LIVRE îWPTièMI
Edimboarg lui parut d’un bon présage. Âii sortir de sou ivresse religieuse, il alla se promener en tsu^e dé Lammermocr, dans les jardins du comte de Roxborg (Burnett, ÆU/, de mon ^èmpg, t. 1^, p. 115). Il braqua plusieurs iom sa lunette sur l'ennemi^ et, constatant un mouvement inaccoutumé parmi les Ecossais, il s’écria : « Le Seigneur nous les livre ; les voici qui vont venir! •
Les Ecossais employèrent toute la nuit à exécuter leur évo» Intion, et le matin 3 septembre, à six heures, Cromu'ell, qm avait pris ses mesures, les assaillit avant qu’ils pussent se reconnaître. Il lança contre eux le général Fleetwood, qui fut arrêté court, puis le major Wite de son propre régiment, le major Wite qui menait les vétérans du généraUssime et qui • pénétra, jouant du pistolet et sabrant à droite et à gauche. Trois mille. Ecossais, et parmi eux plusieurs prêtres presbytériens, succombèrent; dix mille furent faits prisonniers en une heure de mêlée. « Ainsi, s’écria Cromvrell, le Seigneur dissipe ses ennemis ! — Ils fuient, ajouta-t-il, c’est le moment de remercier le Seigneur Sabaoth. Chantons, mes compagnons, •chantons le psaume cxvii. >» Alors, aux rayons du soleil qui dorait leurs armes, le château de Dunbar et les flots de l’Océan, les Anglais avec le généralissime entonnèrent en chœur :
« Nations, louez toutes Jéhovah; et vous, peuples, célébrez le Seigneur.
« Car sa bonté plane sur vous, et sa vérité ne passera point. Louons ^Eternel ! »»
« Le corps d'armée des ennemis, dit Ludlow (t. II, p, 60), s’occupa de sa sûreté avec tant de préoccupation, qu’il y en eut peu qui osassent regarder derrière eux avant d’être arrivés à Edimbourg, sans se soucier de leur roi (Charles II), qui fit pour se sauver ce que faisaient ses nouveaux sujets. »
Le p^ume n’absorbait pas tellement Cromwell qu’il ne précipitât escadron sur escadron à la poursuite de l’ennemi, et qu’il n’expédiàt des ordres innombrables. Il dirigea Lambert sur Édimbourg et sur Leith, qui en est comme le port. Il s’occupa des blessés et des prisonniers. Il eut en Ecosse autant de douceur qu’il avait eu d’atrocité en Irlande. Et ce n’était pas bonté
que cette sollicitude, c'était calcul. Il pressentait, par une sorte d’algèbre politique très-fine, que ce qui avait terrassé l’Irlande révolterait l’Ecosse, et qu’il ne fallait pas se conduire avec les populations les plus éclairées de la Grande-Bretagne, comme il avait fait avec les plus ignorantes et les plus barbares.
Le 4 septembre, le généralissime écrivit sept lettres, — un long bulletin au président du conseil d’Etat et une proclamation aux habitants du pays pour le transport des officiers et des soldats encore vivants restés sur le champ de bataille. Cromwell ne se réservait que les armes et les munitions. Sur les bruyères humides de sang, et que j’ai vues, après deux siècles, si fraîches de rosée, il y avait çà et là quinze mille fusils pour les soldats républicains et deux cents drapeaux pour le parlement.
De toutes ces lettres, trois me paraissent assez importantes pour que je les cite ici : ce sont celles qu’il adressa d’un élan de cœur à sa femme, au beau-père de son fils Richard et à son gendre le général Ire ton, qui le remplaçait en Irlande.
Sa première pensée est pour sa femme.
c Dunbar, 4 septembre 1650.
« Ma très-chère,
« Je n’ai pas le loisir d’écrire beaucoup ; mais je serais tenté de te gronder de ce que, dans plusieurs de tes lettres, tu me mandes que je ne devrais pas oublier toi et tes petits enfants. Véritablement, si je ne vous aime pas trop,' je crois que je ne pèche pas beaucoup par l’autre extrême. Tu es pour moi la plus chère des créatures; que cela te suffise.
- Le Seigneur nous a montré une miséricorde extrême : qui peut savoir combien elle est grande ! Ma faible foi a été soutenue. J’ai été merveilleusement supporté dans mon homme intérieur, quoique, je t’assure, je devienne vieux ; je sens que les infirmités de l’àge s’emparent de moi rapidement. Plût à Dieu que mes corruptions diminuassent aussi vite ! Prie pour moi à ce dernier sujet. Henri Vane et Gilbert Pickering te donneront les détails