‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 12 sur 217 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

« Vous n’avez plus que Dieu pour père, dit Marie de

Médicis à sa fille. Le feu roi votre père (Henri IV) a desja passé, et n’est icy bas qu’un peu de poudre et de cendre cachée à nos yeux.

« Souvenez-vous que vous estes fille de l’Eglise, que c’est la première et principalle qualité que vous ayez et que vous aurez jamais... Rendez grâce à Dieu chaque jour de ce qu’il vous a fait chrestienne et catholique... Vous estes petite-fille de saint Louis... Soyez à son exemple ferme et zêllée en la religion. Fréquentez les sacrements qui sont la vraye nourriture des bonnes âmes et communiez les premiers dimanches des mois, toutes les festes de notre Seigneur Jesus-Christ et celles de sa sainte mère, à laquelle je vous exhorte d’avoir une dévotion particulière.

•* Ayez soing de protéger envers le roi, votre mari, les catholiques... Après Dieu, votre premier debvoir est à ce prince votre époux... Prenez auprès de luy d’aultant moins d’autorité en apparence que plus il se portera par sa bonté à vous en accorder en effect. Votre estude doit estre de l’aymer et honorer et non pas de regner... Vous lui debvez encore une autre sorte d’amour, c’est un amour chrestien... Par cette saincte afiection, priez chaque jour et faicte prier Dieu extraordinairement pour luy, à ce qu’il daigne le tirer à la vérité, à la religion en laquelle et pour laquelle mesme est morte sa grand mère (Marie Stuart) ; c’est un soing quelle a dans le ciel pour son petit-fils et ce doibt estre votre ardent désir en la terre.

« Votre qualité de reine vous lie à l’Angleterre .et partout vous debvez désormais en considérer les intérêts, et parce qu’un des principaux est d’estre inséparablement amie avec ce royaume (la France) à qui cette union importe égallement, vous est obligé de vous rendre le lien et le ciment de ces deux couronnes et contribuer tout ce que vous pourrez à leur bien mutuel : il vous sera d’aultant plus aysé de satisfaire en ce point aux prescriptions de votre naissance et de votre mariage que vous n’aurez qu’à suivre votre inclination et la bonté et l’intelligence qui est entre deux roys, dont l’un est votre frère et l’autre votre mary. »

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

La vraie pensée du cardinal est là. Ce qu’il désirait surtout, c’était d’avoir à Londres dans la sœur de Louis XIII un charmant oracle qu’il ferait parler à l’oreille de Charles I®^, de telle sorte qu’il gouvernerait des deux côtés du détroit par insinuation seulement. A l’aide de cette combinaison, il espé-* rait devenir, lui qui était le roi d’un roi, le roi de deux rois.

Mais cette partie de son instruction ne fut pas celle qui s’imposa le plus à Henriette de France. Elle songea surtout à protéger le catholicisme et le pouvoir absolu. Double et sinistre antagonisme contre l’Angleterre qui était dévouée à la liberté, au protestantisme, et qui serait prête à tout pour triompher des agresseurs quels qu’ils fussent !

Le malheur de Charles est dans deux goûts exclusifs. Son âme est tout entière à la reine et surtout à Buckingham. Lui, le roi , qui est appelé à gouverner un peuple schismatique et orgueilleux, de qui s'inspirera-t-il? D’une princesse follement orthodoxe et d’un favori aussi insolent que frivole. Comment ne pas prévoir de loin les catastrophes? Cette jeune reine opinitâtre, avec la petite Eglise qui l’attendra dans ses arrierecabinets, en costumes noirs, au delà de la fête de la cour dorée, et ce baladin élégant de Buckingham, toujours cupide et toujours ambitieux, avec ses brigues diverses de concussion et d’opposition, voilà une double cause d’impopularité flagrante pour Charles. Une troisième cause d'impopularité, indépendamment de ses idées rétrogrades, était une cause toute personnelle. Il avait beaucoup de hauteur et de roideur, moins peut-être dans le caractère que dans l’attitude. Sa morgue venait surtout de son embarras. Il était fier et morose • par défaut d’ouverture de cœur, de spontanéité d’esprit, et aussi pour ne pas ressembler à son père, dont les habitudes familières, les vêtements négligés et débraillés le révoltaient. Ce roi Jacques aimait le vin, la chasse et les bouffonneries. Il ne se contraignait pas, et l'étiquette souffrait en lui. Ce n’est pas certes qu’il oubliât sa royauté, mais il oubliait sa dignité privée et quelquefois toute décence. Il ne se lavait presque jamais les mains, se contentant de les essuyer avec un linge mouillé. Il

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