‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 92 sur 177 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

tion et à cause de tous les crimes énumérés dans cet acte; à cause des immolations, rapines, incendies, désolations, dommages de tontes sortes occasionnés par la guerre civile dont Charles Stuart est le fauteur, la cour prononce que ledit Charles "Stuart, en qualité de traître, de meurtrier, de tyran, d’ennemi public, subira la décapitation. »

Après cette sentence, dont je viens de donner l'extrait officiel, le lord président dit ; » La cour a été unanime. ■ Et tous les juges, en signe d’approbation, se levèrent comme un seul homme. Le roi, très-ferme dans cette extrémité, s’adressant à Bradshaw, dit : « Voulez-vous que j’ajoute une parole, monsieur? — Monsieur, reprit Bradshaw, vous ne pouvez parler après la sentence. — Avec votre permission, repartit Charles I", j’ai le droit de parler môme après la sentence ; avec votre permission, je vous dis que... Comment, on défend au roi de parler! Pensez quelle justice doivent espérer les autres! • (Procès de Charles avec les additions de Nalson.)

Le roi fut alors arraché de la barre où il était et placé dans sa chaise. Axtell battit les porteurs trop respectueux et les contraignit ainsi à se couvrir devant le prisonnier. Il exaspéra les soldats, qui poussèrent de nouveau ces cris féroces : Exécution ^ exécution i • Pauvres gens, soupira le roi, pour quelque ihonnaie ils en crieraient autant contre leurs chefs. « La chaise funèbre suivit les rues à travers une foule irritée, par groupes comine la soldatesque, mais d’où tomba aussi plus d’une larme, et d’où monta plus d’une prière pour le roi. Ce prince ne fut pas reconduit cette fois chez sir Robert Cotton; il fut reconduit à White-Hall dans sa chambre à coucher, toute pleine des souvenirs de sa femme et de ses enfants. Il réprima toute colère. Il ne maudit ni Cromwell, ni les généraux, ni les colonels de l’armée, ni môme sir Henry Mildmay, ni lord Mounson, ni John Danvers, ni Cornélius Holland, qui avaient été ses serviteurs avant d’être ses juges. Il les amnistia tous, tant le chrétien dans cette station à White-Hall dominait l'homme et le roi ! Cette douceur d'àme ne l’abandonna point à Saint-James, où il fut transféré après deux heures de repos à White-Hall. Saint-James ne fut plus pour lui qu’un oratoire. Il y reçut du

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prince de Galles une lettre datée de la Haye. Il répondit de vive voix et confidentiellement au messager, M. Seymour, et interdit sa porte, soit aux seigneurs, soit aux pasteurs qui pourraient se présenter. Le prince électeur, neveu du roi, le duc de Richmond, le marquis de Hertford et plusieurs autres vinrent en efifet. M. Herbert leur exprima l’intention du roi ; il l’exprima également aux ministres de l’Evangile, MM. Caryll, Vines, Calamy, Goodwin et leurs confrères. Le roi les remerciait tous de leur sentiment pour lui, mais il désirait passer les dernières heures ici-bas avec son pieux directeur, l’évêque Juxon ; il ne réservait quelques minutes de. ces heures que pour la princesse Élisabeth et le duc de Glocester,' les seuls de ses enfants qui fussent à Londres. Le 28 janvier s’écoula en un dialogue religieux du roi et de l’évêque, dialogue profond, mêlé d’élans humains et de textes évangéliques.

