‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 134 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

prisonniers écossais. Le parlement fît proposer Hampton-Court à Cromwell, comme s’il eût été le roi. Bradshaw et une affluence soudaine soit de représentants, soit de grands personnages, vinrent l’accueillir au delà du faubourg de Londres. Là il fut chaudement félicité. Quoique son attitude fût modeste , il accepta en souverain tous ces hommages, puis il monta dans un carrosse d’honneur attelé de six chevaux, et il traversa lentement les rues de Londres aux acclamations passionnées de la multitude.

Charles Stuart, cependant, que devint-il? Nous le savons très-authentiquement , car c’est lui qui nous l’a appris. Nous avons deux récits , l’un que Charles fît en causant familièrement avec lord Clarendon, l’autre plus solennel qu’il se donna la peine de dicter à M. Pepys, secrétaire de l’amirauté. L’annaliste fîdèle des aventures cki roi après Worcester, c’est donc le roi lui-même!

Vers la fîn de la bataille, quand tout fut perdu, il avait sondé

les suites d’une telle déroute pour lui. Comment échapperait-

il? Au lieu de retourner en Ecosse, il était tenté d’aller à Londres. Le lord Henri Wilmot, qu’il consulta, fut de son avis. Mais pour cela, il fallait saisir le moment de s’isoler non-seulement des restes de sa cavalerie, mais d'une soixantaine de seigneurs, de gentilshommes et d’offîciers qui lui servaient d’escorte. Au premier rang, se trouvaient avec lord Wilmot, le duc de Buckingham, lord Landerdale, lord Derby et plusieurs autres lords de la plus haute distinction. Ils avaient galopé devant eux, franchi Wolverhampton, où il y avait une garnison républicaine, et plusieurs autres postes parlementaires qui, ne les connaissant pas, ne les inquiétèrent pas non plus. Le roi avait ainsi couru toute la nuit pendant vingt-cinq milles. Au petit jour, il atteignit une maison écartée, à la frontière méridionale du comté de Stafford, sur la lisière des bois qui couvraient ce pays entrecoupé de taillis, de fourrés et de futaies. Le capitaine Giffard, en guide intelligent même au milieu des ténèbres, avait séparé de la cavalerie Charles II et son cortège de noblesse pour les conduire à cette maison qu’on appelait White-Ladys. ElUe appartenait à la famille de Giffard. Une autre famille, les Pen-

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

derell, des fermiers laboureurs, possédaient près de là un moulin et deux maisons, Tune à Boscobel, Tautre à Hobbal- Grange.

Les Penderell, dont le beau-frère Yatez était un soldat de la compagnie du capitaine Giffard, avaient été entretenus ardemment dans la religion des Stuarts et du pape par deux prêtres zélés, M. Walker et le père Hodleston. Cette famille primitive des Penderell se composait de six frères disséminés aux environs de White-Ladys. Ils avaient été recommandés à Charles par le comte de Derby, et le capitaine Giffard se portait caution de ces bons catholiques et de ces bons royalistes.

Après un repas rustique de pain et de fromage, le prince, décidé de plus en plus à demeurer à Técart , prit congé de son état-major de grands seigneurs. Le duc de Buckingham se sauva chez lady Villiers, lord Talbot dans la maison de son père. Le duc Derby, le comte de Landerdale et d’autres vaillants chefs tombèrent entre les mains des miliciens ou des dragons de Cromwell , tandis que , non loin de Stafford , David Lesley se rendait avec ses derniers escadrons.

Délivré de ses amis, Charles eut de meilleurs dés contre la fortune et plus de probabilités pour déjouer les embûches de ses ennemis. Il se fagota en paysan d’une culotte courte grise, d’un pourpoint de cuir et d’un habit de drap vert. On voyait passer entre les boutons de son pourpoint une grosse chemise de toile commune qui achevait la métamorphose. Ainsi déguisé, Charles jeta dans un puits son riche costume de prince afin d’effacer toute trace, et il convint avec Wilmot, son seul compagnon désormais, qu’ils iraient chacun avec un Penderell, par une route différente, à Londres, et qu’ils se réuniraient dans le marché au vin de cette ville, à l’hôtel des Trois Grues. Ce rendez-vous donné et accepté , Charles , sous les auspices de Richard Penderell, connu depuis par la dénomination du fidèle Richard, et l’un des six frères, se coula dans le bois, une hache de bûcheron à la main. Il employa tout le jour à observer du bord de la forêt si l’on recherchait les fuyards. Une troupe de miliciens passa, mais ne fit pas de perquisitions parmi les arbres à cause de la pluie qui tombait. Cette pluie sauva proba-

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