‹ Histoire d'Italie, de 1789 à 1814 (volume 3)Chapitre 3 sur 6 · II · texte numérisé non relu

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des compagnies et des soldats avait détruit cet ensemble, qui seul peut introduire la régularité dans les opérations, et la discipline parmi les troupes. Impuissance chez l'infanterie, plus d'impuissance encore dans la cavalerie , principale force des armées autrichiennes, et dont la fleur avait été moissonnée à Mantoue; plus d'intelligence entre les généraux et les officiers, parce que, dans les momens d'eô'roi, chacun veut pourvoir à son salut particulier. De là le désordre, les récriminations , l'absence de toute harmonie. Cependant , malgré les rigueurs de la fortune et le découragement des esprits, l'armée reprenait confiance, en pensant qu'elle allait avoir à sa tête l'archiduc Charles, prince aimé de tous, et qui venait de donner, dans les guerres d'Allemagne , des preuves d'une habileté remarquable et d'une valeur peu commune. Néanmoins, après la perte de Mantoue, de sa plus belle cavalerie, celle de tant de batailles, l'Autriche ne pouvait penser à reconquérir ses possessions d'Italie; mais elle espérait arrêter les Français aux passages des Alpes, garantir ainsi le cœur de l'Allemagne, et mettre l'empereur en état, ou de résister avec avantage, ou de traiter avec honneur.

Les restes de l'armée vaincue étaient répartis dans le Trentiu , le pays de Feltre et la Marclie trevisane. Sa ligne s'étendait des montagnes de Bormio à l'embouchure de la Piave. Au commen-

cément de février, l'archiduc replia son armée sur la rive gauche du Tagliamento , et la distribua dans le Frioul et la Carinthie , laissant ti'ois corps en observation dans les positions primitives. Liptay, avec un de ces corps, occupait tout l'espace situé entre la frontière des Grisons et Salorno, place située à gauche de l'Adige sur le Lavis , et couvrait ainsi le Tyrol supérieur. Le second s'étendait depuis Salorno jusqu'à Feltra , à travers les montagnes qui séparent l'Adige de la Piave ; il obéissait à Lusignan , et avait en tête les intrépides guerriers de Masséna. Enfin le prince de Hohenzollern , avec sept mille hommes , gardait le pays de Feltre, occupant la rive gauche de la Piave -jusqu'à la mer. Informé que le plus grand effort de l'ennemi se ferait à Gorice, l'archiduc avait établi son quaitier-général à Udine , capitale du Frioul.

Le monde entier avait les yeux attachés sur ces deux fameux capitaines , égaux par l'âge et par la valeur, tous deux couverts de gloire, l'un par ses triomphes en Italie, l'autre par ses victoires en Allemagne. Mais si le courage et l'habileté brillaient d'un éclat pareil chez les deux rivaux, leur caractère n'en était pas moins différent. Leur position n'était pas non plus la même sous le rapport des événemens et des lieux. Dans l'un, audace et impétuosité ; dans l'autre, sang-froid et prudence; le premier, à la tête de légions victorieuses; le

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second, entouré de soldats vaincus; celui-là, soutenant ses armes par des appels à la révolte ; celui-ci, par l'antique loyauté. L'armée du républicain était supérieure; celle du prince moins puissante. A la victoire de Buonaparte était attaché le maintien de la domination française en Italie; aux succès de Charles, la conservation de la monarchie autrichienne, et sous ce rapport la partie n'était pas égale. D'un autre coté , les populations qui entouraient les deux armées étaient plus favorables au général autrichien, moins bien disposées pour le général français; de sorte que les derrières de l'armée impériale étaient plus assurés que ceux de l'armée républicaine. La retraite offrait des avantages à l'archiduc ; la victoire était une nécessité pour Buonaparte. Le plan de Napoléon ne pouvait donc pas êlre celui de Charles. La célérité convenait au premier; les délais valaient mieux pour le second. L'un perdait la partie s'il ne la gagnait pas sur-le-champ; l'autre la gagnait en la faisant traîner en longueur. Les deux jeunes rivaux se trouvaient ainsi, réciproquement, dans des circonstances analogues à leurs caractères, et ils auraient fait par inclination, ce qu'ils étaient obligés de faire par nécessité. Buonaparte résolut donc de se porter rapidement en avant, et de combattre son adversaire partout où iJ le rencontrerait, pendant que l'archiduc prit le parti de se retirer, de se fortifier aux passages, de couper la

