LIVRE PREMIER. 5g
merai alors que ceux de Venise, de Gênes, de Lucques et de Toscane étaient les meilleurs de tous les gcuvernemens.
Il en est un qui leur ressemble , si même il ne les surpasse en bonté. C'est celui de la république de Saint-Marin. Presque ignorée du monde, elle existe depuis douze siècles. Là, on pratique la vertu sans faste , la tranquillité est maintenue sans tyrannie , et le bonheur des uns n'est point un sujet de jalousie pour les autres. Là , on voit une noblesse dont la seule distinction est une naissance illustre. Point de droits outrageans , point de privilèges , point d'esprit de domination. Là, un peuple laborieux exerce son industrie au milieu de nobles connus par leur modératiou , et ne se montre ni inquiet, ni tvrannique. Heureuse situation où , l'ambition éteinte des deux côtés , il ne reste que les sentimens conservateurs de la société ! Les royaumes et les républiques s'écroulaient successivement avec fracas autour de Saint- Marin ; la guerre civile et la guerre étrangère se réunissaient pour la destruction des hommes ; du haut du mont Titan , leur séjour, les habitans de la petite république contemplèrent avec calme ces affreuses tempêtes; la paix n'eut point pour eux d'intervalles, tout le monde était et resta leur ami. L'ambition moderne a voulu s'introduire dans cette paisible retraite ; mais la tentative fut sans succès, ainsi que nous le dirons en
6o HISTOIRE D'ITALIE,
son lieu. D'anciennes et douces habitudes triomphèrent de la contagion générale. Le pouvoir souverain de la république réside dans un conseil de soixante, nommé primitivement par une assemblée composée de tous les chefs de famille, et qu'on appelait aringo : le conseil, depuis lors, se renouvela par lui-même , au fur et à mesure des vacances. Le pouvoir exécutif est attribué à deux consuls semestriels , que l'on nomme capitaines de la commune. Ces capitaines , dans les temps anciens, exerçaient aussi , à l'instar des consuls de Rome, une partie du pouvoir judiciaire; mais cette mission fut donnée dans la suite à des magistrats spéciaux , sous le nom de podestas, appelés de l'étranger par le conseil. Les capitaines conservèrent seulement les attributions de juge de paix. Les capitaines et les podestas sont sujets, pour les actes de leurs ministères, au syndicat, qui est le mode de la loi de responsabilité, imaginé par les Italiens pour la garantie des droits de tous. L'égalité civile fait le bonheur de Saint- Marin; de bonnes mœurs le conservent, sa pauvreté le sauve des étrangers. Il ne désire rien dans les autres , les autres ne désirent rien en lui , parce que les hommes vertueux ont le vice en horreur; que les esprits turbulens ne sentent point le prix de la tranquillité, et que la liberté est sans attrait pour les hommes corrompus. Le duc Hercule Renauld d'Esté régnait à Mo-