‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 130 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

de nos derniers succès. Mes amitiés à tous nos chers amis. Je suis toujours à toi.

» Olivier Cromwell. »

A Richard Mayor, qui habite Hursley, Cromwell annonce la victoire ; puis il ajoute :

« Dites à Dorothée (la fille de Richard Mayor et la femme de Richard Cromwell), dites à Dorothée que je ne Toublie pas, non plus que son petit. Elle m’écrit avec beaucoup trop de cérémonie et de compliments; j’attends d’elle une lettre tout unie. Elle est trop décente pour me dire si elle est enceinte ou non. Je demande à Dieu de répandre sa bénédiction sur elle et sur son mari. Le Seigneur rend féconds tous ceux qui sont purs. Nos enfants pourraient m’écrire souvent ; mais ils sont paresseux l’un et l’autre. Ils méritent d’être grondés. Priez pour votre affectionné frère,

*• Olivier Cromwell. >*

Il se souvient aussi d’Ireton, son gendre, le vice-lieutenant d’Irlande.

( Danbar, 4 septembre 1650.

« Quoique vous m’écriviez rarement, je sais que vous ne m’oubliez pas. Croyez la même chose de moi; car je prie souvent pour vous au pied du trône de la grâce. — J’ai été informé de la protection que leiSeigneur vous a accordée en vous faisant réduire Waterford, Duncannon et Catherlogh. Son nom soit loué!

« Nous avons été employés à un service rempli d’épreuves... Nous avions affaire à beaucoup d’hommes pieux... Le Seigneur nous a inspiré de douces paroles et nous les a fait penser avec sincérité. Ils les ont repoussées à diverses reprises, et chaque fois nous les avons suppliés de croire que nous les aimions comme nos propres âmes : ils nous ont souvent rendu le mal pour le bien.

« Nous avons réclamé d’eux des garanties contre les entreprises de Charles Stuart sur l’Angleterre. Ils n’ont pas^ voulu

HISTOIRH d’olivier CROMWELL

nous écouter ert oe noos ont pas répon^^ un mot. Nous en avons appelé à Dieu; eux en ont appelé à lui également. Nous avons été fréquemment sur le point d’en venir aux mains ; mais ils avaient de meilleures positions que nous. Une terrible dyssenterie a ravagé notre armée et l’a réduite de quatorze mille - . hommes à onze mille : trois mille cinq cents de cavalerie et sept mille cinq cents d’infanterie. L’ennemi avait seize mille fantassins et six mille cavaliers. „

Les Écossais poursuivirent sur nous leurs avantages. Nous étions à l’extrémité. Le 3 septembre, nous les avons attaqués cependant. Après une affaire chaude, qui a duré une heure, nous avons mis toute leur armée en déroute. Nous leur avons tué environ trois mille hommes. Nous avons fait dix mille prisonniers; nous avons conquis toute rartillerie, composée de trente pièces grosses et légères; nous nous sommes emparés d’une grande quantité de poudre, de mèches et de boulets. Nous avons ramassé deux cents drapeaux et quinze mille armes. Je crois que nous n’avons pas perdu plus de trente hommes, quoique nous ayons parmi les nôtres beaucoup de blessés. Avant la bataille, nous étions dans une jûtiration déplorable ; mais le Seigneur nous a soutenus par une confiance en lui inaccoutumée.

“ Sachant que le récit de cette grande œuvre du Seigneur excitera vos âmes à chanter sa louange et à vous réjouir, ignorant si votre condition n’a pas besoin du bonheur de vos frères pour TOUS rafraîchir intérieurement, et nous rappelant que la nouvelle de vos succès a ranimé nos espérances dans notre détresse... j’ai pensé qu’il était bon, quoique pressé de mille soins, de vous annoncer l’inexprimable miséricorde qne le Seigneur a manifestée pour la gloire de son nom et pour la consolation de ses saints.