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retraite à l'ennemi , et d'utiliser si bien à la fois, et ses troupes et les populations voisines, que les Français ne pussent compter sur aucun pays que sur celui où se trouverait leur armée. Une autre considération décidait l'archiduc : les renforts qu'il attendait du Rhin , de la Hongrie et des états héréditaires devaient bientôt arriver, mais ne l'étaient point encore. Reculer, c'était se rapprocher d'eux et grossir à chaque instant ses forces, pendant que celles de Buonaparte diminueraient en raison de la rapidité de sa marche , à cause des garnisons qu'il serait obligé de laisser derrière lui pour garder les routes du côté de l'Italie, d'où lui venaient des soldats et des munitions. C'était là une tactique savante ; mais Vienne montra moins de courage que son défenseur ne déploya d'habileté.

Le général français donna le premier le signal des batailles. Le lo mars, l'aile droite et le centre s'ébranlèrent à la fois. Son principal dessein était de se jeter au milieu de l'armée autrichienne , de sorte que l'aile droite fut séparée du reste. Pour y parvenir, il avait décidé que les plus grands coups seraient portés d'abord par le centre , réuni sur les rives de la Piave , et commandé par Masséna. 11 était évident, en effet, que la présence de Masséna, sur la Piave supérieure et dans le pays de Cadore, interrompait toute communication du Tyrol avec le Frioul. Ce premier

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succès obtenu, il devenait plus facile à Joubert de repousser les Impériaux jusqu'à l'entrée même de l'Allemagne, et de revenir ensuite, par les vallées du Puster et de la Drave , prendre part aux opérations ultérieures de Buonaparte. Masséna ne se fit pas attendre. A peine s' était- il ébranlé, que les Autrichiens, abandonnant les hauteurs du Cardevolo et les plaines qu'il domine, se retirèrent dans une forte position au-delà de Bellune , afin de tomber avec plus d'avantage sur l'etinemi, s'il voulait pénétrer dans la vallée de Cadore. Masséna se mit aussitôt à leur poursuite. En vain Lusignan se défendit avec la plus grande valeur, en vain il forma un bataillon serré qui chargea vigoureusement à la baïonnette pour se frayer un passage; accablé par des forces supérieures, il fut contraint de mettre bas les armes, et de se rendre avec tous les siens. Six cents Autrichiens et Lusignan lui-même tombèrent ainsi au pouvoir du vainqueur ; un plus grand nombre resta sur le champ de bataille. En même temps, Serrurier et Guyeux passaient la Piave à Vidoro et à Ospidaletto , s'emparaient de Conegliano et de Sacile, et marchaient vers le Tagliamento, torrent impétueux plutôt que fleuve ordinaire, dont l'archiduc avait garni les bords de tranchées et de batteries. De forts escadrons de cavalerie légère s'apprêtaient en outre à disputer le passage aux Français; mais c'étaient là de simples dé-

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monstrations pour retarder l'ennemi plutôt que pour l'arrêter; car les neiges n'étant pas encore fondues sur les hauteurs , le Tagliamento était guéable en beaucoup d'endroits. Aussi les Français , évitant les tranchées et l'artillerie, parvinrent-ils sans obstacle sur la rive gauche. Il y eut alors quelques charges de cavalerie très brillantes du côté des Autrichiens; mais leur infanterie ne résista que faiblement à la cavalerie républicaine , tandis que les premiers bataillons d'infanterie française qui passèrent le torrent, soutinrent bravement le choc vigoureux de la cavalerie impériale. La perte des Français fut légère , celle des Impériaux excéda six cents hommes morts ou prisonniers. Parmi ces derniers se trouva le général Schultz. Six pièces de canon tombèrent aussi au pouvoir du vainqueur.

