‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 11 sur 217 · UVRE PREMIER · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER

A Cantorbery, le roi servit la reine à souper. Il lui offrit du faisan et du pâté de chevreuil. Bien que ce fût un vendredi et malgré les recommandations du père Saiicy, son confesseur ordinaire, la reine mangea le gibier de Charles. Ces complaisances-là ne durèrent guère. Le 26, le couple royal quitta Cantorbery, et Charles mena Henriette à Londres par la Tamise. Il amarra sa barque à Somerset-House, qui fut assigné à la reine comme son palais particul|er.

Elle fut mécontente de la froideur de Charles, de l’arrogance de Buckingham, qui lui conseilla, si elle prétendait à être heureuse , d’être d’abord gaie pour le roi et docile pour lui, en adoptant comme dames privilégiées sa nièce, sa sœur et sa femme. La reine n’était pas seulement déchue de sa liberté française, mais de son élégance parisienne. A Withehall, dit Richelieu {Mém.f année 1625), « elle eut pour lit de parade un de ceux de la reine Elisabeth, qui était si antique de forme, que les plus vieux ne se souvenaient pas d’en avoir jamais vu la mode de leur temps. *»

Malgré les apparences , Charles d’Angleterre fut attiré vers Henriette de France. Ce qui le prouve , c’est que Buckingham mort, il la chérira plus que tout et plus que tous. Buckingham seul était avant elle dans son cœur. Pour elle, on peut se rassurer : elle en préférera d’autres , singulièrement un autre au roi. Mais je ne veux pas anticiper : l’histoire doit .se raconter, juger et intéresser à mesure.

Buckingham, lui, dès ces premiers moments, cédait à son humeur. Il persécuta les catholiques pour montrer à la reine sa puissance, au parlement son zèle. Il n’était pas non plus fâché de triompher de Henriette, en s’attirant à son détriment toutes les bonnes grâces du roi. Déjà même, il avait le projet de chasser les serviteurs français de la reine pour 3' substituer des Anglais et des Anglaises, ses parents et ses parentes, ses espions et ses créatures. Il ne se refusait aucun arbitraire. Les courtisans murmuraient tout bas, les patriotes se plaignaient tout haut, et le fou du feu roi, Archie, qui connaissait les excentricités despotiques du favori, disait : « Mon fils Buckin-

HISTOIRE d’olivier CROWELL

gham est ivre ; il fait comme mon père Jacques, lequel ne mettait jamais d’eau dans son vin. >»

La jeune reine était fort séduisante. Le roi avait vingt-cinq ans, elle en avait seize. Charles, timide et beau, recouvrait de noblesse sa médiocrité naturelle. Il avait d’ailleurs des manières accomplies, et Marie Stuart l’aurait nommé son petit-fils. Elle en aurait été fière. Henriette avait un peu amoindri le roi ; moins imposante que Charles, elle était passionnée, mobile, légère, aveuglément cathÔlique. Cette fille de Henri IV avait de son père la vivacité gasconne et le courage héroïque, mais elle ne jouait pas comme lui avec Dieu. Elle était sincère et violente dans sa foi. Son front était charmant sous les cheveux fins qui le bordaient en haut et qui descendaient en boucles de toutes parts, selon la mode de la cour de Louis XHL Les yeux de la reine étaient spirituels et un peu défiants. Sa bouche était dédaigneuse et toute sa figure frémissante. On comprend à cette physionomie, où plus tard l’horreur apparaîtra sous les grâces, que Henriette de France est déjà en pays hérétique.

Elle y était, il est vrai, bien accompagnée. Elle amenait avec elle Pierre de Bémlle, le fondateur des Carmélites et de l’Oratoire. Ce savant théologien était entouré de douze disciples de son ordre auxquels se mêlèrent les franciscains et les jésuites, et les ambassadeurs secrets, et les nonces officiels du pape, pour entretenir la ferveur de Henriette. Urbain VIII, un Barberirii, parrain de la reine, espérait tout d’elle pour effacer le schisme et pour reconquérir l’Angleterre. Son guide le meilleur et le plus écouté était le cardinal de Bérulle, ferme et doux, son confesseur, après avoir été celui de la reine mère, l’ami de saint François de Salles, l’admirateur du cardinal de Richelieu qu’il croyait trop mondain, mais nécessaire à cause de ses talents transcendants et de son dévouement à l’Etat.

Dans les premiers mois de son mariage, la jeune reine relisait souvent l’instruction que sa mère Marie de Médicis avait écrite pour elle-même sous la dictée du cardinal de Richelieu ou plutôt du père de Bérulle. Cette instruction, exagérée dans l’application par l’ardeur même de Henriette de France, expliquera bien des conjonctures et en donnera le sens intime.

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