« Que le Seigneur vous bénisse, ainsi que nous, afin quenous lui rendions grâces, maintenant et toute notre vie. Saluez tous nos chers amis qui sont auprès de vous, comme si je les nommais. Je n’ai plus rien à ajouter, et je suis toujours

“ Votre père afiectionné et ami véritable,

« Olivier Cromwell. »

litre septième

Telles sont quelques-unes des correspondances de Cromwell soit avec l’Angleterre, soit avec l’Irlande. Ces communications traversaient la terre et la mer pendant que le généralissime de l’armée d’Ecosse, après avoir assuré son triomphe par ses prévoyances, faisait son entrée à Édimbourg. Il s’y établit et Tadministra merveilleusement, tout en contiimant son duel doctrinal, soit avec les ministres presbytériens, soit avec le gouverneur du château. Le château était pour tous un poste admirable. C’est ici l’occasion de signaler l’étrange méprise d’un écrivain distingué, qui confondait dans une publication récente Holyrood et le château d’Edimbourg. Holyrood est le palais des Stuarts, au bord d’une plaine délicieuse qui confine à la mer, tandis que le château est au sommet de High-Street, la forteresse redoutable de la ville. Les ministres et le gouverneur avec des. troupes étaient donc là, sous l’abri du canon. Cromwell, avant de les assiéger en règle , entama une négociation théologique. Plein de déférence pour les presbytériens, dé bons calvinistes,, il essaya de les convaincre de la supériorité des indépendants, lesquels revendiquaient, en faveur des laïcs, le droit de choisir une foi et de prêcher, eux aussi , l’évangile. 'C’est une grande passion et l’un des plus vifs plaisirs de l’esprit que la controverse religieuse pour ceux que préoccupent les choses éternelles. Cromwell se livra à la discussion avec une joie profonde. Il en dégagea la liberté de conscience et la tolérance universelle. C’est par là , on ne saurait trop le redire , que le vainqueur de Dunbar s’attacha Milton et le parti de l’avenir; par là qu’il fut incomparable, par là que l’on pénètre le sens caché, mais glorieusement historique de toute sa vie. Il ne se démentit jamais sur cette question capitale. Aussi le fit-elle le lord protecteur de l’Angleterre, en le faisant le roi des sectes, leur conciliateur, leur providence. Au dix-neuvième siècle, son influence dure encore. En 1650, à Édimbourg], il faut l’entendre, Parlerait-on mieux aujourd’hui?

« Êtes-vous mécontents, écrivait-il aux ministres retranchés, dans le château , êtes-vous mécontents de ce que l’on prêche le nom de Jésus- Christ ? La prédication vous parait-elle exclusivement attachée au sanctuaire? Notre liberté scandalise-

t-elle vos églises ? Est-elle contraire à la loi ? Anathème à la loi, s’il en est ainsi !... Ce serait une jalousie injuste et déraisonnable de refuser à quelqu’un l’exercice d’un droit naturel, sous prétexte que l’abus de ce droit est possible... Lorsqu’un homme s’exprime follement, souffrez-le parce que vous êtes sages. S’il se trompe, reprenez -le, fermez-lui la bouche par des paroles judicieuses, irréfutables. S’il blasphème et trouble la tranquillité publique, laissez aux magistrats civils la tâche de le punir. S’il dit vrai, réjouissez- vous de la vérité! »»

Trois mois après ce beau siège théologique, le 24 décembre 1650, le château capitula. Le gouverneur fut accusé de s’être rendu aux guinées de Cromwell, plus qu’à ses arguments. Du milieu de son tourbillon de diplomatie et de guerre, Cromwell songeait au Cockpit; il songeait à tous les siens. Il s’entretenait affectueusement et pieusement avec sa femme.

« Êdimbourg, 3 mai 1651.

« Ma bien-aimée,

« Je n’ai pu me décider à laisser partir ce courrier sans en profiter, quoique j’aie peu de chose à dire; mais, en vérité, j’aime à écrire à celle qui est au fond de mon cœur. Je me réjouis d’apprendre que son âme prospère : que le Seigneur augmente de plus en plus ses faveurs envers toi! Le grand bien que ton âme puisse désirer, c’est que le Seigneur jette sur toi la lumière de sa face, ce qui vaut mieux que la vie. Que le Seigneur bénisse tous tes bons conseils et ton bon exemple donné à ceux qui t’environnent; qu’il entende toutes tes prières et qu’il te soit toujours propice !

« Je suis bien aise d’apprendre que ton fils et ta fille (Richard et Dorothée) sont auprès de toi. J’espère que tu trouveras quelque occasion de donner de bons conseils à lui. Présente mon respecté ma mère, et mes amitiés à toute la famille. Prie toujours pour ton

OuviER Cromwell. »*

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