europe, pour ressembler tout-à-fait à un pays de barbares, que de faire marcher aussi, à l'exemple des anciens Gaulois et des Goths , les vieillards , les femmes et les enfans. Non, point de liberté, point de finances, point de civilisation durable en Europe, si les princes ne se décident à réduire leurs immenses armées. Voilà les services rendus par Frédéric à l'humanité.

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