‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 116 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

ment d’Angleterre, supprima la pairie (6 février 1649). Elle abolit la royauté (7 février). Elle s’empara du pouvoir souverain et fut tout désormais. Elle créa un pouvoir exécutif qui fut appelé conseil d’État. La durée d’un an lui fut assignée ; Fairfax et Cromwell furent du nombre des quarante et un membres qui le composèrent. Le serment des conseillers d’État impliquait d’abord l’approbation soit du régicide, soit du renversement de la pairie et de la monarchie. Cromwell et dixhuit autres membres le prêtèrent ; Fairfax et vingt et un autres membres le refusèrent. Il y eut un compromis , et le schisme s’éteignit dans une réconciliation. Un nouveau serment ne stipula que la fidélité au parlement et obtint l’unanimité. Ce parlement, réduit de cinq cents députés à quatre-vingts, n’en était pas moins le maître de l’Angleterre, Son grand capitaine était Cromwell ; ses citoyens intègres étaient les colonels Ludlow et Hutchinson; ses jurisconsultes, Bradshaw et Saint- John ; son marin , Robert Blake ; son diplomate, Whitelocke ; son visionnaire, Harrison, et son orateur Henri Vane.

Les prisonniers royalistes les plus illustres étaient le duc de Hamilton, Goring comte de Norwich, le comte de Holland, lord Capel et sir John Owen. Ils furent jugés par une haute cour, instituée pour les crimes de trahison. Cette cour les voua tous les cinq à l’échafaud. Dans un mouvement d’indulgence, elle décida pourtant que le parlement prononcerait en dernier ressort. Cette réserve ouvrit le cœur des prévenus et de leurs familles à l’espérance. Lady Capel et lady Holland, suivies d’une procession de suppliantes , demandèrent la grâce de leurs maris, mais en vain. Le comte de Holland fut condamné, et le comte de Norwich absous à une seule voix. Sir John Owen, soutenu par le colonel Hutchinson, fut épargné. Le duc de Hamilton et lord Capel furent frappés de la peine capitale à l’unanimité et exécutés le 9 mars.

Le duc de Hamilton avait été méconnu par Charles T®*". Ce duc, le plus grand des seigneurs écossais, aurait voulu servir les Stuarts sans trahir le presbytérianisme. Montrose, qui aspirait au pouvoir absolu du roi, l’emporta sur Hamilton. Le duc fut sacrifié et incarcéré. En 1649, il ne se vengea de

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Charles I*' qu’en levant pour lui une armée de 20,000 hommes. Après la bataille de Preston, il paya -de la vie sa .témérité. Il mourut bien. Il y eut dans son attitude et dans son courage une sorte de grandeur ^héraldique. Ni à Preston en livrant son épée, ni à Londres en livrant sa tète, il n’oublia une minute qu’il était un Hamilton. Son honneur était pour ainsi dire collectif. Il songeait à ses pères et à ses enfants. Il n’était pas seulement un noble, il était presque un homme dynastique. Il eut sur le front, en l’inclinant sous la hache, le rayon de sa race.

Lord Capel était un héros antique avec une âme chevaleresque. Cromwell fit de lui un éloge qui donna d’abord quelque espérance : on peusa qu’il allait soutenir la supplique de lady Capel. Mais non; après avoir célébré le généreux lord, il déclara qu’il faisait violence à son estime, et il l’abandonna. 4* Car, dit-il, de prévenu est un si habile et si persévérant ami des Stuarts , qu’il serait , à cause môme de sa vertu, le plus redoutable des ennemis de la république d’Angleterre. ** Il conclut au billot. Lord Capel y posa son cou en Romain féodal, avec une abnégation stoïque, sans chapelain ni pasteur, comme s’il lui suffisait de sa fidélité et de sa piété pour aller seul k Dieu et au roi dans l’éternité.

Les rigueurs mêmes témoignaient» aux yeux de la foule, de la souveraineté du parlement. Le sceau en témoigna aussi ; il fut changé. Au lieu de l’effigie du roi , il porta d’un côté le dessin de la chambre des communes, et de l’autre côté une croix et une harpe , les armes de l’Angleterre et de l’Irlande, avec cette inscription : Dieu avec nous. Il manquait à ce sceau le chardon d'Écosse.

L’un des grands embarras du gouvernement , concentré dans le parlement et dans le conseil d’État en 1649, fut le parti des niveleurs. Ce parti, composé de socialistes qui voulaient la subversion des >propriétés, et d’honnêtes gens qui voulaient l’application des lois pour tous, sans privilège pour personne, ce parti, dans son ensemble, était turbulent et anarchique. John Lilburne en était le chef et le martyr. Il avait été emprisonné avec les fers aux pieds et aux mains , lié au pilori et fouetté de

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