‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 119 sur 217 · LIVRE SEPTlè.ME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTlè.ME

Aussi le pariement et le conseil d’État, qui destinaient Cromwell à la guerre d’Écosse, lui assignèrent-ils, à son retour d’Irlande, le Cockpit pour demeure avec les parcs de Saint-James et de Spring-Garden. De la sorte, le lord lieutenant fut logé dans cette partie du palais de White-Hall où Henri VIII se donnait le plaisir des combats de coqs. Ces appartements avaient été rendus dignes d'un prince par les embellissements en galeries, en tableaux, en splendeurs de tout genre que les deux derniers règnes y avaient ajoutés.

Cromwell s’installa donc au Cockpit avec sa mère, sa femme et ses enfants. Cette famille de parvenus était une famille privilégiée en réserve, une dynastie de la gloire. Le lord lieutenant goûta là un moment de repos.

La mère de Cromwell, qu'eût effrayée White-Hall, s’apprivoisait au Cockpit, ou, comme on disait encore,* au 'poulailler. Cette dépendance du palais lui plaisait à cause du nom modeste qui lui rappelait ses habitudes champêtres. La mère du lord lieutenant était une belle vieille femme dont la sévérité puritaine et rustique n’était pas sans majesté.

La compagne de Cromwell est très-noble dans ses portraits, malgré ses origines. Il y a en elle un fond de simplicité qui rappelle Élisabeth Bourchier, la fille du riche marchand; mais cette simplicité est devenue élégante à cette époque de sa vie. Lady Cromwell a des cheveux blonds qui glissent le long des tempes et dont les boucles roulent jusque sur son sein. Son front est harmonieux, Son nez finement aquilin ; ses lèvres sont fortes, un peu sensuelles, et ses yeux brillants s’ouvrent sans étonnement à toutes les grandeurs. Elle est si fière de son mari que cette fierté lui donne le cœur d’une reine. Elle passe avec facilité de sa maison au Cockpit ; elle passerait à White-Hall. Elle pense sincèrement qu’Olivier Cromwell, en la tirant de la boutique paternelle, lui a donné droit à tous les palais. Elle aime les résidences de la royauté pour elle et pour ses enfants. Ne sont-ils pas les enfants et n’est-elle pas la femme de Cromwell? Dans son opinion bien naturelle, le génie de son mari est toute une légitimité et vaut mieux qu’une tradition’ séculaire.

JB56 HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Le lord lieutenant, lui, à cette époque, est d’une tragique originalité. Lè tourment de sa physionomie est religieux autant que politique, et Dieu ne le préoccupe pas moins que le peuple. Et avec cela, Cromwell avait une dignité, une force, une grâce, une séduction tout à fait en harmonie avec le pouvoir souverain. Il était le premier entre tous. La nature, si ce n’est la naissance, en avait créé un roi, plus qu’un roi, — un grand homme.

Richard, son fils aîné, était moitié bourgeois, moitié fermier, incapable de rien d’héroïque. Ce Richard ne tenait ni de son père ni de sa mère. Il n’avait pas, comme son père, la soif de salut éternel et d’autorité dictatoriale qui consumait le lord lieutenant; il n’avait pas non plus, comme sa mère, l’amour intense, quoique discret, des palais qui avaient abrité les Stuarts, les Tudors et toutes les races royales de l’Angleterre. Il n’avait que le goût de l’oisiveté et de son propre manoir. La chasse dans les forêts de Robin-Hood, la pêche dans les rivières poissonneuses des couvents disparus lui plaisaient et l’attiraient; il aimait à entendre hennir ses poulains dans les prairies et mugir ses génisses dans les étables. Les bûches qu’il faisait flamber le réjouissaient, et il était heureux de recevoir*à sa table, sous son toit d’Hursley, à la chaleur de son foyer, son frère, ses sœurs, ses beaux-frères et ses voisins.

Je lis tout cela aussi couramment que dans les mémoires sur les médaillons placides du bon Richard Cromwell. Les cheveux sont négligés, le visage sans muscles, les regards sans rayon ; la bouche surtout est bienveillante. Ce fils d’Olivier Cromwell n’eut jamais l'ambition d’être Cromwell II et de constituer une dynastie. Il avait désapprouvé le régicide. Il était aussi modéré dans son zèle puritain que dans ses cupidités politiques. Il n’était pas fait pour être, comme son père, l’athlète de la vie publique ; il se contentait d’être le sage ou plutôt l’épicurien campagnard de la vie privée.

Il ne se souciait guère du Cockpit. Son frère Henri, qui était un peu fat, était charmé d’habiter le palais des rois, et les quatre filles de Cromwell n’étaient pas moins ravies d’un tel honneur.

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