‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 117 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

cinq cents coups de cordes nouées, depuis la .prison de la flotte jusqu’à Westminster. Délivré par ordre du parlement, il était devenu colonel dans l’armée, et avait publié des pamphlets innombrables contre tous les gouvernements, contre Cromwell aussi bien que contre Charles j^ais dompté, tovgours aPr dent pour l’égalité et pour la théorie d’une justice universelle. Il aimait l’équité, en effet, et il aimait encore plus la discussion. « S’il n’y avait plus que lui au monde , disait Henri Martyn, l’un des régicides du parlement, John disputerait contre Lilburne et Lilburne contre John. » John Lilburne disait, lui aussi, des indépendants en général et de Cromwell en particulier : « Ils ne cherchent qu’à régner, tandis que les niveleurs ne demandent qu’à n’être pas opprimés. » Il avait refusé d’ôtre l’un des juges du roi ; il blâma le procès des comtes de Holland et de Goring, d’Oweu, de lord Capel et du duc de Hamilton. Il en maudit les suites tragiques.

Lilburne fut condamné , acquitté , proscrit à plusieurs reprises. Il multiplia les pamphlets. Ses amis et lui attaquèrent Ireton et même Harrison. Ils insinuèrent que le conseil d’Etat n’était qu’un instrument docile à Cromwell, et que ce dictateur organisait, par le despotisme de ses créatures, son propre despotisme. Les niveleurs et le chef des niveleurs ne réclamaient rien moins que la perfection. Lilburne, Prince , Walvis et Overton furent enfermés à la Tour de Londres. Leur popularité s’accrut, et celle de Lilburne eut la poésie d’une légende • Les ouvriers, les apprentis, les enfants et les femmes chantaient avec passion :

« John Lilburne est un hardi compagnon; il sait ce qu’il doit faire ; il ne veut flatter ni roi, ni évêques, ni lords, ni chambre des communes.

“ Il ne veut, le brave John, ni privilège ni pouvoir, excepté celui qui vient de Sion. Quant aux mitres et à la couronne, il les regarde de travers. »»

Cromwell ne s’inquiéta jamais beaucoup des niveleurs. Il fut néanmoins énergique à l’occasion. Il se contentait, d’ailleurs, du milieu de ce grand courant national où il s’orientait , de surveiller les niveleurs du peuple par le conseil d’Etat, tout ejfi

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

surveillant par lui-même ceux de l’armée. Ces niveleurs militaires étaient les plus redoutables. Ils firent des émeutes dans plusrieurs comtés. Fairfax et Cromwell les réprimèrent. Un dragon , un cornette et deux caporaux furent passés par les armes , après quoi tout rentra dans l’ordre en apparence.

Des nuages s’accumulèrent en Écosse et en Irlande.

Le lendemain du jour où fut connue l’exécution de Charles I®^ le chancelier et les députés du parlement d’Edimbourg proclamèrent Charles II roi, sous la condition qu’il donnerait son adhésion au covenant, c’est-à-dire à la ligue par le presbytérianisme. L’Irlande ne fut pas en retard de dévouement. Elle s’offrit comme une Vendée à Charles II.

L’Angleterre s’émut. On s’y souvenait des massacres du commencement de la révolution. Les soldats et les citoyens désiraient à Londres que ces massacres subis par les protestants en Irlande fussent vengés. Cromwell fut nommé général d’une expédition qui répondrait à cette ancienne Saint-Barthélemy par une Saint-Barthélemy nouvelle, qui rougirait de sang papiste la verte Erin, submergée en 1641 de sang calviniste. Telle était l’intention féroce de cette guerre.

Avant de s’éloigner de White-Hall, Cromwell invoqua les bénédictions du seigneur Sabaoth. Il partit de Londres avec cent mille livres sterling. Il était escorté de quatre-vingts jeunes gens de qualité, ses gardes du corps. Il avait un carrosse à six chevaux, et tous les grands dignitaires de l’État formaient sa suite. A Windsor, il changea de voiture et s’achemina en poste vers Milford-Haven, rendez-vous de la flotte et de son armée.

Cromwell n’était pas encore embarqué lorsque, le 2 août 1649, le colonel Michel Jones, assiégé dans Dublin par le marquis d’Oxmond, fit une sortie si vigoureuse qu’il mit en déroute les Irlandais. Artillerie, tentes, drapeaux tombèrent en son pouvoir. Il prit deux mille hommes et quatre mille livres sterling. Le marquis d’Oxmond, qui s’amusait à une partie de cartes, et qui, par dédain, voulut la continuer, malgré les premiers coups de feu, eut beaucoup de peine à s’échapper. Cette défaite eut un grand retentissement à la petite cour de Charles II. Les uns

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