‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 109 sur 217 · LITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LITRE SIXIÈME

en déroulant le terrible combat de la sensibilité palpitante et du principe inflexible. Elle est le poëme de la vérité, le plus intéressant de tous les poëmes. *♦

La révolution était légitime. Charles quoique protestant, avait adopté les idolâtries, les costumes, la hiérarchie et les momeries de Laud. Cela n’était pas le papisme, mais cela y ressemblait. Le roi avait blessé les mœurs et violé les lois de l’Angleterre. Il avait supprimé les parlements, usurpé le pouvoir absolu, levé des taxes arbitraires, frappé des amendes, condamné iniquement, emprisonné, ruiné son peuple. Il avait éveillé une défiance incurable. Il avait manqué à sa parole, à ses serments. Comment croire en lui sans puérilité ou sans servilité? Il ne pouvait plus proposer la sanction d’une Pétition des droits y après l’avoir si odieusement déchirée. Il avait trompé incessamment et sur tout, sur l’impôt, sur la constitution, sur la religion, sur la souveraineté. C’était la faute de sa situation, disent ses partisans; je dis, moi, que c’était encore plus la faute de son âme. C’est précisément dans les situations ambiguës que les âmes droites sont nécessaires. Au lieu de tout aggraver et de tout perdre, souvent elles rectifient tout et sauvent tout. Tel n’était pas le roi. Sous l’humilité du chrétien et sous la gravité du monarque perçait en lui l’insolence du cavalier. Scrupuleux sur l’épiscopat, qu’il regardait comme d’iistitution évangélique, et sur la milice, c’est-à-dire sur l’armée, qu’il regardait comme d’institution royale, minutieux sur toutes les choses qu’il aimait, il était coulant sur toutes celles qu’il n’aimait pas, bien qu’il les eût garanties. Il n’était jamais sûr. Il trahissait ses engagements à la manière des jésuites, avec des réserves mentales. Quoique très-assidu et même très-ponctuel aux exercices du culte, sa piété ne déracina jamais son caractère panique.

Les malheurs de Charles ainsi que ceux des révolutionnaires, n’effacent pas les erreurs et les crimes. Seulement la pitié atténue le blâme. Dieu lui-mème doit éprouver cela, et c’est ce qui transforme sa justice en miséricorde. Il ne fait nulle acception de rang, ni de secte, ce grand Dieu, lui qui ne voit dans l’homme que l’homme, lui qui entend le battement

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

des cœurs avant le mouvement des lèvres et pour qui toutes les religions n’ont qu’une réalité, la conscience. Quand donc Charles le roi anglican, l’invoqua du fond de ses angoisses, il répondit comme il avait répondu à Hampden le presbytérien, comme il répondra à Henri Vane le millénaire, à Hutchinson l’indépendant, à Algernon Sidney le théiste. Voilà quelle est l’équité de Dieu, quelle devrait être l’équité des tribunaux politiques dans les révolutions, et quelle sera du moins réquité de l’historien. Cependant les infortunes ne seront pas des absolutions. Ces infortunes me touchent beaucoup ; mais elles éveillent la commisération sans désarmer en moi l’impartialité.

Si les maux naissaient de la révolution , la liberté en naissait avec eux, et c’était le bien suprême. Charles avait provoqué et démuselé cette révolution qui gronde toujours aux profondeurs des sociétés. Il eut toujours une intrigue ouverte, soit avec l’Irlande, soit avec l’Ecosse, sans être ni papiste ni presbytérien. Ce qu’il fut avec autant de zèle que de constance, — c’est anglican. Il mêlait à sa foi des exagérations inutiles qu’il imposait et ne se souciait pas de déplaire. Lui qui avait le respect de toutes les convenances et le dégoût de tous les cynismes, lui qui était fait pour les actions nobles et pour le langage pur, il choisit pour favori l’effronté Buckingham ! Laud et Strafford furent ses conseillers de superstition et de tyrannie. La reine Henriette leur succéda et n’inspira pas mieux Charles I". Que devait-il à sa compagne? La sécurité du catholicisme pour elle et pour les serviteurs qui l’entouraient. Mais cela né suffisait pas à cette princesse, qui était loin d’avoir, comme le prétendaient les flatteurs , l’esprit de son père Henri IV. Il ne lui fallait pas que la tolérance pour elle et les siens; il lui fallait des titres, de l’argent, des places pour les papistes. Le roi accordait sans mesure; il froissait un peuple sectaire et jaloux, afin de contenter une reine étourdie.

Toutes les complaisances de Charles I®*’, tous ses entêtements et toutes ses catastrophes eurent leur source première dans une idée fausse, le droit divin, idée fatale, qu’il avait reçue de son père, de l’éducation, de l’orgueil dynastique, et qui le

Page 1