Le 29, les commissaires du supplice, Hardress Waller, Harrison, Deane et Okey, firent un rapport à la haute cour dans la chambre peinte. Sur ce rapport, l’exécution de Charles P*' fut fixée au lendemain 30 janvier. Un warrant pour la mort fut signé par soixante et un juges. Ce warrant était adressé au colonel Hacker, au colonel Huncks et- au lieutenant-colonel Phayre. Cromwell fut d’une activité fiévreuse. Il intimidait les lâches et il enflammait les tièdes. Il entre-oroisait de bouffonneries ces moments tragiques. Rien n’est plus pathétiquement curieux que le spécimen du warrant publié par la Société des antiquaires de Londres. L’érudition peut être plus saisissante que toute fiction, et ce document le prouve assez. Rà, plusieurs noms sont écrits très-nettement : ce sont les. noms des fanatiques et des braves. Beaucoup de noms, ceux des pusillanimes, soijt presque illisibles; leur main a hésité. Cromwell, en signant, noircit d’encre la figure de Henry Martyn, qui se vengea par la même plaisanterie. Le lieutenant général déterminait aussi les vacillants. Le colonel Ingoldsby, son parent, qui n’avait pas assisté aux séances de la haute cour, bien qu'il en fit partie, ayant pénétré fortuitement dans la chambre .peinte, le 29, alors qu’on signait le warrant, Cromwell dit qu’Ingoldsby signerait avec eux; et, malgré la résistance du colonel, le lieu-

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tenant général, aidé de quelques amis, fît asseoir Ingoldsby par manière de jeu, lui tint la plume dans les doigts et le força, sous sa pression, à signer réellement, feignant de rire et de badiner au milieu de cette violence terrible. •

Le même jour, et pendant ces stratagèmes, le roi recevait à Saint-James la princesse Elisabeth et le duc de Glocester, ses plus jeunes enfants. Sa femme, ses deux fils aînés, Charles et Jacques, la princesse Henriette-Marie, unie au prince d’Orange, et la princesse Henriette-Anne étaient au delà des mers, à la portée seulement de son cœur : il n’y avait à la portée de ses bras que la petite princesse Élisabeth et le petit prince de Glocester. Il les y pressa et leur distribua des diamants qu’il avait envoyé chercher, la veille , chez une dame par son fidèle sir Thomas Herbert. Cette dame, mistriss Weeler, à la vue d’une bague du roi, remit à Herbert un coffret scellé du sceau des Stuarts. C’est dans cette boite qu’étaient renfermés les diamants de Charles I", pour la plupart des Saint-George et des jarretières brisées. Le roi les avait montrés, le matin du 29, à M. Herbert et à l’évêque Juxon en rompant un triple cachet. « Voilà, leur avait dit Sa Majesté, le peu que le sort me laisse à transmettre. » Après avoir livré cette pauvre succession à ses enfants, il prit sur ses genoux la princesse Élisabeth et lui dit : « Ne t’afflige pas trop, ma fille, à cause de ma mort ; car cette mort est glorieuse. Je la subis pour avoir fait mon devoir de roi. Lis les sermons de l’évêque Andrews, la politique ecclésiastique de Hooker et le livre de Laud sur le jésuite Fisher, afin de t’affermir contre le papisme. Dis à tous les nôtres qu’ils doivent pardonner à mes ennemis comme je leur ai pardonné moimême. Dis particulièrement à ta mère que mes pensées ont toujours été avec elle, et que mon amour sera le même jusqu’à mon dernier souffle. » Prenant ensuite le petit duc aussi sur ses genoux, Charles 1“ lui dit : “ Mon fils, ceux qui auront coupé la tète à ton père voTudront peut-être te sacrer roi ; mais n’accepte pas la couronne, tes frères Charles et Jacques, tes aînés, seront en vie. Je t’ordonne de ne jamais te laisser taire roi par l’armée. — Plutôt me laisser mettre en pièces, » répondit le petit prince tout ému.

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Le roi fut charmé de cette réponse. Il retint longtemps encore ses enfants serrés contre sa poitrine, leur prodiguant les caresses, suppliant Dieu de les bénir comme il les bénissait, songeant sans doute à leur mère, attendri par elle absente autant que par eux présents, n’oubliant pas non plus ses autres enfants, évoquant toute sa famille, l'enveloppant dans une intime affection de mari et de père ! Enfin, le roi s’arracha à la princesse Élisabeth et au petit prince de Glocester. Il les congédia dans les larmes et dans les baisers. Resté seul avec l'évèque Juxon et avec M. Herbert, il se précipita à genoux, pleura et pria dans le sein de Dieu, le seul consolateur, quand il n’y a plus de consolation.