Le Tagliamento franchi , Buonaparte , assuré sur sa gauche par la victoire de Masséna, qui de Cadore , traversant tout le pays entre les sources de la Piave et celles du Tagliamento , se portait à la hâte sur Ponteba, Buonaparte, disons-nous, envahit le Frioyl, chassant devant lui, du côté de Lisonzo, lés Autrichiens, qui d'ailleurs ne combattaient qu'avec réserve, et ne cherchaient pas à l'arrêter. Déjà il s'était rendu maître des forteresses de Palma-Nova et de Gradisca , déjà il était entré à Gorice ; ensuite, s'étendant sur la droite, il prenait possession de la ville et du

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port d& Trieste abandonne' de ses défenseurs ; puis, courant subitement à Hydria, il s'emparait de ces mines fécondes de vif-argent, moins riches toutefois qu'on ne le répandit alors. Opérant avec la même résolution sur la gauche, il prenait Cividale et marchait sur Chiavoretto pour favoriser l'entreprise de Masséna sur l'importante position de la Ponteba; vaste projet, comme on va le voir. En effet, Masséna une fois maître de Ponteba et de Tarvis, Buonaparte débordait le flanc droit de l'archiduc, le séparait de Rerpen et de Laudon , arrêtait la marche des renforts qui venaient du Rhin, et entrait peut-être à Clagenfurt sur la route de Vienne, avant le général autrichieti lui-même. A ce moyen encore, il assurait sa jonction avec Joubert qui devait arriver du Tyrol par la vallée de la Drave. Une partie de ce dessein réussit; la prévoyance et la célérité de son adversaire fît échouer l'autre.

Mais avant de retracer, les grands événemens qui suivirent , il est nécessaire de rapporter ce qui se passa dans le Tyrol , entre Joubert d'un côté , et Liptay, Kerpen et Laudon de l'autre. A peine informé des succès obtenus dans le Frioul , Joubert se mit en devoir d'exécuter l'entreprise dont Buonaparte lui avait confié l'exécution. Le ao mars, il passa le Lavis avec toutes ses troupes, malgré le feu soutenu des chasseurs tyroliens, attaqua Kerpen fortement retranché sur les hauteurs de Cembra,

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et fit ses dispositions pour le tourner sur la gauche par Cavriana. En même temps, Delmas et Baraguey d'Hilliers s'avançaient à droite sur la route de Bolzano. La défense fut vive, mais courte. Craignant d'être débordé par sa droite, Rerpen se replia promptement sur Saint-Michel ; assailli de nouveau par les Français , il continua son mouvement rétrograde jusqu'à Bolzano. Les Autrichiens souffrirent beaucoup dans ces divers engagemens , ils y perdirent environ trois mille hommes, morts, blessés ou pris. Après quelques autres combats et beaucoup de sang répandu , les Français entrèrent successivement a Salorno , à Peza et à Newmarket : toutes ces actions avaient lieu sur la rive gauche de l'Adige, et rendaient la position de Laudon très critique sur la rive droite. Les Français ne laissèrent pas échapper l'occasion, passèrent le fleuve à Salorno et à Newmarket , attaquèrent Laudon dans son camp de Tranen, le mirent en déroute, lui tuèrent beaucoup de monde, fjrent neuf cents prisonniers, et emmenèrent plusieurs pièces de canon. Cette défaite plaçait Laudon dans l'impossibilité de rejoindre Rerpen, et il n'avait plus de refuge que la vallée supérieure de Merano. Il s'y établit pour y attendre le moment où la fortune lui offrirait les • moyens de réparer son échec. Suivant le cours de leurs succès , les républicains tombèrent sur Rerpen, le délogèrent de la Chiusa où il s'était re-

