‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 132 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

trè»-haute faveur non méritée, de laquelle je dois conserver un souvenir affectueux ; cependant je juge que ce serait trop de présomption de ma part d’en faire des remerciements formels. Je vous prie de me permettre d’oser exprimer mon humble gratitude au conseil de m’avoir envoyé deux personnages si recommandables, à une si grande distance, pour me visiter. J’ai reçu d’eux beaucoup d’encouragements et de bons avis pour le rétablissement de ma santé et de mes forces, lesquelles, par la bonté de Dieu, je sens maintenant croître au point, si c’est son bon vouloir, d’ètre encore en état de me rendre utile selon mes faibles moyens dans le poste où il m’a placé.

« Je désirerais voir ici plus de stabilité dans vos affaires et qu’elles ne dépendissent pas au moindre degré d’une aussi frêle créature que moi. Véritablement elles n’en dépendent pas, — elles ne reconnaissent aucun instrument. Ceci est la cause de Dieu, et il faut qu’elle prospère. Oh ! que tous ceux qui y ont la main soient persuadés de cela, qu’ils ceignent les reins de leur àme et essayent en toute chose de marcher dignes du Seigneur 1 telle est la prière,

«* Milord,

« De votre très-humble serviteur,

« Olivier Cromwell. *»

En été, le généralissime sortit de son immobilité et secoua toutes ses langueurs. Il organisa contre le Nord des évolutions dont le but était de chasser le roi et de soumettre l’Ecosse. C’est alors que Charles II, probablement inspiré par Massey, forma la résolution de faire une irruption en Angleterre, impatient de soulever les cavaliers par sa présence et de jouer sa vie contre le trône. Quoique suscité par Massey, cet élan, le plus beau, peut-être le seul de Charles II, mérite d’être applaudi. Quand un homme, quand un prince est sous cette meule de la nécessité, et qu’au lieu de se laisser broyer, de gémir et de mourir sur place, il se dégage par un puissant effort, dût-il plus tard retomber sous une meule plus lourde, il ne faut pas lui chicaner l’éloge, même si de généreux conseils l’ont entraîné.

284 HÏSTOIRE d’olivier CROMWELL

Lûdlow raconte que le roi ne pouvait plus s’approvisionner dans le fertile comté de Fife, à cause de l’occupation de ce comté par le général Lambert et par le colonel Overton. De là certainement la détermination de Charles. Menacé de la disette, serré de près par les officiers de Cromwell, à l’approche de Cromwell lui-même sur Tormood, le roi se déroba avec une armée de seize mille hommes et déboucha en Angleterre par Carlisle (6 août 1651). Il traversa le comté de Lancastre, s’avançant vers le pays de Galles, où il attendait beaucoup de sa popularité, et vers le Glocestershire, où il attendait tout de la popularité de Massey, le héros de cette contrée fort presbytérienne.

A la première nouvelle de cette marche hardie, Cromwell devina l’influence de Massey. Il chargea Monk de gouverner et de maintenir l’Ecosse, enjoignit à Lambert et au major général Harrison de surveiller chacun les progrès de Charles II ; puis il écrivit au parlement de ne rien craindre, de compter sur le Seigneur et sur lui pour réprimer cette invasion. Content d’avoir tout réglé, Cromwell se mettait en route trois jours après le roi. Il ne songeait plus qu’à combattre. Sa rapidité, son allégresse, sa piété furent prodigieuses. Il avait avec lui ses meilleurs vétérans, ceux qu’on appelait ses cô^es de fer. Il les égayait, les encourageait et les prêchait tour à tour. Il chantait avec eux les psaumes au pas accéléré, et les saints versets soutenaient de leur rhythme le rhythme des cœurs et des pas.

Le parlement lui aussi fut héroïque. Il agit avec une célérité révolutionnaire. Il arma les milices , désarma les cavaliers et décréta soit la confiscation, soit la mort, contre tout ce qui favoriserait le mouvement royaliste. Sous une telle compression, l’Angleterre ne remua nulle part. Peu dé volontaires et beaucoup de déserteurs, voilà ce qu’observait Massey dans cette expédition épuisée vite par la fatigue , par les privations , par les incertitudes. Charles, pour ranimer un peu l’esprit des troupes, se décida soudain à s’établir entre les murs de Worcester. Il avait de nombreux amis dans cette ville et y fut proclamé roi. Ses soldats s’y rafraîchirent. La confiance lui revint.

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