Ce jour- là (29), Juxon prêcha le roi et lui administra la communion. L’ évêque se retira fort tard, et le roi continua ses oraisons, après avoir recommandé an prélat de revenir le plus tdt possible, le lendemain. Sir Thomas Herbert coucha cette der^ nière nuit qui précéda le dernier jour, sur un matelas, près du lit de Charles 1". La lampe accoutumée brûlait dans la chambre. 11 était quatre heures du matin quand le roi se réveilla et réveilla M. Herbert. Il n’entendit pas, comme l’ont faussement assuré Clément Walker et Hume, le bruit des ouvriers qui dressaient l’échafaud funèbre. Non; car l’échafaud s’élevaità White-Hall, et le roi était à Saint-James. Il eut bien assez des détresses réelles, sans en ajouter d’imaginaires. Sur lea quatre heures du matin donc, le roi tira ses rideaux et, en robe de chambre, pria une heure près du feu, avant de convier sir Thomas Herbert à l’habiller. Vers les cinq heures, il lui dit r a Je veux être paré aujourd'hui comme un marié; peignez-moi et accommodez-moi avec plus de soin qu’à l’ordinaire. • II choisit lui-même ses habits et dit : • Herbert, il me faudraii ime seconde chemise; car dans une telle saison, je ponrraix {^embler de froid, et les spectateurs abusés croiraient que c’est de peur. »

Juxon arriva bientôt. Le* roi l’accueillit avec joie. Il remit à sir Thomas Herbert une Bible pour le prince de Galles, a Je souhaite, dit Sa Majesté, que mon fils soit toiÿours respectueux et tendre pour sa mère, affectionné pour ses frères et

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ses sœurs, et je souhaite de plus que tous lui obéissent comme à leur roi. Ce que je souhaite beaucoup aussi, c’est que Charles lise souvent cette Bible que j’ai tant lue moi- même. ■ Le roi remit encore à M. Herbert, pour le duc d’York, son cadran solaire d’argent en forme d’anneau, pour la princesse Elisabeth, pour le duc de Glocester et pour le comte de Lindsey différents livres qui avaient appartenu à Sa Majesté, enfin sa montre d’or pour la duchesse de Richmond.

L’évêque lut ensuite le vingt-septième chapitre de l'Évangile de saint Matthieu, où il est dit : •• Ils l’ont maltraité par haine, et ils ont crucifié leur roi. " Charles supposa que le prélat avait choisi ce chapitre pour lui en faire l’application; mais lorsqu’il sut que c’était l’évangile du jour, il se découvrit en disant : > Je rends grâces à Dieu de ce que cela se rencontre ainsi. »

Il se détacha dans une longue méditation de toutes les séductions de ce monde, et, sortant de cette préoccupation religieuse, il dit d’un ton qui n’aurait pas déplu à Buckingham et qui révélait le cavalier sous le saint : - Maintenant, que les coquins viennent (Mém. de Warnick, p. 294) ; je suis indulgent même pour eux et résigné. - A cet instant, le colonel Hacker entra et dit au roi, avec éinotion, que c’était l’heure d’aller à White- Hall. « Bien, monsieur, répondit froidement le prince, je vais vous rejoindre. ■ Hacker sortit, et Charles, étreignant la main de Juxon, dit : » Partons! » Il ordonna à M. Herbert de décrocher sa montre d’argent, et il s’achemina vers White-Hall par les jardins. Il s’enquit en route de l’heure auprès de M. Herbert, qui consulta la montre d’argent : elle marquait dix heures et quelques minutes. Le roi demanda la montre, et, l’ayant consultée à son tour, il la rendit à son bon serviteur en disant : > Gardez-la en mémoire de moi, Herbert. <•

Crom'well, le même matin, était dans la chambre que Harrison occupait à White-Hall ; Hacker, Huncks et Phagre, Axtell, Ireton et Harrison y étaient aussi. Le lieutenant général voulut obliger Huncks à écrire et à signer l’ordre au bourreau. Huncks refusa obstinément, et Crom'nrell, dans une impatience fébrile, rédigea lui-même l'ordre qu’il litsignerau colonel Hacker.

