‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 128 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

sons. Cette tête de mort de son grand serviteur affecta Charles II. Un autre eût été plus ému. Lui réprima l’expression de sa douleur qui aurait pu lui nuire ; car il était un roi covenantaire.

Des épreuves nouvelles l’attendaient à Holyrood. Les ministres qui l’avaient réduit au jeûne, aux prières, à plusieurs sermons par jour, sentaient la pointe de l’argumentation de Cromwell; ils désiraient échapper aux reproches qu’ils se faisaient à eux-mêmes et que redoublait le général du parlement sur leur zèle pour Charles II, le roi des papistes et des épiscopaux autant que le leur. Ils cherchèrent un expédient décisif pour se justifier, et voici celui qu’ils trouvèrent. Ils rédigèrent une déclaration expiatoire qu’ils entraînèrent à signer le fils de Charles I" et de Henriette de France. Dans cet acte, il maudissait l’épiscopat et le papisme ; il confirmait la sincérité de son adhésion au covenant, et, bassesse qui ne fut jamais égalée par aucun homme, il désavoua « le péché de son père et l’idolàtrie de sa mère. » Les ministres envoyèrent cet acte parricide soit à leur troupeau presbytérien, soit à Cromwell et à l’armée anglaise. Ils montèrent dans toutes les chaires des églises, ils se hissèrent sur toutes les homes des carrefours, ils escaladèrent les affûts des canons disposés d’Edimbourg à Leith, et ils crièrent partout : « Lejeune homme est justifié ; malheur maintenant au général blasphémateur et à l’armée schismatique ! »

Le théâtre de cette guerre de Cromwell est vraiment magnifique. J’en ai visté les différents campements au pied des monts Lammermoor, près d’Haddington , sur les collines des monts Pentland, près d’Édimbourg, à quelques portées de carabine des rocs d’Arthur et de Salisbury. Le grand capitaine n’avait pu débusquer par des provocations David Lesley, qui s’était obstiné à rester dans ses lignes formidables. Il eut plus de succès avec les ' ministres presbytériens. Il les embrasa de fureur, en les accusant de faire de la diplomatie humaine au lieu de faire de la théologie divine. Les ministres ne se possédèrent plus. Ils agitèrent de prédications retentissantes la Haute-Rue, High-Street, qui commence à Holyrood et qui finit au château. L’émeute sacrée roulait à leur voix dans les escarpements de

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

cette rue, la plus pittoresque du monde. Us appelaient le com> bat, ils blâmaient , les temporisations de David Lesley, leur général. Cromweli leur dut son salut. Menacé de la contagion, de la disette, réduit à une armée de onze mille Anglais contre vingt-deux mille Ecossais, il s’était retiré vers Dunbar. Il avait déjà embarqué ses malades, et il allait peut-être lui-mème se réfugier sur la flotte. Il hésitait au-dessous de Dunbar, dont le château domine l’Océan immense. 11 s'était posté non loin de Broxmooth-House, lorsque David Lesley se développa sur les hauteurs de Lammermoor. Un ravin de trente pieds séparait les deux armées. Le général écossais ne voulait pas pousser Cromwell, C’était assez pour lui de garder les hauteurs de Lammermoor, comme il avait gardé les lignes de Leith. Par cette • tactique de Fabius, il eût obligé Cromwell soit à gagner avec ■ses vaisseaux Newcastle, soit à tenter les défilés vers Berwick, soit à mettre bas les armes, ce qui était la honte, soit à attaquer très-désavantageusement, ce qui était la ruine. Les ministres, moins sages et moins expérimentés, voulurent le combat pour anéantir Cromwell et ses vétérans. La faute de Lesley fut de céder à ces gens d’église. 11 n’avait que des dévots soumis, qui croyaient sur parole ; Cromwell avait des fanatiques terribles, qui étaient chacun d’\me religion individuelle et qui puisaient dans leur communication directe avec Dieu une énergie indomptable. Plus la religion est personnelle, — plus elle est inspirée, plus elle est vivante et plus elle enivre les hommes d’enthousiasme. On le comprit à la supériorité des indépendants sur les presbytériens, à la force irrésistible de ces soldats de •Cromwell, dont il n’y avait presque pas un qui ne fût son prêtre et qui ne cherohât aussi librement le Seigneur qu’Olivier, leur généralissime.

Le 2 septembre, Cromwell pria une partie du jour avec ses officiers. Sa ferveur fut si grande, .quelle surmonta le trouble d’esprit où le jetait sa situation désespérée. Au milieu.de l!extase où fut ravie son âme, il devina le sort. Une révélation surnaturelle, selon l’ambassadeur vénitien Segredo, annonça la victoire à Cromwell. Le général parlementaire éprouva alors une grande paix, et la longue épée de feu qui avait étincelé sur

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