‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 113 sur 217 · LIVRE SEITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEITIÈME

Le secret pourtant ne fut découvert que longtemps après, sous la Restauration.

En 1686, lord Anglesey laissa à ses héritiers une bibliothèque où Ton trouva un exemplaire de YEikôn Basilikh avec cette note de l’écriture du noble lord :

** Le roi Charles II et le duc d’Yopk, à qui je montrais, durant la dernière session du parlement, en 1675, une copie de ce livre où se rencontrent quelques corrections et changements de la propre main du roi Charles I®^, m’ont tous deux assuré’ que ce n’était point une composition du feu roi, mais l’ouvrage du docteur Gauden, évêque d’Exeter; ce que j’insère ici pour détromper les autres sur ce point par cette attestation. »>

Une seconde confirmation, non moins précieuse, ressort'd’une. lettre du grand comte de Clarendon. Gauden, à la Restauration, . prétendait qu’ayant écrit en roi il devait être récompensé en roi. » Il demandait qu’un supplément de cinq cents livres sterling de revenu fût ajouté à son évêché. Le comte, avec cette amère et farouche humeür qui était son génie, faisant allusion à Y Eikôn BasiliMy et , ricochant sur deux adversaires , répondait à l’évêque d’Exeter tout en admettant sa pétition : — Le*

fait dont vous me parlez m’a été effectivement confié comme un secret; je suis fâché de l’avoir jamais su, et, lorsqu’il cessera d’être un secret , cela ne fera plaisir à personne qu’à M. Milton. » Mot à deux tranchants, aiguisé de mépris contre Gauden et de haine contre le poëte du Paradis perdul Mot qui, dans sa férocité, reconnaissait la sagacité de Milton, lequel n’avait point été dupe de la comédie pathétique subie encoreplus qu’exploitée par le parti royaliste, à l’occasion de YEikôn Basilike.

Ce n’est pas tout; non content d’avoir dissipé la fausse auréole de YEikôn Basilikè autour de la tête sanglante de Charles I", Milton répondit encore à Saumaise. Ce savant prodigieux avait été salarié par Charles II pour flétrir le meurtre de Charles I*^ Il reçut en courtisan l’argent du roi et il attaqua la révolution d’Angleterre en pédant. Son plaidoyer mercenaire ne fut pas seulement bizarre, il fut ridicule. Au lieu t démontrer en historien que Charles I*' n’avait jamais été un *

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

tyran, il s’efforça de prouver en érudit l’irresponsabilité des tyrans depuis Néron. Rien ne fut plus facile à Milton que de battre Saumaise, à la grande joie de Cromwell, mais il se blessa dans la lutte. Il anima d’un immense et puissant talent, qu’il mêla trop de déclamation, la justification du régicide. Il se félicita, si vive était sa passion, d’user, dans ce travail sacré, sa vue déjà bien affaiblie. Il exalta le couperet de Brandon, le bourreau de Londres, comme la Bible bénit le couteau de Samuel. Il fut le publiciste de la hache.

C’est là un acte dans la vie de Milton que je ne saurais absoudre. Ce n’est pas une tache de sang, car Milton ne fut point un des juges de Charles P**. Il ne participa en aucune sorte à l’arrêt. L’exécution tragique était accomplie, la tête royale avait roulé sur l’échafaud, lorsque Milton prit la parole pour couvrir le jugement de son approbation. Ainsi, ce n’est pas une tache de sang, mais c’est une tache d’encre non moins ineffaçable. La maxime perverse est môme, peut-être, plus funeste que l’action criminelle. L’action s’évanouit dans un point de l’espace et du temps, la maxime persiste dans tous les âges et chez tous les peuples. Eternelle et universelle corruption des âmes, la mauvaise maxime déprave sans cesse et partout ; sans cesse et partout elle conseille de nouveiiux forfaits.

L’intention de Milton, en défendant le régicide, était de défendre la révolution. Qu’importe? Il ne faut pas gâter les belles causes par des sophismes. Sans doute la personne de Charles B' n’était plus inviolable. La querelle s'était envenimée. Personne ne pensait plus à la constitution antérieure; tous étaient possédés par la colère. Le régicide fut une sentence passionnée. N’est-ce pas alors une raison de plus, surtout si l’on est un homme de génie et un grand cœur, pour ne pas acquitter le régicide.

Vous, Milton, vous avez dit : — Charles I*' était un en-

nemi public; le parlement a bien agi en le condamnant à mort. "

Plus tard, en France, dans un autre drame royal, le conventionnel Ferry s’écriera : « — Hercule ne s’amusait pas à faire un procès en forme aux brigands; il en purgeait la

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