LIVRE SEPTIÈME
bleraent le roi. Son évasion de White-Ladys le sauva aussi; car, peu de moments après qu’il se fut esquivé de la maison, elle fut investie et fouillée. Charles interrogea Richard Penderell sur les chances d’un voyage à Londres et, détrompé de ses illusions par les réponses, il renonça vite à ce voyage. Il résolut de se glisser dans le pays de Galles, où il y avait beaucoup de gentilshommes à qui il pourrait se confier, et qui lui ménageraient sa traversée en France sur un des vaisseaux de leur côte.
Quand la nuit fut très-sombre , le roi , qui n’avait ni bu ni mangé depuis le matin , fit un sobre repas qui lui avait été apporté de l’une des demeures des Penderell, et il se dirigea à pied, avec Richard, vers la Severn. Poursuivis comme des voleurs par lin meunier, le roi et Richard s’enfuirent à toutes jambes et se cachèrent sous une haie jusqu’à ce que cette alerte eût pris fin. Rassuré par le silence de la nuit et de la campagne, le roi envoya Richard pour demander, de la part d’un homme de qualité, l’hospitalité de quelques heures à M. Wolf, un vieux seigneur catholique , infatigable à cacher des prêtres de sa communion dans les retraites de son manoir. M. Wolf assura Richard qu’il ne risquerait plus sa vie pour personne, si ce ji’est pour le roi, et il lui refusa sa requête. Richard s’étant hasardé à dire que son homme de qualité, c’était le roi, M. Wolf, ému d’une profonde et sainte pitié, déclara qu’il n’hésitait plus. Il indiqua à Richard Penderell la poterne du château, et c’est par là que Richard introduisit Charles IL Le vieux gentilhomme baisa tendrement et respectueusement la main de son roi avant de le conduire, par un détour furtif, derrière des monceaux de blé et de foin. Il le munit d’aliments froids et lui persuada de ne pas tenter le passage de la Severn dont le cours entier était minutieusement surveillé. Charles alors ressaisit son projet de se réfugier à Londres , et il revint ayec Richard par les maisons des Penderell jusqu’à la proximité de White- Ladvs.
Il sut là que lord Wilmot s’était établi chez un M. Whitgrave, ami du major Careless et voisin, comme le major, des Penderell. Son premier mouvement avait été de rejoindre Wilmot; cependant il manda le major Careless pour le consulter.
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
Le major s’empressa vers son souverain, auquel il témoigna beaucoup d’appréhension, k cause des recherches pratiquées partout contre les fugitifs de Worcester. « L’asile certainement le plus secret, dit-il, serait, à mon avis, un grand chêne touffu planté au milieu d’une plaine toute proche d’ici. Ni soldats ni miliciens ne soupçonneront cet arbre, et de son sommet nous pourrons scruter le pays alentour. »* Le roi applaudit fort à cette ouverture, et, sans plus tarder, ils allèrent se loger dans le chêne, plaçant leur nid entre les nids des oiseaux, loin du trône, mais aussi loin de l’échafaud. Ce chêne, Charles l’a célébré dans ses souvenirs (Mss Pepys), et Pope l’a chanté dans ses vers. Careless l’avait approvisionné de pain, de fromage et de bière. Tout en suivant du regard l’apparition des habits rouges et les démarches des émissaires chargés de découvrir les suspects, les hôtes du chêne, appelé depuis cette époque le chêne Royal, firent un bon dîner dans les rameaux, et ce ne fut que le soir qu’ils pénétrèrent clandestinement à Mosely, chez M. Whitgrave, où lord Wilmot les attendait.
Le roi se concerta avec Wilmot et le dépêcha à cinq milles de là, chez le colonel Lane, à Bentley, pour avoir son avis sur l’itinéraire de Londres. Le colonel combina toutes les chances d’évasion, et il conclut à proposer au roi un voyage chez M. Norton, qui demeurait à trois milles de Bristol. M. Norton était cousin de mistriss Lane, sœur du colonel, et cette jeune dame, qui avait des passe-ports pour cette excursion, guiderait le roi, qui serait transformé en valet. Charles adopta ce plan avec reconnaissance. Reçu avec enthousiasme chez le colonel, il y déposa son bâton d’épine, dépouilla son costume de bûcheron et revêtit un costume nouveau. Il endossa une sorte de livrée, choisit un chapeau gris pointu et assujettit avec soin autour de ses doigts de pied du papier très-doux afin de ne pas s’écorcher. Ses cheveux coupés fort courts lui donnaient assez l’air d’une tète ronde, et il espérait beaucoup de cet air-là.
C’est dans cet accoutrement que Charles II partit avec mistriss Lane etM. Lassels pour Bristol. En route, le cheval du roi s'étant déferré, le monarque eut recours à un maréchal