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Ce n’est qu'après cette scène que Hacker avait rangé les troupes en haie, du parc de White-Hall aux jardins de Saint- James, où passa le roi. Hacker marchait en avant, derrière une compagnie de hallebardiers. Le roi venait à peu de distance de Hacker, et avait à sa droite l’évêque Juxon, à sa gauche le colonel Thomlinson, qui lui adoucit la prison et auquel il donna son étui d’or à cure-dents. M. Herbert suivait' le roi et était suivi d’une seconde compagnie de hallebardiers.

Ce fut ainsi que le roi gagna' l’escalier de White-Hall et sa chambre à coucher. Il s’y assit dans un recueillement de plus en plus religieux. Vers midi, Juxon l’engagea très-affectueusement à ne pas aborder l’échafaud sans s’être fortifié d’un peu ^ de nourriture. Le roi, qui avait d’abord refusé, céda; il mangea un peu de pain et but un verre de vin que lui apporta M. Her- " bert, auquel le roi dit qu’il mettrait son^bonnetde nuit de soie*' pour le supplice. M. Herbert l’alla chercher et le confia à l’évêque. Le colonel Hacker ne tarda pas. A ce dernier signal, le confesseur et le serviteur tombèrent à genoux en gémissant. Le^, roi leur tendit sa main à baiser, releva le prélat en cheveuxf blancs et s’avança sur les traces du colonel Hacker, le long de” ^ la galerie et de la salle des banquets, entre deux files de soldat^, parmi lesquels, ce jour-là, il n’y eut pas.un insulteur. L’une clesit fenêtres de cette salle des festins avait été refaite de plain-pied( * avec l’échafaud adossé contre la muraille de White-Hall. Le roi alla donc droit à cet échafaud par la fenêtre de la salle des banquets. Plusieurs régiments d’infanterie et de cavalerie séparaient du peuple Charles I®*", et ce ne fut qu’aux officiers de son escorte , surtout à l’évêque Juxon et au colonel Thomlinson*, leè plus proches de lui, qu’il adressa son discours. v

M Messieurs, je ne puis être entendu que de vous, et nâÉr moins je parlerai afin de confesser nion innocence et de me . faire connaître à tous pour, un honnête homme, un bon roi et un bon chrétien. / , t *

« Et d’abord ce n’est pas moi qui ai pris l’initiative ’dêln. guerre avec les deux chambres. Le parlement m’a enlevé la mî4hi lice qui m’appartenait. Tout le mal est venu de là. Cependant^

quoique irréprochable, dans la guerre dont je ne suis point

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l'auteur, comme on l'a dit, Dieu me punit justement à cause d'une stiitence inique à laquelle j'ai adhéré autrefois (la sentence ^u comte de Strafford).

■ Je vous ai affirmé mon innocence d'homme. Faut-il vous prouver que je suis un bon chrétien? j’ai pardonné à tous mes ennemis. Faut-il vous prouver aussi que je suis un bon roi? je meurs martyr du peuple dont j’ai voulu non la participation au gouvernement, mais la liberté sage. Un peu plus de temps me serait nécessaire pour manifester ma conscience. Vous m'excuserez, messieurs; je finis en priant Dieu pour l’Eglise, pour le royaume et pour vous. »

