‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 2)Chapitre 27 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

monarchies du monde , celle du Piémont exceptée. Elle traversa beaucoup de siècles sans troubles; fut en butte aux attaques des nations les plus puissantes, des Turcs, des Allemands et c7es Français; se vit engagée dans des guerres atroces; se trouva sur le chemin des conquérans barhares , au milieu des révolutions des peuples; Reme ellemême dirigea contre elle toutes ses foudres; elle sortit saine et sauve de ces tourbillons politiques; et telle était la perfection de ses antiques lois^, telle était la profondeur des racines que le temps leur avait données, qu'elle n'eut pas même besoin d'en altérer le caractère. Je ne pense pas, quant à moi , qu'il ait jamais existé de gouvernement plus sage que celui de Venise , soit sous le rapport de sa propre conservation , soit sous le rapport du bonheur des sujets. C'est par cette raison qu'on n'y vit point de partis dangereux; par cette raison encore , que les opinions nouvelles n'y inspirèrent aucune crainte , attendu qu'elles y étaient sans crédit. Peut-être aussi ces opinions) étaient-elles sans crédit, parce qu'elles n'y inspiraient aucune crainte. La seule institution blâmable était celle des inquisiteurs d'état, à cause du secret des procédures, de l'arbitraire et de la cruauté des jugemens. Néanmoins , ce tribunal était plutôt un frein contre l'ambition des grands, qu'un moyen de tyrannie contre le peuple. Venise, d'ailleurs, n'est pas la seule qui ait eu de ces inquisiteurs; et les gouvernemens

à qui la loi n'en a pas accordé , les ont obtenus par l'abus. Après cela , je ne sais si c'est la pitié ou l'indignation que doivent exciter certains hommes qui ont tant crié contre l'inquisition de Venise, et qui s'en sont servis comme d'un instrument de mort contre cette république antique et sacrée. Du reste, la morale et l'humanité étaient en honneur à Venise ; mais une longue paix avait amolli les esprits. Les bonnes lois subsistaient toujours; mais les hommes forts manquaient à leur conservation. La puissance ottomane abaissée, les différends relatifs au duché de Milan et au royaume de Naples, terminés entre la France, l'Autriche et l'Espagne, la paix enfin, rendue à l'Italie, Venise déposa les armes, persuadée que la sagesse de son administration lui suffirait seule contre des périls encore éloignés. Mais il arriva des temps extraordinaires où la sagesse ne pouvait plus rien sans la force , contre des mouvemens dont la violence et le dérèglement devaient tromper tous les calculs. La prudence elle-même n'était plus qu'un objet de dérision, et vers 1789, Venise, estimée de tous, n'était redoutée de personne. Encore capable de résolutions sages, elle ne l'était plus de résolutions vigoureuses. L'édifice politique avait perdu son point d'appui , une première secousse devait entraîner ^sa chute.

Bien différente , sous ce rapport , de la république vénitienne , celle de Gênes avait conservé

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