LIVRE SEPTIÈ^IE
Le parlement, avait été violé plus d’une fois. Presque tou» les députés qui maintinrent la dignité de leur mandat et qui revendiquèrent la liberté dedeurs opinions avaient été successivement éliminés. Il restait néanmoins encore, dans cette • assemblée en ruine, quelques individualités puissantes, comme • il reste des pierres vives dans un monument qui penche. Cromwell ne doutait pas qu’il ne les renversât au premier ■ choc. Il disposait des indépendants. Il avait^pour lui bien. peu de presbytériens. Les épiscopaux lui avaient toujours été hostiles. Les presbytériens et les épiscopaux, quoique* ennemis, se haïssaient moins entre eux qu’ils ne haïssaient les indépendants. Les indépendants leur étaient exécrables à cause de: la liberté qu’ils accordaient aux consciences* Quelle que fût leur secte, en effet, les indépendants, loin d’être effrayés de la variété infinie qui les distinguait, réclamaient pour tous une tolérance absolue. C’est leur gloire, celle de Milton et celle de Cromwell; c’est le principe sacré qui fit d’eux tous le parti religieux durable. Par ce principe ils triomphèrent.
Olivier Cromwell eut soin de confier ce drapeau moral aux puissantes mains de l’armée. L’armée était. son vrai peuple. Il connaissait tous les officiers et un grand nombre de* soldats. Au Cockpit, il leur fit faire amitié avec sa mère, sa femme, ses enfants, ses belles-filles et* ses gendres. C’était de la, part des gens de guerre, pour la famille de Cromwell et surtout pour Cromwell, des sentiments enthousiastes, tendres, presquedomestiques. Quand ils apercevaient le lord lieutenant d’Irlande, ferme sur ses jambes et inébranlable dans son embonpoint de nerfs et de muscles; quand ils l'apercevaient avec ses vêtements négligés, avec sa figure énergique, sa contenanceassurée, ses manières brusques, sajovialité familière, sa bouche grande et expressive, ses yeux gris étincelants, son front vaste de penseur, de théologien et de capitaine; quand ils le voyaient si simple et si naturel, si attentif à leurs intérêts,, à leur santé, à leurs goûts, à leurs grades, à leur instructi.on, les vétérans poussaient des acclamations, et ils n’auraient demandé qu’à le saluer roi , si .beaucoup de leurs sous-officiers et de leurs officiers n’eussent été républicains. Ils ne savaient donc préci-
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
sèment ce que faire de Cromwell, mais en attendant, il avait leur cœur et il était leur maître. Lui, de son côté, tandis qu’ils lui préparaient instinctivement le trône pour siège et les tapis de White-Hall pour marchepied , songeait à leur solde , à leur avancement et à leur salut. Il ne négligeait aucune de leurs réclamations et il tenait note de leurs services. Il n’oubliait jamais d’envoyer pour les tables de ses corps de garde particuliers, soit des bibles, soit du vin, soit de l’ale, soit du tabac. Il avait des provisions inépuisables. Cromwell faisait toutes ces choses, sans en avoir l’air, et avec une rudesse souveraine.
Avant son retour à Londres et son établissement au Cockpit, pendant qu’il soumettait l’Irlande, l’Écosse était troublée. Montrose y débarquait au mois de mars 1650. Il y rallia un peu plus de cent officiers, quinze cents soldats et quelques fourgons de munitions, que sa prévoyance avait réunis aussitôt qu’il out reçu à Saint-Germain-en-Laye, de Charles II, une commission pour lever l’étendard royal dans les Higlands. Montrose mena ses compagnons à travers les comtés de Caithness, du Sutherland et de Ross, fomentant l’insurrection, et ne trouvant que la froideur ou l’hostilité là où il avait autrefois éveillé l’enthousiasme. Il avait adopté une bannière noire, sur laquelle était peint un bras nu tenant une épée sanglante. Les montagnards eurent peur des vengeances du parlement d’Édimbourg, qui envoya contre Montrose David Lesley avec quatre mille hommes.
Durant ce temps, Charles II, tout en changeant de maîtresses, négociait avec les presbytériens écossais, — espérant beaucoup de Montrose, dont le dessein était de rendre sans condition au roi le sceptre des Stuarts.
Charles II était d’un esprit railleur, d’un tempérament voluptueux, d’une complexion paresseuse, indolente et longanime. Il ne sentait aucune joie dans la haine. Il se souvenait pourtant des injures, mais pourvu qu’il s’amusât et qu’on l’amusât, tout était pour le mieux. Il se moquait des traditions et aimait les nouveautés. Il n’avait aucune dignité morale. Rien ne lui plaisait comme l’intimité des libertins. Vanter le plaisir, calomnier