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tranché , et le maltraitèrent si fort que, sans s'arrêter à Brixen , le général autrichien résolut de se retirer à Sterzing, position escarpée, difficile, entourée de défilés et de ravins , dans les montagnes du Brenner, presque au sommet des Alpes , à l'endroit où les eaux se divisent entre l'Inn et l'Adige; c'est le dernier rempart de l'Allemagne du côté de l'Italie. Les Français osèrent l'attaquer dans cette redoutable forteresse. La bataille fut sanglante et opiniâtre; mais les assaillans furent contraints d'abandonner l'entreprise, soit que l'obstacle fût insurmontable , soit, ce qui est plus probable, que leur intention fût d'effrayer l'ennemi plutôt que de passer outre. A la vérité, il eût été imprudent à Joubert de pousser jusqu'à Inspruck; ce n'était pas non plus l'intention de Buonaparte qui voulait avoir sous sa main cette division, bien loin de s'en séparer par de hautes et rapides montagnes. Joubert s'établit donc à Brixen , d'où il pouvait , à son gré , ou observer les événemens du Tyrol , ou se porter , par Brunecken et Toblach à Lintz, et de là jusqu'à Villach, pour se réunir à Buonaparte. Mais ce dessein, librement conçu, devint bientôt pour lui une mesure nécessaire. Laudon fit un appel aux Tyroliens, Kerpen l'imita , et le comte de Lerback , personnage d'une grande autorité dans cette province, les seconda par les exhortations les plus vives. Les belliqueux montagnards tressaillirent à ces accens,

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et se levèrent contre les oppresseurs de leur patrie. Ni le sexe ni l'âge ne furent invoqués comme excuse : les vieillards, les femmes et les enfans se saisissaient des armes que le hasard ou la fureur leur offrait , et s'apprêtaient à défendre leurs demeures antiques et chéries. Point de saison rigoureuse , de neiges amoncelées , de torrens impétueux , qui fussent capables de les arrêter. Le défaut de munitions de guerre ou de bouche n'était pas même un obstacle; et tel fut l'enthousiasme général, que dès les premiers jours d'avril, plus de vingt mille combattans faisaient retentir les vallées du bruit des armes et du cri des batailles. N'ignorant pas cependant que la multitude sans discipline est plus souvent une proie pour l'ennemi qu'un obstacle à ses progrès, les généraux autrichiens avaient organisé en bataillons cette masse tumultueuse, ayant soin d'y mêler quelques troupes régulières pour l'animer et la conduire. Ils fondaient de grandes espérances sur la coopération de ces nouveaux soldats. Familiers avec le pays, ils offraient en effet d'excellens tirailleurs, pouvaient mieux que d'autres tomber sur les détachemens égarés , couper les routes, se présenter à l'improviste sur les derrières, frapper de loin, s'embusquer sur les hauteurs, surprendre les bagages, intercepter les convois, harceler continuellement l'ennemi de front.

sur ses flancs et à dos , et multiplier autour de lui l'inquie'tude et les dangers.

Ces ardentes cohortes , quelques renforts de troupes re'gulières venues de l'armëe du Rhin, rendirent l'espoir à Rerpen et à Laudon. Ils résolurent de purger le Tyrol de la présence des républicains. Dans ce but , Laudon , qui avait dépeuplé la vallée de Merano et rangé les habitans sous ses enseignes, descendait menaçant de ces hauteurs escarpées, et allait battre l'estrade à moitié roule entre Brixen et Bolzano, pour fermer la retraite aux Français vers le bas Adige : son projet réussit. Il attaque vivement les avant-postes républicains, les repousse et s'empare de Bolzano. Encouragé par le succès , il remonte les rives de l'Adige , afin de se réunir à Kerpen , et de presser davantage Joubert qui se trouvait à Brixen, entre les deux corps ennemis. Il entre dans la Chiusa, puis dans Steben, les Français reculant toujours à mesure qu'il avançait. Déjà Brixen était menacé. Pendant ce temps, Kerpen agissait de son côté. Sorti de Sterzing avec ses Allemands et ses Tyroliens réunis, il avait aussi refoulé les républicains jusque sous les murs de Brixen, de sorte que Joubert , cerné de trois côtés , en avant par Rerpen, à gauche et en queue par Laudon , n'avait plus de retraite que sur la droite par la vallée du Puster, et ensuite par celle de la Drave jusqu'à