L’évèque Juxon reprit alors et dit au roi : » Sire, bien que vos sentiments soient connus, il serait désirable que Votre Majesté dit quelque chose de sa foi, pour l’édification du monde. — Je vous remercie, milord, repartit le roi, de n’avoir pas oublié ce que j’oubliais. Je déclare devant vous tous que j’ai vécu et que j’expirerai en chrétien, selon les croyances et la liturgie de la communion anglicane. " Quelqu’un s’étant approché de ta hache, le roi dit : « Prenez garde à la hache, ne gâtez pas la hache : elle serait moins tranchante et me ferait plus de mal, » songeant peut-être confusément à Marie Stuart, son aïeule, que le bourreau n’avait pu décapiter d’un seul coup. Charles I®'’ dit ensuite à l’exécuteur ; •< Je ferai une courte prière, et quand j’étendrai les mains... mais pas avant. » 11 se coiffa de son bonnet de soie que lui présenta Juxon, et il permit à l’exécuteur de relever sous ce bonnet ses cheveux parfumés par Herbert. 11 dit à l’évêque de Londres : « J’ai pour moi une bonne cause et un Dieu clément. — Oui, dit Juxon. vous n’avez plus qu’un degré à franchir, un degré douloureux, mais sublime, qui vous soulève au ciel. — Je vais échanger, dit le roi, une couronne corruptible contre une couronne incorruptible. » Il ôta son manteau et son Saint-Georges gravé sur un onyx et brillant sur chacune des deux faces de vingt et un diamants^ Ce^Saint- Georges que le prélat devait transférer au prince de Galles en lui recommandant de pardonner, à l’exemple de son père, le roi le portait toujours. 11 le remit à l’évêque et lui dit : <• Souvenez-vous, liemember, » faisant allusion à la mission du prélat • is

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auprès de son fils. <• Le billot est-il ferme? dit encore le roi à l’exécuteur. — Oui, sire. — Quand j'étendrai les mftns, reprit de nouveau le roi, alors... » Charles, se jetant à |enoux, plaça sa tète sur le billot. Tandis que dans cette posture il priait, le bourreau lui ayant touché les cheveux pour les mieux disposer sous le bonnet, le roi lui dit vivement : • Attends le signal. — Je l’attendrai, sire, dit l’exécuteur. •• Il ne l’attendit pas longtemps. Le roi étendit les mains, et le bourreau de White-Hail, plus adroit que celui de Fotheringay, abattit d'un seul coup la tête de Cliarles I®^. A côté du bourreau, l'exécuteur masqué, il y avait un autre homme masqué.^ Cet autre homme mystérieux saisit par les cheveux la tète du roi, et, la montrant au peuple, il s'écria : « C'est la tète d’un traître 1 ■ Le peuple frémit à cette exclamation comme il avait frissonné au coup de hache, et il se dispersa entre les évolutions de deux compagnies de cavalerie dont l'une balayait la foule de King’s-Street vers Charing-Cross, et l’autre de Charing-Cross vers King’s-Street.

Les groupes s'entretenaient de ces deux hommes masqués. Les uns prétendaient que ces hommes étaient Hugh Peters et Joyce; d'autres que c’étaient le major Rolfe et un fermier des environs de Huntingdon, un voisin de Cromwell. Ce qu'il y a de plus probable est ce qu'il y a de plus simple, et c'est ce dont on s’est le moins avisé. L’exécuteur le plus vraisemblable de Charles 1*" fut, je crois, Richard Brandon, le bourreau ordinaire, qui habitait la petite rue du Romarin dans la Cité. Il avait pour aide un marchand fripier, son ami, et il mourut cinq mois ■ après le roi, vers le 20 juin 1649. « Pourquoi alors, dit-on, se masqua-t-il, puisqu'il était le bourreau? » Sans doute pour se mettre à l’abri des vengeances que pouvait lui susciter la qualité de sa victime. Et cette supposition même, je le reconnais, ne saurait être imposée. Je l’adopte en convenant qu’elle est une conjecture sans certitude absolue, mais en ajoutant quelle est la plus raisonnable de toutes.

L'évèque de Londres, Juxon, qui avait si courageusement assisté le roi dans les heures suprêmes, et sir Thomas Herbert, qui ne l’avait pas quitté un instant depuis le château de

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