LIVRE SEPTIÈME
La fille aînée, Bridget, avait, on le sait, épousé Ireton. Ils eurent une fille très-attachante qui fut dans la .suite mistriss Bendysh.
Élisabeth, lady Cleypole, était la seconde fille et la favorite de Cromwell. Cet homme terrible était pour elle le plus doux des hommes. Aussi l'aimait-elle tendrement.
La troisième fille du lord lieutenant d’Irlande, Mary, .épousera le lord Falconbridge. C’était une personne du monde uniquement dévouée à elle-même. Elle fera bon marché de sa première famille; elle adoptera celle de son mari. Elle permettra même plus tard des propos insultants sur le lord protecteur. La petite-fille de Cromwell, la fille d’Ireton, mistriss Bendysh, qui ressemblait au meilleur portrait de son grand-père et qui -adorait sa mémoire, dira un jour à sa tante lady Falconbridge : « Si je ne connaissais la vertu irréprochable de ma grand’mère, je soutiendrais, madame, que vous êtes bâtarde, pour souffrir •en votre présence des outrages à votre glorieux père. » Mistriss Bendysh eut toujours pour lui un enthousiasme immense. «* Après les douze apôtres, disait-elle au docteur Brooke, Olivier Cromwell est le premier des hommes de la terre et le premier des saints du ciel. »
La quatrième fille de Cromwell fut lady Francis. Elle était très-mobile de cœur, la préférée, l’idole de sa mère.
Aucun des enfants de Cromwell ne faisait souvenir de lui. Une de ses petites-filles seule eut cet honneur insigne de rappeler dans ses traits, dans son caractère et dans son esprit Olivier Cromwell. Nous l’avons dit, son nom était mistriss Bendysh. Elle mourut en 1728. Elle avait, non moins que sou grand-père, un mélange d’exaltation de volonté et de ruse. Elle était pieuse et mondaine. La vie privée était trop étroite pour elle. Les grandes affaires et les grandes responsabilités lui manquaient. Elle n’était jamais aussi calme que dans une tempête ou dans un danger. Elle avait plus que le courage des épreuves formidables, elle en avait l’allégresse.
Cromwell l’aimait beaucoup, quoique, lorsqu’il la connut, elle fût très-petite. Il chérissait du reste tous ses enfants. Il les reprenait et folâtrait parmi eux tour à tour. Ainsi faisait- il au
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HISTOIR® d’oLIVIBR CROMWELL
Cockprt avec les soldats, ces autres enfewits que lui avait donnés la fortune, et qu’il regardait comme un prolongement de la famille. Il se montrait souvent au milieu d’eux à l’improviste dans les casiernes, débitait un sermon, commandaLt l’exercice, tirait en signe d’amitié l’oreille à un officier, disait une facétie et disparaissait.
11 recevait au Cockpit les puritains laïques, aux grands chapeaux à vastes rebords, à la forme pyramidale, et les ministres presbytériens à l’habit brun et au manteau bleu, qui avaient tous en guise de bréviaire une petite bible de poche avec des fermoirs d’argent.
Les soldats, dont les uns portaient des justaucorps de buffle serrant la taille , les autres des corselets d’acier , les autres des habits rouges, avaient leurs entrées plus libres encore. La hallebarde et le mousquet, le pistolet, le sabre et la dague étaient leurs armes. Ils prêchaient souvent dans ce costume, et Cromwell les provoquait aux dissertations théologiques, quand il était de loisir ou de bonne humeur; sinon il exigeait la brieveté la plus laconique. Les conseillers d’Etat, les représentants, les généraux se coudoyaient au Cockpit, allaient, venaient, soit après les espions, soit avant les sous-officiers de l’armée, selon des consignes distribuées d’avance. Cromwell disait à chacun ce qui était nécessaire ou ce qui était utile. Ordinairement ses discours étaient obscurs; mais lorsqu’il le fallait et au moment où il le fallait, l’éclair jaillissait des ténèbres. Cromw^eil avait plusieurs éloquences; il avait surtout celle du commandement.
Le roi mort, il représenta l’armée contre le parlement et contra le conseil d'Ëtat, par lequel le parlement gouvernait. Le parlement et le conseil d’Etat n’avaient que des arguments; CromwelLnyait des arguments aussi et de plus des soldats. Il y ajoutait u'iio, magnifique tendance vers la liberté religieuse. Pour les sectaij^es, ^pour l’armée et même ^poui* le peuple, le nom (le Cromwell, bien que nouveau, était irrésistible et sonnait mieux que le nom traditionnel de Stuart. Ce nom de Stuart ne tintait que dans le passé, tandis que celui de Cromwell retentissait dans le présent et remplissait déjà l'avenir.