Villach. Ce général partit donc de Brixen le 5 avril , rompit le pont sur l'Eisack , pour arrêter Rerpen qui voulait le suivre , et arriva sain et sauf à Luiz où il rencontra quelques escadrons de cavalerie que Buonaparte avait envoyés à sa rencontre. Continuant ensuite sa route avec célérité par les rives de la Drave , et après avoir culbuté près l'Hôpital quelques nouvelles recrues qui voulaient lui disputer le passage , il efectua la jonction complète des deux armées à Villach . Cependant Laudon poursuivait ses avantages, chassait les Français vers le bas Adige, entrait victorieux à Trente et à Roveredo, et poussait ses reconnaissances sur les rives du lac, jusqu'à Torbole et Riva. Déjà le bruit des armes autrichiennes résonnait dans la plaine entre l'Adige et le Mincio ; déjà de notables effets s'en étaient suivis; les résultats auraient pu devenir immenses , si, dans ce moment suprême, l'empereur François eût montré plus de constance, le sénat de Venise plus de résolution. '

Le moment décisif approchait. Masséna était sur le point d'enlever à l'Autriche ses dernières défenses du côté de l'Italie. L'archiduc , appréciant toute l'importance de la position de Ponteba, avait recommandé à Ocskay, qui la gardait, de la défendre jusqu'à l'extrémité. Plein de confiance dans la valeur de ses soldats, il avait conçu le projet de tomber à l'improviste , avec des forces supérieures, sur Masséna, et de l'écraser avant que

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Buonaparte ait eu le temps de le secourir. Si le prince eût réussi , Buonaparte se fut trouvé dans la situation embarrassante où il voulait placer son adversaire; c'est-à-dire que l'aile droite républicaine aurait été séparée de l'aile gauche qui gardait le Tyrol. Quelques troupes de l'armée du Rhin étaient arrivées; le général autrichien les réunit, ordonna aux généraux Gontreuil et Bajalitsch de se porter franchement sur Tarvis , pour gagner ensuite Ponteba , et les suivit en personne avec une égale promptitude , amenant avec lui la grosse artillerie. La circonstance était grave, le moment fort critique; l'archiduc s'avançait comme au-devant d'une victoire assurée. Mais, pendant qu'il se berçait de cette flatteuse espérance , il reçut la funeste nouvelle qu'après une faible résistance à Ponteba , Ocskay s'était replié sur Tarvis , et que, vivement pressé par Masséna,il avait aussi abandonné cette place à l'ennemi, et s'était enfui du coté de Wurtzen. Le prince lui envoya l'ordre de faire volte-face, et de chasser les républicains de Tarvis ; il n'était plus temps ; le général autrichien, dans la rapidité de sa marche, était déjà parvenu à Wurtzen, c'est-à-dire trop loin pour être en mesure d'exécuter l'ordre de l'archiduc. Ce revers nòta rien au prince de son courage, et il se mit en devoir de réparer, à force de valeur, les fautes commises par la timidité. Il commanda aux généraux Gontreuil et Bajalitsch

