‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 111 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Portrait du roi. — Publication de VEikiSn Basilikè. — Réponse de Milton. — Apologie du régicide. — parlement supprime la pairie, abolit la royauté, 6 férrier 1649.

— Exécution du duc de Hamilton et de lord Capel, 9 mars. — Les niveleurs. — Lilbume. — Le parlement d’Êdimburgh proclame roi Charles II. — Expédition de Cromwell en Irlande. — Prise et sao de Tredagh. — Retour de Cromwell en Angleterre. — Sa résidence à Cockpit. — So famille. — Levée de Montrose en Écosse, mars 1650. — Rencontre avec David Lesley. — Sa mort. — Charles II. — Son débarquement en Écosse. — Cromwell général en chef en Écosse, juin 1650.

— Combat de Dunbar, 3 septembre 1650. — Reddition du château d’Édimburgh, 24 décembre 1650. — Couronnement de Charles II à Scone, 1"’ janvier 1651. — Son entrée en Angleterre. — Bataille de Woreester, 3 septembre. — Fuite de Cbarle.s II, ses aventures. — Son débarquement à Fécamp. — Ilenriette d’Angleterre en France.

Charles le petit-fils de Marie Stuart, était beau et brave comme elle, mais, comme elle, marqué d’un signe fatal. Il est plus imposant et moins vivant, moins spirituel, moins passionné que sa grand’mère. Ce qu’il eut autant qu’elle et plus que tous les autres de sa race, pourtant si exquise, c’est la distinction.

Charles I*^est le grand seigneur accompli, si accompli, qu’il devient un type, le type de l’aristocratie. Pour le retracer, il me suffit d’évoquer quelques-uns des quatre-vingts portraits de lui que je connais, ou même un seul qui les résume, mais qui ne les surpasse pas tous, le portrait peint par Van Dyck et que tout le monde a contemplé au Louvre.

Voyez ce promeneur. C’est un lord et un roi, un roi de naissance, celui-là. Il va remonter à cheval. Il en est descendu un instant pour mieux regarder un parc et un château. Si Marie Stuart l'apercevait, elle tressaillirait d’aise. Elle, si humiliée

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

dans Jacques, eût été fière de Charles. Van Dyck a été un courtisan sublime, parce qu’il l’a été avec génie. Il a beaucoup flatté le roi, mais sans le travestir.

L’attitude et le costume de Charles sont incomparables. Il a des bottes de cuir parfumé à éperons d’or et l’épée au cûté. Une de ses mains est appuyée sur sa hanche et l’autre sur un jonc. Le prince porte un pourpoint très-court, des manchettes de dentelles, une fraise rabattue, de longs cheveux et un large chapeau souple sur l’oreille. Le visage est sérieux et souverainement noble. Le front est élevé, le nez délicat, la bouche façonnée aux banalités. Le menton et les lèvres sont ombragés d’une barbe en flèche et d’une moustache élégante. Les yeux vagues semblent un peu vides de pensées. Ce portrait du Louvre exprime la dignité et la courtoisie chevaleresques, tandis que les autres expriment pour la plupart la tristesse, une tristesse suprême. On dirait, à les scruter successivement, que cette tète sous la couronne a le pressentiment du billot.

Charles est le premier des lords. Il a de l’honneur, de la piété, une supériorité d’éducation, de manières, je ne sais quoi de royal même dans une certaine nullité. C’est le gentilhomme et jusqu’à un certain point le Christ des princes, mais c’est le gentilhomme sans les grands talents, c’est le Christ sans la sainteté, avec ses propres fautes et les fautes innombrables de ses amis, dont quelques-uns ont des vertus idiotes non moins que des iniquités.

Cependant, au milieu de ce trouble des cœurs où le drame régicide de White-Hall avait jeté l’Angleterre, \ Eïkon Basilikè faisait son chemin. Il eut cinquante éditions dans l’année. On l’attribuait sans contestation à Charles I®^ Ce livre était rempli jusqu*aux bords de mansuétude comme une urne de l’Évangile. L’oraison funèbre de César prononcée par Antoine et la robe sanglante du dictateur agitée devant le peuple n’étaient pas plus périlleuses pour la république romaine que ne l'était pour la république d’Angleterre le poison àeV Eihon Basilikè, ce poison qui s’insinuait doucement dans les âmes et qui, par la pitié, pour le roi, excitait l’horreur contre la révolution. Milton essaya de répondre à ce pamphlet profond, à ce discours intérieur qui

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