‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 136 sur 217 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

qu’il aida dans sa besogne. Il lui demanda, tout en tenant la

jambe du cheval, s’il n’y avait pas quelque bruit politique.

• — Non, dit-il, ce brigand de Charles Stuart est battu, mais il

n’est pas pris. — Ah ! s’écria le roi, ce coquin-là mérite la corde

plus que tout autre pour avoir amené les Ecossais dans la vieille Angleterre. — Voilà qui est parlé en brave homme, *» repartit le maréchal. Et ils se quittèrent les meilleurs amis du monde. Mistriss Lane mena le roi coucher à Long-Marsan, chez un parent à qui elle tut le vrai nom de son compagnon énigmatique. La seconde nuit, les voyageurs débridèrent à Cirencester. De là ils s’acheminèrent chez M. Norton. Le roi se découvrit à Pope, le sommelier, qui l’avait reconnu, et demeura quelques jours dans cette maison, où lord Wilmot arriva aussi par les subterfuges du bon Pope.

M. Norton habitait au delà de Bristol, près de la mer, et cependant, malgré l’ardeur de Pope le sommelier, ne parvint pas à louer un navire. Ne pouvant séjourner longtemps dans un même lieu, il s’éloigna de la résidence de M. Norton pour aller à Trent, chez le colonel Frank Windham. Le colonel habitait avec sa mère, une femme forte qui avait déjà perdu trois fils et un petit-fils au service des Stuarts sans que son dévouement fût éteint. Elle était toute vive encore pour d’autres sacrifices, s’il le fallait. Mistriss Lane accompagna le roi jusque chez cette Romaine de la monarchie absolue. C’est à Trent que la jaune et courageuse amie du roi, avec M. Lassels, son cousin, qui les avait suivis pendant tout le voyage, saluèrent Charles II d’un adieu tendre et plein de souhaits. Ils revinrent directement à Bentley, chez le colonel Lane, à quelques milles des maisons forestières et rustiques où vivaient les Penderell, ce clan royaliste et religieux, ces modèles de loyauté et d'honneur, ces paysans dignes d’être des lords.

Le roi, lui, était enveloppé de dangers, traqué par les espions et par les soldats de Cromwell. Il ne priait pas et ne récitait pas des psaumes comme autrefois Charles pf, mais il fredonnait des chansons grivoises et ne s’avisait ni de la ferveur, ni de la chasteté, ni de la sobriété de son père. Lord Wilmot ne se montrait p^s sévère non plus, et c’était un

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

maître de débauche autant que de bravoure. Jamais le roi ne put obtenir que ce brillant courtisan changeât de costume. - Ces diables de déguisements m’iraient trop mal' répondait-il, et je ne veux pas être défiguré. »* Il continua de s’avancer avec la hardiesse d’un grand seigneur en chasse, un faucon sur le poing et trois chiens courants autour de son cheval. Aussi Charles II exigeait-il, pour sa sûreté, que Wilmot allât toujours en avant ou en arrière. Ils ne cheminaient pas ensemble. Le roi cependant et le lord jouaient avec le péril, et c’était un miracle qu’ils n’eussent pas été arrêtés vingt fois. C’est qu’aprèsles Penderell et mistriss Lane, ces héros et cette héroïne de la légitimité des Stuarts, il se rencontra, pour veiller sur le roi, d’autres serviteurs magnanimes, Frank Windham à Trent, le colonel Robert Philips et mistriss Hyde à Salisbury et aux environs, mistriss Coningsby à Charmouth, petit village près de Lym, où, étant en croupe derrière le roi, qui était censé un gentilhomme enlevant une pensionnaire, elle s’attira la bienveillance de l’hôtesse indulgente aux faiblesses du cœur. Dans cette ville de Lym, quelqu’un, dans l’écurie, à l’inspection des pieds des chevaux du roi et de lord Wilinot, observa que ces chevaux avaient été ferrés dans quatre comtés différents. Ce connaisseur était un forgeron qui, par bonheur, communiqua sa remarque un peu tardivement, de telle sorte que lorsqu’on chercha les suspects, ils étaient déjà loin. A Frank Windham, à mistriss Coningsby, il faut joindre le colonel Gunter, qui, favorisé par d’autres encore, fréta enfin un navire dans la rade de Shorcham. Le marchand à qui appartenait le bâtiment s’appelait Mansel, et le patron qui devait le conduire était le capitaine Tettershall. Lord Wilmot s’embarqua seul avec le roi. A la marée montante, ils sortirent du port et firent voile vers les côtes de France dans une joie facile à comprendre jusqu'au milieu de si grandes adversités. Après quarante jours depuis la bataille de Worcester (3 septembre 1G51), le 14 octobre, ils prirent terre à Fécamp, y passèrent un jour et gagnèrent Rouen, où ils renouvelèrent leurs costumes. Lord Wilmot était vêtu en courtisan très-fané et le roi en domestique, les mains noires, les cheveux ras et une barbe plus que

Page 1