de continuer leur marche , et de reprendre Tarvis à tout prix. Gontreuil, qui conduisait l'ayaiit-* garde, fît une si grande diligence , qu'après avoir Gl'anelli le col d'Ol^er-Preth, il surprit les républicains dans Tarvis , les eu chassa , et les poursuivit au-delà, jusqu'au village de Salfnitz. Si Bajalitsch fiât arrivé à temps, le succès de l'entreprise était complet. Mais, soit la difïiculté des lieux, soit la marche lente de l'artillerie qu'il voulait amener avec lui, il parut trop tard pour seconder l'opération. Dès le lendemain, 2Ò mars, Masséna rallia ses troupes, en appela de nouvelles, chargea Gontreuil avec des forces supérieures, d'abord à Salfnitz, puis à Tarvis, et reprit les deux positions sur les Impériaux. Ni l'extrême valeur de Gontreuil , ni le courage opiniâtre de ses soldats, ni la présence de l'archiduc lui-même qui s'était empressé d'accourir, et qui se montra dans cette bataille aussi vaillant guerrier qu'habile capitaine, rien ne put faire changer la fortune. Non seulement Gontreuil fut vaincu et blessé , mais sa défaite entraîna celle de Bajalitsch qui venait d'arriver. Masséna vainqueur se retourna contre cette seconde colonne , et l'attaqua sur les limites de Raibel, pendant que Guyeux, qui s'était emparé de la Chiusa de Plezzo , la chargeait lui-même sur ses derrières. Assaillie de tous côtés par un ennemi victorieux, exténuée de fatigue à la suite d'une miarche forcée à travers les montagnes^ et

sans espoir d'être secouru/e, la division autrichienne mit bas les armes et se rendit. Quatre généraux, quatre mille soldats , vingt-cinq pièces de canon , quatre cents voitures chargées de bagages et de munitions, tels furent les résultats éclatans des victoires de Tarvis et de Raibel, et les suites funestes de la molle résistance d'Ocslây à Ponteba : ainsi échoua la prudence et l'habileté de l'archiduc. L'attaque n'étant plus praticable, le général en chef autrichien dut se borner à la défense. Il s'agissait d'arrêter les progrès de l'ennemi; de donner le temps aux troupes de l'armée du Rhin d'arriver ; aux levées de Croatie, de Bosnie, d'Autriche et de Hongrie, celui de s'organiser; au camp de Neustadt celui de s'établir et de se fortifier. Pour arriver à ce but , l'archiduc plaça le général Seckendorf sur la route de Lajbach, afin d'assurer la Carniole et les rives de la Save, c'était là son aile gauche ; le général Mercantin prit position sur les bords de la Drave, et couvrait Clagenfurt, c'était le centre ; enfin le prince de Reuss et le général Reim , avec l'aile droite , se tenaient à San- Vito et dans la vallée de la Mure. De cette manière étaient gardés les trois passages principaux qui mènent de l'Italie dans le cœur de l'Autriche. L'archiduc espérait que ces préparatifs, l'arrivée prochaine des troupes de l'armée du Rhin, et le soulèvement général des populations environuantçs, donneraient à penser à Buonaparte, et

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ralentiraient son audace; mais, par amour de la gloire, peut-être aussi par l'espérance que l'opinion favorable à la paix se prononcerait plus énergiquement dans Vienne à mesure qu'il s'approcherait davantage , le général français voulut malgré tout que l'Allemagne retentît du bruit de ses armes; et bien loin de s'arrêter, fortifié d'ailleurs de toute la division de Joubert, il fit marcher en avant, et entra victorieux dans Villach , Leybach et Clagenfurt. Buonaparte n'avait donc plus à franchir , pour arriver sur les rives du Danube et sous les murs de Vienne, que la crête septentrionale des Alpes noriques, qui séparent la Drave de la Mure; faible obstacle, attendu la facilité des passages. La guerre d'Italie , qui n'était d'abord entrée que comme accessoire dans les desseins de la France, en devint tout à coup la partie fondamentale, à la suite de tant de victoires signalées. C'est ainsi que le directoire, qui voulait opprimer l'empereur du côté de l'Allemagne, en trouva les moyens du côté de la péninsule ; résultat ue le directoire lui-même, ni aucun gouvernement, ni personne au monde, excepté peut-être Buonaparte, n'aurait certainement cru ni probable , ni possible , quand on se battait encore, il y avait à peine une année dans la rivière de Ponant, sous l'humble rocher de Borghetto. Mais si les Autrichiens étaient braves , les Français étaient à la fois braves et impétueux. Les premiers faisaient la guerre

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