LIVRE SEPTIÈME
Quand il avait rempli tous les devoirs d'un chef, il écrivait à l'assemblée générale de l'Église d'Ëcosse :
c Miuselbourg, 3 août 1650.
« Messieurs,
“ Vous prenez sur vous de nous juger touchant les choses de Dieu, quoique vous ne nous connaissiez pas. C'est par vos paroles dures et fallacieuses que vous avez engendré le préjugé de ceux qui se fient trop à vous en affaires de conscience, affaires dans lesquelles chaque âme doit répondre au Seigneur pour elle-même. '
•* Je vous adjure par les entrailles du Christ de croire qu'il est possible que vous vous trompiez. Avons-nous fait alliance, nous, avec des hommes méchants et charnels (Charles II et ses favoris)? Avons-nous de l'estime pour * éux? ’ Les avons-nous amenés à faire pacte avec nous? Ce ne serait plus alors un covenant de Dieu, un covenant spirituel. Pensez à cela; nous j avons pensé, nous. Il ne peut y avoir dé covenant avec la mort et avec l'enfer.
« Que le Seigneur vous donne l’entendement pour faire ce qui est agréable à ses yeux. » «.
Cromwell écrivait aussi au général David Lesley dans le même dessein qui avait dicté sa lettre à l’Église. Ses manifestes antidynastiques, il les répandait le plus qu’il pouvait parmi les Écossais. Il essavait de déraciner Charles II, et il éveillait dans toutes les poitrines presbytériennes les colères toujours vives contre les Stuarts incorrigiblement épiscopaux.
« Da camp des monts Péntland, 14 août 1650.
« Monsieur,
« ... Nous vous faisons cette réponse par laquelle j’espère, avec la grâce, faire voir que nous continuons à être ce que nous avons déclaré aux honnêtes gens d’Écosse. Nous faisons dos vœux pour eux comme pour nos propres âmes, notre affaire n’étant aucunement d’empêcher nul d’entre eux d’adorer
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
le Seigneur selon leur conscience. Nous sommes toujours prêts à remplir en cela les obligations que le covenant nous prescrit.
« Cependant que, sous le prétexte du covenant mal interprété, torturé hors de son véritable sens et de la justice, un roi soit accepté par vous et nous soit imposé (Charles II) — et que cela soit appelé la cause de Dieu et du royaume... cela ne se peut souffrir. Sachez que celui... sur lequel repose Tespoir et tout le bien-être de la nation a une armée papiste en Irlande, combattant à présent même pour lui et sous ses ordres ; qu’il a le prince Rupert, dont la main s’est plongée profondément dans le sang de beaucoup d’hommes innocents en Angleterre ; qu’il a de fortes intrigues avec les méchants de la Grande-Bretagne... Comment les intérêts de Dieu, pour lesquels vous prétendez l’avoir reçu et les intérêts des méchants dans leur but et leurs conséquences tous concentrés en cet homme, comment ces intérêts peuvent être conciliés, — c’est ce que nous ne pouvons concevoir.
« Comment croire, pendant que d’un côté les méchants avérés combattent et complotent contre nous, pendant que d’un autre côté vous vous déclarez en faveur de lui leur drapeau, comment croire que ce n’est pas là épouser la querelle du parti des méchants? »»
Cromwell ajoute qu’il ne voit aucune garantie sérieuse dans les serments de Charles Stuart, dressé par les conseillers de son père à la fourberie. Il attirait la défiance écossaise. Les coups de Cromwell pénétrèrent si bien, et en attendant qu’il frappât du glaive d’acier, il enfonça si avant le glaive de la parole, que les ministres, afin de raffermir dans le cœur des calvinistes pour Charles Stuart l’affection chancelante, imaginèrent de contraindre ce prince à un devoir qu’il eut l'infamie de ne pas rejeter et qui le déshonore à jamais. Le marquis d’Argyle et les seigneurs presbytériens avaient accompagné Charles II de Cromarty à Édimbourg. En passant à Aberdeen, il avait aperçu l’une des jambes de Montrose clouée à la porte principale de la ville ; en traversant Édimbourg, il vit la tête du héros fixée sur la vieille Tolbooth, la plus funèbre des pri-