LIVRE SEPTIÈME
mais pas assez grande pour le pousser à Londres. L’opinion ne lui faisait pas un courant. Il se fortifia donc ou plutôt il s’ensabla à Worcester.
Cromwell, auquel s’étaient ralliés Lambert et Harrison, arriva le 28 août. L’enthousiasme était pour lui. Les miliciens s’empressaient autour de ses étendards. Il eut bientôt une armée de quarante mille hommes. Celle de Charles, au lieu de grossir, avait diminué. Il ne comptait pas à Worcester plus de douze mille soldats, tandis que, avant de franchir la frontière anglaise, il en avait seize mille. Cromwell apprit au bord de la Severn qu’il était seul excepté du pardon avec Bradshaw et Cook par le manifeste du roi. Ce manifeste, du reste, avait été brûlé solennellement à Londres, le 11 août, par le bourreau. Comme Harrison parlait au généralissime de cette mesure du parlement, Cromwell dit : — « Je ne blâme pas la sévérité républicaine de la chambre, mais elle n’était pas nécessaire. Il n’est accordé qu’aux victorieux de pardonner ou d’excepter du pardon, oui, il est très- vrai que cela n’est accordé qu’aux victorieux, et, par le nom du Seigneur, le victorieux ne sera pas, j’espère, ce jeune homme. » C’est ainsi que Cromwell désignait toujours Charles Stuart.
Le 28 août, Lambert emporta le pont d’Upton sur la Severn. Il était défendu par la meilleure tête et le meilleur bras de l’armée royale, par le général Massey. Cet habile capitaine fut blessé dangereusement, au grand préjudice du roi.
Olivier Cromwell laissa presque reposer son armée et ne l’engagea que partiellement pendant plusieurs jours. Il était superstitieux comme tous les favoris du destin et il avait fixé sa bataille de Worcester au 3 septembre, anniversaire de la bataille qu’il avait gagnée à Dunbar l’année précédente. Le matin de cette grande journée, Fleetwood tenta et opéra sous la mitraille le passage du Team, pendant que Cromwell jetait un pont de bateaux sur la Severn et la traversait. La lutte fut très-sanglante. Charles II, qui considérait tout du haut de la cathédrale, descendit l’escalier gothique du monument, monta à cheval, opposa Montgommery à Fleetw'ood et courut à Cromwell qui conduisait le gros de ses troupes , après avoir eu soin
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
de placer au port d'armes et à l’abri plusieurs bataillons de ses vétérans. C’était sa réserve accoutumée. Entouré d’une partie de son infanterie, de la cavalerie de Hamilton et des volontaires, Charles chargea vainement une première fois; une seconde fois, il chargea avec ses montagnards, et la milice républicaine plia. Mais Cromwell les ramena rudement, tout en faisant avancer sa réserve. A la voix de leur général et aux éclairs de son épée qu’il agitait, les vétérans, cette élite des saints, culbutèrent tout. Lesley ne sortit pas de Worcester pour secourir Charles. Le malheureux prince fut entraîné par les fuyards jusque dans Friar-Street. Il voulait concentrer ses troupes, et elles se débandèrent. Il désirait mourir. Wilmot, Derby, Buckingham, ses plus dévoués amis, le supplièrent de penser à sa sûreté. Harrison et les républicains étaient entrés pêle-mêle dans la ville avec les royalîstes. Toutes les positions furent prises. Le colonel Drummond rendit le château. Après cinq heures de combats acharnés hors des murs et dans les murs, Worcester fut livrée du soir au matin à tous les excès de la soldatesque. Hamilton , qui avait eu la jambe brisée d’un boulet de canon, expira le 4 septembre. Dans l’élite des captifs on comptait les noms les plus illustres soit de l’aristocratie, soit de l’armée : les comtes de Cleveland et de Rhotes, les lords Kenmure, Sainclair, Grandisson, le général Middleton. L'intrépide Massey se remit à la comtesse de Stamford dans le Leicestershire, d’où on le transporta à la Tour de Londres. Le nombre des morts parmi les royalistes fut de trois mil le hommes, le nombre des prisonniers de sept mille. Les fugitifs étaient deux mille au plus. Chose horrible ! presque tous les Écossais errants étaient massacrés à leur accent étranger.
Le généralissime républicain appela cette victoire une victoire couronnante, thô crowning me tory. Peu à peu il congédia les milices et ne garda que l’armée régulière. H grandit de vingt coudées aux yeux du monde et à ses propres yeux. Ses manières furent celles d’un dictateur. Il alla droit à Londres. Le parlement lui envoya une députation qu’il reçut à merveille ; mais déjà l’autorité du maître perçait sous la bieaveillaace du général. Il fit don à chacun des commissaires d’un cheval et de deux