LIVRE SEPTIÈME
Cependant, la déroute de Dunbar avait été une délivrance pour le roi. Il s’enfuit à Perth ; mais là, opprimé encore par le marquis d’Argyle et par les ministres, il fit une escapade (star^) comme on l’appela, et il se réfugia dans une chaumière des Highlands , au village de Clova, dans l’intention de rejoindre les royalistes des montagnes, soit Athol, soit Murray, soit Huntly, avec qui il avait des intelligences. Ramené à Perth, Charles s’afiranchit de jour en jour du despotisme d’Argyle et des obsessions du clergé presbytérien. Il convoqua un parlement à Stirling, pour avoir une armée et un budget. Il rappela Buckingham et Wilmot , qui avaient été éloignés de lui. Il se gêna moins et se donna la récréation du scandale. Le major Massey, l’ancien ami du comte d’Essex, le héros de Glocester, qui s’était rallié à Charles II , le retenait un peu néanmoins. Il lui démontrait sans pédanterie qu’il devait se rallier aux ministres de l’Église écossaise pour régner. Charles, qui tenait Massey pour un aussi bon diplomate qu’il était un bon capitaine, lui faisait la concession soit d’une hypocrisie, soit d’une femme, soit d’un jeûne, soit d un faux serment, puis il retournait à ses débauches et à ses vices. Massey, qui avait espéré la veille , désespérait le lendemain.
Le janvier 1651 , Charles se rendit tout près de Perth, sur la Tay, à Scone, où les rois d’Ecosse avaient coutume de se faire couronner. Il se prosterna dans l’église à deux genoux, et promit solennellement d’observer le covenant y de fonder le presbytérianisme , à commencer par son palais , d’abolir toute fausse religion et de gouverner selon les lois. Le marquis d’Argyle lui mit alors le sceptre dans la main. Charles s’assit sur son trône, où il reçut les respects de la noblesse et du peuple, qui lui jurèrent fidélité. Le prédicateur Douglas l’exhorta violemment à ne manquer ni au covenant, ni à Dieu, ni à l’Écosse, s’il voulait éviter le sort de son aïeul et de son père, deux prévaricateurs.
Malgré les mensonges que Charles II avait proférés, malgré les insultes de Douglas et de quelques autres théologiens austères, cette cérémonie du couronnement fut une consécration efficace. Il échappa au marquis d’Argyle, tout en le flattant
HISTOIRE D’OLmBR CROMWELL
d’épouser sa fille, tout en honorant son fils, le comte de Lorn, d’une feinte fayeur. Le lord Lorn et son père le marquis d’Argyle avaient des rôles très-bien combinés, l’un de complaisance, de zèle même, l’autre de sévérité. Tous deux échouèrent. Le cœur de Charles était ailleurs. Il nomma chef de la cavalerie, dans l’armée que lui avait votée le parlement de Stirling, Hamilton, le frère de celui qui avait été vaincu à Preston, puis décapité. Il désigna comme son aide de camp principal, ou plutôt comme son guide, le brave Massey, successivement major, colonel , général, le plus profond et le plus brillant de ses tacticiens. Les volontaires accoururent, sous l’étendard royal, à Aberdeen. Le roi passait joyeusement la mauvaise saison dans ses quartiers. Au mois de mai, il avait vingt mille hommes sous son commandement. Ses deux lieutenants officiels étaient David Lindsey et Middleton.
Cromwell fut malade une partie de l’hiver de 1650 et tout le printemps de 1651. Le conseil d’État lui envoya des médecins qui lui firent du bien. Il en exprima sa reconnaissance dans une lettre où le tact du politique s’allie à la sensibilité de l’homme.
A% lord •président du conseil d'État.
c Edimbourg, 3 juin 1651.
« ùlilord,
•* J’ai reçu votre lettre du 27, mais avec un ordre du parlement de retourner en Angleterre pour changer d’air, afin que, par ce moyen, je puisse mieux recouvrer la santé. Le tout m’est parvenu pendant que le docteur Wright et le docteur Bâtes, que vous m’avez dépêchés, étaient auprès de moi.
« Je n’ai pas besoin de dire l’extrémité de ma dernière maladie ; cette maladie a été si violente qu’en vérité ma nature était à peine capable d’en supporter le poids. Mais il a plu au Seigneur de me délivrer au delà de mon espérance et de me faire dire encore une fois: « Il m’a retiré du tombeau ! » Milord, l’indulgence du parlement, manifestée dans cet ordre, est une