‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 102 sur 217 · LH^RE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LH^RE SIXIÈME

tenant général, aidé de quelques amis, fit asseoir Ingoldsby par manière de jeu, lui tint la plume dans les doigts et le força, sous sa pression, à signer réellement, feignant de rire et de badiner au milieu de cette violence terrible.

Le même jour, et pendant ces stratagèmes, le roi recevait à Saint-James la princesse Élisabeth et le duc de Glocester, ses plus jeunes enfants. Sa femme, ses deux fils . aînés, Charles et Jacques, la princesse Henriette-Marie, unie au prince d’Orange, et la princesse Henriette-Anne étaient au delà des mers, à la portée seulement de son cœur : il n’y avait à la portée de ses bras que la petite princesse Elisabeth et le petit prince de Glocester. Il les y pressa et leur distribua des diamants qu’il avait envoyé chercher, la veille, chez une dame par son fidèle sir Thomas Herbert. Cette dame, mistriss Weeler, à la vue d’une bague du roi, remit à Herbert un cofiret scellé du sceau des Stuarts. C’est dans cette boîte qu’étaient renfermés les diamants de Charles pour la plupart des Saint-George et des jarretières brisées. Le roi les avait montrés, le matin du 29, à M. Herbert et à l’évêque Juxon en rompant un triple cachet. « Voilà, leur avait dit Sa Majesté, le peu que le sort me laisse à transmettre. »» Après avoir livré cette pauvre succession à ses enfants, il prit sur ses genoux la princesse Élisabeth et lui dit : « Ne t’afflige pas trop, ma fille, à cause de ma mort ; car cette mort est glorieuse. Je la subis pour avoir fait mon devoir de roi. Lis les sermons de l’évêque Andrews, la politique ecclésiastique de Hooker et le livre de Laud sur le jésuite Fisher, afin de t’affermir contre le papisme. Dis à tous les nôtres qu’ils doivent pardonner à mes ennemis comme je leur ai pardonné moimême. Dis particulièrement à ta mère que mes pensées ont toujours été avec elle, et que mon amour sera le même jusqu’à mon dernier souffle. » Prenant ensuite le petit duc aussi sur ses genoux, Charles 1®*“ lui dit : ** Mon fils, ceux qui auront coupé la tête à ton père voudront peut-être te sacrer roi ; mais n’accepte pas la couronne, tes frères Charles et Jacques, tes aînés, seront en vie. Je t’ordonne de ne jamais te laisser faire roi par l’armée. — Plutôt me laisser mettre en pièces, » répondit le petit prince tout ému.

, Le roi. fut charmé de cette réponse. 11 retint longtemps eur core ses enfants serrés contre sa poitrine, leur prodiguant les caresses, suppliant Dieu de les bénir, comme il les bénissait, songeant sans doute à leur mère, attendri par elle absente aa?:

tant que par eux présents, n'oubliant pas non. plus ses autres

enfants, évoquant toutetsa famille,, l'enveloppant dans une in? time affection de mari et de père ! Enfin; le roi s’arracha à la princesse Élisabeth, et au petit prince de Glocester. Il les conr gédia dans les larmes et dans les baisers. Resté seul avec l’évèque Juxon et avec. M. Herbert,, il se précipita à. genoux, pleura et pria dans le sein de Dieu,, le seul consolateur, quand il n'y a plus de consolation.

Ce jour-là ^29), Juxon prêcha le roi et lui administra la corn? munion. L’évèque se retira fort tard, et le roi continua ses orai» sons, après avoir recommandé au prélat de. revenir le plus tôt possible, le lendemain.. Sir Thomas Herbert , coucha cette dernièi*e nuit qui précéda le dernier jour, sur un matel^, près du lit de Charles I". La lampe, accoutumée brûlait dans la chambre. Il était quatre heures du matin quand- le roi se réveilla et réveilla M. Herbert. Il n'entendit p^> comme l’ont faussement assuré Clément Walker et Hume,, le bruit des ouvriers qui dressaient l’échafaud funèbre. aSon; car l'échafaud s'élevait à White-Hall, et le roi était à Saint-James. H eut bien assez des détresses réelles, sans en ajouter d'imagin^es. Sur les quatre heures du matin donc, le roi tira ses rideaux et, en robe de chambre, pria une heure près du feu,, avant de convier sir Thomas Herbert à l'habiller. Vers les cinq, heures, il lui dit :

Je veux être paré aujourd’hui comme un marié ;,peignez-moi et accommodêz-moi avec- plus de spin. qdà. l’ordinaire. » Il choisit lui-même ses habits et. dit,: «-Herbert, il me faudrait une seconde chemise;, car ^dans une telle sai^n, , je pourrais trembler de froid, et les spectateurs, abusés croiraient que c’est de peur. . ■■ ■=■ ■'; i. ■

Juxon arriva bientôt.,!^ roi l'accueillit avec,iOte., H remit à sir Thomas Herbert une Bible pour le prince.de .Galles, « Je souhaite, dit ^ Majesté,,, que mon fils soit toujours respect tueux et tendre pour sa mère, affectionné. pour, ses frères et

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