LIVRE PREMIER. j
n médiaire , j'ai quitté mon palais pontifical , u pour un pays qui m'est entièrement étranger ; « j'ai parcouru d'immenses contrées, traversé des « rocs escarpés , afin de vous éclairer par moi- « même sur les périls qui vous entourent , afin de « vous informer que le Christ n'a qu'une Église , « que cette Église n'a qu'un gouvernement, que a ce gouvernement n'a qu'un chef, d'où dérivent « tous les autres pouvoirs sur la terre ; et vous ne « souffrirez pas qu'il ne résulte aucun fruit de tant « de fatigues, d'un voyage entrepris avec tant de «solennité, d'exhortations si paternelles, et du « désir inquiet de tous les fidèles , dans une affaire (( d'un si haut intérêt. »
Ces motifs , puissans par eux-mêmes et fortifiés de toute la gravité du pontife, ne purent cependant détourner l'empereur de ses desseins. Le pape revint à Rome d'autant plus affligé, qu'il voyait le saint siège menacé de plus près par la tempête qu'il voulait conjurer. Le grand-duc Léopold était monté sur le trône de Toscane en ïj65. Ce prince , à qui l'on n'accordera jamais tant d'éloges qu'il n'en mérite encore davantage , montra ce que peuvent , pour le bonheur des peuples, les qualités de l'esprit , les vertus de l'âme et l'amour constant de l'humanité. Solon fit un gouvernement populaire et agité , Lycurgue un gouvernement populaire et grossier , Romulus un gouvernement militaire et conquérant, Léopold
i6 HISTOIRE D'ITALIE,
établit un gouvernement paisible , doux et pacifique, d'autant plus louable en accordant beaucoup, qu'il pouvait ne rien accorder. Que si l'on veut encore , comme on l'a déjà fait , accuser Léopold d'avoir par ses réformes donné naissance à la révolution française, je ne sais plus ce qu'il faut déplorer davantage, ou de l'aveuglement de certains hommes , ou du malheur des princes, plus souvent flattés pour le mal qu'ils font , que félicités pour le bien qu'ils opèrent. Avant Léopold , les lois de la Toscane étaient partiales, confuses, difficiles, inprévoyantes , attendu qu'elles avaient été faites en partie pendant les troubles et les dissensions de la république de Florence , et en partie refaites sous les anciennes ; mais sans concordance avec ces dernières qui subsistaient toujours. D'un autre còlè, il y en avait pour Florence, pour la Campagne, pour Pise, pour Sienne, peu ou point de générales. De là les incertitudes sur la juridiction, les contestations sur la compétence , les lenteurs de la procédure , le désistement forcé des pauvres, les délais arbitraires apportés par les riches; de là encore la facilité d'être injuste, la ruine des familles et les haines inévitables. Il y avait en outre cruauté ou insuffisance dans les lois criminelles, peu de faveur pour1 le commerce, oubli de l'agriculture, germes pestilentiels dans le sol, point de garantie pour les propriétés, misère dans les