‹ Histoire d'Oliver Cromwell Par J.M. DargaudChapitre 93 sur 177 · UN'RE SIXIÈME · texte numérisé non relu

UN'RE SIXIÈME

Holmsby, ces deux compagnons, ces deux anges des agonies de Charles ensevelirent dans une bière recouverte de velours noir le corps et la tète du tragique prince. « Ils le firent transférer dans les petits appartements pour l'embaumer. En passant dans la grande galerie, ils rencontrèrent par hasard le général Fairfax, qui demanda à M. Herbert comment se portait le roi. M. Herbert trouva bien étrange cette question qui semblait prouver que le général ignorait ce qui venait d’arriver. Il avait, toute cette matinée, ainsi qu'il le faisait souvent, employé son pouvoir et son influence à obtenir que l’exécution fût différ.ée de quelques jours... très-résolu à se servir de son propre régiment pour empêcher la mort du roi, ou au moins pour la retarder jusqu'à ce qu’il eût organisé dans les troupes un parti prêt à seconder ses projets. Mais le 30 janvier, le général était en prière ou en conversation avec des officiers de l'armée, chez le colonel Harrison , qui avait une chambre à l’extrémité do cette galerie dont la vue donnait sur le jardin réservé. M. Herbert ayant satisfait à la question du général, celui-ci montra la plus grande surprise.

« L’évêque Juxon et M. Herbert , en continuant d'avancer dans la galerie, trouvèrent un autre officier général, Cromwell; il savait, lui, ce qui s'était accompli, car il Leur dît qu'ils recevraient bienWt des ordres pour que les funérailles du roi fussent faites promptement. ••

Charles l", embaumé avec soin et placé dans un cercueil de plomb, fut reporté àSaint-James. M. Herbert, qui n'avait jamais entendu le roi exprimer un vœu sur le lieu de son enteirement, pensa de lui-même à la chapelle de Henri VII, située sous les voûtes orientale.^ de Westminster. Cette chapelle, où reposent le roi Jacques I'’’ et Marie Stuart, le père et la gi'and'mère de Charles I®', fut interdite à sir Thomas Herbert, à cause du dauger rl’un concours de curieux et de partisans vers une telle abbaye. On craignit que la douleur ne devînt séditieuse. M. Herbert alors sollicita et obtint du parlement l'autorisation d'inlmmer Charles !“■ à W'^indsor, dans la chajielle de Saint- Georges. Le 7 février 11349, la bière fut transportée de Saint- James sur un char de velours noir traîné par six chevaux

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

drapés aussi de noir. Quatre voitures suivaient avec douze personnes en deuil. Le duc de Richmond, le marquis de Hertford , le ciSrate de Southampton , le comte de Lindsey et l’évèque de Londres se rendirent, en outre, chacun de son côté, à Windsor. Réunis dans la chapelle de Saint- Georges, ils décidèrent que le roi serait déposé au fond du caveau de Henri VIII et de Jeanne Seymour, vers le milieu du chœur. • Cette lugubre cérémonie fut profanée par l’intervention du gouverneur de Windsor, le colonel Whitchcott. Il contrista tous les amis du roi, et il contrista encore les amis de la liberté de conscience, en s'opposant à l’évêque Juxon, qui souhaitait de répandre sur les dépouilles mortelles de son maître les dernières prières, selon le rituel anglican. Le gouverneur invoqua, pour se justifier de cette rigueur, la liturgie décrétée par le parlement. Excuse banale qui cachait une servilité, et que les hommes officiels de tous les temps peuvent admettre, mais que flétrit la postérité.

La tendre imagination de sir Thomas Herbert , le Clerv de Charles I"', a fait luire du moins un rayon merveilleux sur ce sépulcre , d’où le colonel Whitchcott avait écarté les formules d’adoration chères au roi décapité. D’abord, le cercueil avait été déposé dans la chambre à coucher du roi, puis dans la .salle Saint-Georges. Lorsqu’on l’accompagna au caveau de la chapelle, le ciel, jusque-là très-bleu, s'obscurcit soudain et neigea sur le velours de la bière, de sorte qu’avant d’atteindre son abri , gothique, cette bière , de noire qu’elle était, fut d’une blancheur de lis. Herbert vit dans ce trouble de la nature un miracle de Dieu , et dans cette transformation du cercueil un symbole de l’innocence du roi. C’est ainsi, dit-il avec la plus saisissante des poésies, la poésie du cœur, que Charles I" arriva tout blanc à son tombeau !

C’est à ce moment de pitié , de stupéfaction et d’horreur qu’apparut VEikôn Basilxkè, le livre que le monde crut du roi. Ce fut une explosion de regret, de désolation, de désespoir. Le roi sortit de cette explosion avec l’auréole du martyre. On l’invoqua ," on l’intercéda comme un saint. Ce livre fut un miracle. Il ne renversa pas la Révolution, mais il sema

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