LIVRE PREMIER. g
ses efforts et son influence , avait rendu la cour de Rome trop redoutable au dehors. Dans l'état de confusion où se trouvaient le profane et le sacré, les princes catholiques craignaient que de cette monarchie universelle spirituelle, qui reconnaissait pour chef le souverain pontife, ne naquît un jour, par le moyen des jésuites, partisans les plus actifs et les plus adroits de la cour de Rome, une espèce de monarchie universelle temporelle , où l'autorité du pape eût étouffé la leur. Le souverain pontife, Clément xiv, savait bien qu'en supprimant les jésuites, il se privait de sa meilleure milice ; mais il ne put résister aux sollicitations , < aux menaces même de tant de princes, connus par leur puissance , renommés pour leur piété , redoutables par leur union. Il balança long-temps, céda enfin, et bientôt après se repentit. De cette mesure, toutefois, sortit un résultat dont l'importance dépassa les calculs du pape et des princes eux-mêmes. Le premier ne s'était pas attendu à tant de sujets de crainte , les seconds à tant de motifs de satisfaction. Le parti populaire acquit plus de force dans le corps de l'Eglise. On parla de la ramener à son antique simplicité,, d'étendre l'autorité des évêques et des curés, de réduire celle du pontife suprême , de mettre un terme au luxe intolérable du clergé. On renouvela, en les exagérant, les plaintes élevées depuis si long-temps contre la cour de Rome. Les maximes de Port-
Royal se propagèrent, ceux qui les professaient acquirent une grande influence auprès du peuple ; et en effet, ils brillaient non par l'or, non par le faste extérieur", mais par leur science, l'austérité de leur vie, et une certaine simplicité de mœurs qui rappelait beaucoup les anciens temps évangéliques.
De telles dispositions plaisaient aux princes qui se souvenaient encore de la domination des jésuites et de la puissance de Rome. Ils se persuadaient qu'ils allaient jouir d'une plus grande autorité dans les affaires ecclésiastiques , si les évêques, toujours sous leur dépendance, étaient moins soumis à celle du pape. Ils croyaient enfin qu'en diminuant les prérogatives de Rome , ils assuraient leur propre indépendance.
Ces maximes, restrictives du pouvoir, favorables à la liberté, trouvaient les peuples tout disposés à les adopter, et jetaient des racines d'autant plus profondes. Ainsi se glissait peu à peu dans tous les membres du corps social, un seul et même esprit, sous le double rapport ecclésiastique et civil. Malgré tout, si le vœu d'une réforme était manifesté par le plus grand nombre, l'idée d'une révolution n'était venue à personne; point d'ambitions individuelles, chacun attendait du temps et de la sagesse des princes une modification nécessaire et désirée.
A propos de réforme, et pour parler des indi-